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« Le signal » de Maxime CHATTAM : Saurez-vous écouter les signes…?

Le 6 January 2019, 19:18 dans Livres 4

« L'homme, à force de vouloir se prendre pour Dieu, a peut-être ouvert la porte des enfers... »

 

Nom d’un Père-Noël, déjà un mois que je ne suis pas venue par ici, il est grand temps de dépoussiérer cette bibli ! J’ai fini le dernier CHATTAM, et ce fut « Le Signal » : je devais revenir vous en parler. Envie d’un roman sombre qui vous ferait frémir sous le plaid du canapé ? Saisissez-vous de ce bel objet dont les contours noircis vous mettent dans l’ambiance, diffusez la musique conseillée par l’auteur en fond sonore, et c’est parti pour cette expérience de lecture, qui se revendique, par ses épigraphes, à la fois de Lovecraft et de KING.

 

 

La famille Spencer vient d’aménager dans un village près de Salem - ça pose l’ambiance. A la recherche de calme et désirant se retirer de la ville, cette vedette de la radio et cet auteur de pièce de théâtre rêvent d’une vie tranquille avec leurs trois enfants. Mais de vie tranquille, ils n’en trouvent pas. Dès leur arrivée dans leur nouvelle maison, des phénomènes étranges se produisent : Leurs garçons sont pourchassés par des épouvantails meurtriers, leur fille est réveillée par des terreurs nocturne, et leur chien se suicide dans un barbecue géant… Y a-t-il une explication rationnelle ? Un tueur dans la nature ? Ou serait-ce le fantôme de la sorcière brûlée vive qui revient se venger ? Et pourquoi maintenant ?

 

Mais bientôt, c’est la ville toute entière qui connaît une vague de morts toutes plus horribles les unes que les autres. Chacune demeure inexpliquée, et la police est dépassée autant par le nombre d’affaires que par leur violence. Pour ne rien arranger, les communications sont brouillées par d’insupportables cris inhumains, sur lesquels enquêtent d’étranges fédéraux… Et si seuls les enfants étaient capables de croire ce qu’ils voient, et d’agir en conséquences…? Et vous, êtes-vous prêts à voir ce qu’il se passe réellement à Mahingan Falls, et à l’affronter ?

 

«  - Ce que je veux vous faire comprendre, insista Martha en se penchant vers lui par dessus son bureau, le visage altéré par la fumée de l'encens, c'est que l'homme fabrique ses peurs, il façonne ses mythes, et même ses monstres. »

*****

 

Super bouquin ! On ne sait pas tout de suite s’il s’agira d’une fin réaliste ou surnaturelle, mais on s’en fiche on a envie d'y croire à fond. D’abord, parce que Maxime CHATTAM plante, quoi qu’il en soit, un décor plausible avec des situations et des gens tangibles. Ensuite parce qu’il a su, comme Stephen King, prendre le temps de nous faire entrer dans les lieux et de nous attacher aux personnages. Nous sommes ainsi piégés : On s’y voit, on s’identifie, bref, on y croit et on le vit carrément.

 

Est-ce que ça fait peur, comme tout le monde le demande ? Je ne sais pas si un roman peut faire vraiment peur mais, quand on réfléchit à cette histoire, c’est assez bien ficelé pour être "effrayant" ! Quant au moment de lecture, si on se met vraiment dans l’ambiance hivernale sans trop de luminosité, sans animation autour de nous pour nous déconcentrer, sans couper trop notre lecture, et en écoutant la playlist recommandée, là, ça peut même devenir angoissant. L’objet en lui-même est très beau : noir et argenté, avec le bord de chaque page noirci comme un grimoire.

 

En résumé, Maxime CHATTAM nous conte une histoire bien ficelée et crédible, et c’est cela qui la rend efficace. Il faut avoir le coeur bien accroché car on ne compte plus les morts, mais l’auteur a su malgré tout ne pas décimer trop rapidement les gens qui portaient notre intérêt pour l’histoire (sans toujours les épargner non-plus), ce qui fait que le suspense se maintient jusqu’au bout. Je résiste à l’envie de vous recopier la dernière page, dont le texte, particulièrement soigné, racontera tout le livre à qui saura écouter le signal… Alors, de grâce, ne commencez pas par lire la fin ! J’ai passé un très bon moment de lecture, merci à l’auteur ! Avez-vous aimé ? Allez-vous vous plonger dans cette ambiance ?

« Juste puni » d’Anaïs W. : Juste sublime.

Le 6 December 2018, 19:45 dans Livres 7

Puiser dans les expériences des autres pour mieux comprendre ce qui nous entoure, c’est aussi ça la littérature. Alors au vu de mes dernières rencontres, je devais lire ce livre, même s’il fallait pour cela en passer par l’édition à la demande, à l’aveugle, donc

 

 

Anaïs W. nous raconte l’histoire de Mathieu, 17 ans, enfant battu par son père depuis tellement longtemps qu’il ne sait plus comment tout cela a commencé. Sa maman étant morte, il n’a personne pour lui expliquer pourquoi son père est comme ça avec lui. Lorsqu’un jour il voit un père gifler sa fille après que celle-ci ait fait une bêtise, il se dit qu’il doit avoir fait une grosse bêtise lui-même pour être frappé à ce point. Et tout prend sens s’il est coupable de quelque chose : Car alors il n’est pas battu pour rien par un père qui ne l’aime pas ; Il est juste puni. Puni pour avoir fait quelque chose de mal. Mais quoi ? Lorsqu’un jour Mathieu posera la question à son père, il répondra que Mathieu a tué sa mère - mais refusera de lui dire comment.  

 

« Personne ne devait le découvrir. On ne se vante pas d’avoir tué sa maman ».

 

Se croyant un meurtrier, il n'en veut pas à son père de l'en punir et refuse de le dénoncer. Et il n’en parle jamais à personne, car il devrait alors avouer qu’il a tué sa mère, ce qui le rendrait détestable aux yeux de ses amisJusqu’au jour où Amory, un gars de sa classe, décide d’être son ami quoi que Mathieu fasse pour le décourager. Et puis il y a Amandine, la douceur incarnée, qui ne pose jamais de question, se doute, encaisse, l’aime comme il est. Lui montre ce qu’est l’affection, et qu’il la mérite.  Ensemble, aidés de leurs familles, ils tentent de faire comprendre à Mathieu que tout ceci est un non-sens, qu’un enfant ne peut avoir tué sa mère, que son père cherche des excuses et que ce qu’il fait est de toute façon illégal. Mais comment y croire lorsqu’on nous a lavé le cerveau depuis tout petit, et comment accepter qu’on mérite d’être aimé en étant un meurtrier, alors que notre propre père nous considère comme un chien ou une merde ?

 

« Il y a Amandine et la nouvelle bande, cet infime espoir de vivre autrement, de compenser la douleur et la haine ».

 

*****

 

Sans jeu de mot volontaire, c’est une belle claque que ce roman, écrit par une auteure sans nom. Les sentiments et relations sont décrits de manière réaliste et assez juste, proche de ce que j’ai pu observer moi-même au fil de mes dernières rencontres. Mathieu a eu la chance de rencontrer un tas de bonnes personnes au bon moment, qui ont voulu - et surtout qui ont su - donner de leur personnes de la bonne manière, pour tenter de remédier à une situation qui leur semblait injuste et ubuesque. Comment Mathieu peut-il ne pas se rendre compte qu’il doit dénoncer son père ? Comment lui faire comprendre qu’il est aimé et qu’il le mérite, qu’il a des amis qui le voient tel qu’il est, et quoi qu’il croit avoir fait étant petit ? 

 

« Tout peut être tellement simple quand on accepte de baisser les armes. »

 

Faut-il l’affronter pour lui montrer l’idiotie et l’anormalité de la situation au risque de le braquer et de le perdre, ou bien faut-il y aller en douceur au risque que la situation n’évolue pas avant qu’il se soit fait tuer…? Faut-il dénoncer la situation aux autorités alors que Mathieu continue de nier l’évidence, ou faut-il le laisser parcourir seul le chemin de la compréhension et de la décision pour qu’il l’accepte, en se contentant d’être là pour lui et de l’aimer avec ses problèmes comme il le demande ? Autant de questions que vont appréhender, chacun à leur manière, les amis de Mathieu. Mais si même Mathieu reconnaît qu’ils sont d’une aide psychologique précieuse, il ne parvient pas à résoudre le problème de sa culpabilité. La vérité, que tout le monde pressent, il ne peut pas encore la voir ni l’entendre. Et toute la question est de savoir si, à force d’être patient avec Mathieu, il ne sera pas trop tard la prochaine fois, à la prochaine dérouillée qui dérape…

 

« Finalement, tout ça se résume à me demander si l’envie de vivre est plus forte que les coups ».

 

D’un style simple et percutant, Anaïs W. a su trouver les mots qui touchent. Un roman fort, que je vous invite à lire si le thème vous parle.

 

« - Je veux être avec toi… Et pas à cause de ton père. Ni parce que tu es un type en déroute, je ne suis pas une sainte, ni une psy. Je veux être près de toi, car je me suis toujours sentie bien en ta présence, plus qu’avec n’importe qui d’autre. 

 

Mon esprit a du mal à assimiler cette idée. (…) Comment une fille aimée et chérie de ses deux parents peut-elle réclamer autant de chaleur ? Au point de souhaiter la mienne, si faible soit-elle ? »

 

Avez-vous déjà été confrontés à cette situation dans votre entourage ? Avez-vous toujours su quoi faire et comment le faire ?

 

« Dans la forêt » de Jean HEGLAND : Un roman doux mais visionnaire

Le 27 November 2018, 09:29 dans Livres 6

Nell et Eva sont deux soeurs bientôt majeures qui vivent avec leurs parents "Dans la Forêt". L’une vit pour la danse, l’autre dévore les livres en vue de ses études pour Harvard. Le reste du temps, elles le partagent comme les jeunes de leur âge entre réseaux sociaux et fêtes arrosées dans le centre ville. Encore insouciantes, elles ne sentent pas le basculement qui s’opère au sein de leur civilisation : pannes d’électricité à répétition, manque de carburant récurent… Persuadées que les techniciens et le gouvernement vont par régler le problème, elles s’adaptent petit à petit sans s’affoler : Avec leur parents, qui semblent voir clair dans ce qui arrive, elles font plus de provisions pour moins de déplacements, optimisent les heures baignées de lumière naturelle et d’électricité, et aménagent le reste du temps.

 

 

 

« Bien que les prédictions des Fondamentalistes d’Armageddon se fussent intensifiées, (...), chez la plupart des gens régnait une étrange impression de gaieté, une sorte de soulagement secret (...). Nous ne pouvions nous empêcher d’être saisies d’une étrange exaltation à l’idée que quelque chose hors de notre portée fût suffisamment puissant pour détruire l’inexorabilité de notre routine. »

 

Mais un beau jour il faut se rendre à l’évidence : L’électricité ne reviendra plus, leur mère meurt d’un cancer, elles n’ont plus d’essence pour retourner en ville faire les courses ou obtenir des nouvelles… Et leur père décède dans un accident. A présent, elles sont seules dans les bois, isolées du reste du monde, sans nouvelles de ce qui se déroule dans le reste du pays. Sans relâche, Eva danse sans musique et Nell étudie sans électricité. Elles gardent l’espoir qu’un jour, tout redeviendra comme avant et que, ce jour-là, elles seront au niveau. C’est ce qui les fait tenir, jusqu’à ce qu’elles se rendent compte que, peut-être, cette vie est finie pour toujours. Il faut alors trouver de nouveaux repères, de nouveaux buts, une nouvelle raison de survivre, et de continuer à se battre.

 

Car les jours défilent et aucun secours n’arrive. Eva et Nell doivent se débrouiller toutes seule dans une situation extrême, se mettre d’accord et se supporter 24 heures sur 24 sans possibilité d’échappatoire ou d’arbitrage, économiser les réserves sans mourir de faim, et bientôt, chercher d’autres moyens de subsistance quand les réserves arrivent à bout. Et ça, c’est sans compter les bêtes sauvages, les pilleurs, les états d’âmes…

 

« Depuis que tout ça a commencé, nous avons attendu d’être sauvées, attendu comme de stupides princesses que nos vies légitimes nous soient rendues. Mais nous n’avons fait que nous berner nous-mêmes, que jouer un autre conte de fées.L’électricité ne sera jamais rétablie ici. Le téléphone ne sonnera plus jamais pour nous. Eva et moi continuerons de vivre ainsi jusqu’à notre mort, amassant et nous terrant et finalement mourrait de faim - si nous n’avons pas la chance d’être égorgées avant. »

 

*****

 

Ecrit en 1996, soit il y a plus de 20 ans, ce roman est plus que jamais d'actualité. J'en profite pour souligner le travail des éditions GALLMEISTER qui nous offrent toujours de jolis textes sous de magnifiques couvertures. Dystopie post-apocalyptique qui faisant réfléchir sur notre façon d’exploiter les ressources de la planète ? Redécouverte de l’état de nature et des modes de survivance plus naturel et simples ? Observation sur la société de consommation montrant qu’on peut survivre dans ce qui nous semble être du dénuement ? Ou encore démonstration du meilleur comme du pire de l’humanité lorsqu’elle est dans le besoin ? Ce roman est tout cela et encore un peu plus.

 

Un peu comme dans « Ravages » de Barjavel, l’auteur laisse la part belle au comportement humain en situation de crise : Il y a ceux qui s’entraident et prennent soin des plus faibles, et ceux qui appliquent la loi du plus fort, pillent le travail des autres où leur font du mal impunément en l’absence de toute répression. Mais la comparaison s'arrête là. "Dans la forêt", vous allez de certitudes confiantes en prises de conscience lucides. Paradoxalement, le dépuillement grandissant des héroïnes les conduisent petit à petit à plus d'autonomie, de force, de chance de survie. 

 

Je craignais un peu une redécouverte de la nature version « Into the Wild », mais ça demeure très différent : Jean HEGLAND a vraiment créé son univers propre, doux, et poétique, et aussi criant de vérités humaines. Sur le fond, il s’agit de prendre conscience de la vulnérabilité de notre civilisation telle qu’on l’entretient : la planète s’adaptera et l’Homme devra en faire autant s’il veut survivre ; Notre civilisation en revanche, telle qu’on l’a construite et la connaît aujourd’hui, est probablement sur le déclin. Mais cette lecture rappelle aussi que l’Homme sait s’adapter aux situations et catastrophes, que malgré ce que veut nous faire croire l’Industrie et le progrès, on peut vivre de presque rien en l’absence de gaspillage, et que même le minimum peut paraître du superflu comparé à l’état de nature, qui pourtant est tout aussi viable. 

 

« Bien sûr, ce genre de choses arrive tout le temps. Les civilisations périclitent, les sociétés s’effondrent et de petites poches de gens demeurent, rescapés et réfugiés (…). Pensez à l’Amérique du Sud, à l’Afrique du Sud, à l’Asie Centrale, à l’Europe de l’Est, et demandez-vous comment avons-nous pu être aussi suffisants ? Pensez à la Lone Woman de l’île de San Nicolas et demandez-vous pourquoi nous avons pensé que nous serions sauvés. »

 

On en vient, on devra peut-être y retourner plus tôt que prévu, pour survivre… Y Etes-vous prêts ?

  

Je vous invite à lire "Dans la forêt" pour vous y préparer en douceur ! Avez-vous aimé ce roman ? Que vous a-t-il inspiré ?

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