Créer mon blog M'identifier

Belgravia (Julian FELLOWES) : Le bal des secrets

Le 16 septembre 2016, 09:27 dans Livres 9

Je n’avais pourtant pas été embarquée dans l’aventure « Downtown Abbey », mais l’histoire de Belgravia m’a attirée puisqu’elle commence lors d’un bal célèbre du 19ème siècle : Celui donné par la Duchesse de Richemont juste avant la bataille de Waterloo. Les plus beaux officiers et la plus haute société seront là ce soir. Mais Sophia Trenchard, belle et espiègle fille du fournisseur de l’armée du Duc, est parvenue à obtenir des invitations pour elle et sa famille malgré leur rang inférieur. Et quand la soirée s’achèvera, plus tôt que prévu du fait de l’arrivée de Napoléon, elle aura déjà eu le temps de laisser ses marques sur certains invités, dont Sophia…

 

  

25 ans plus tard en effet, alors que Sophia est décédée depuis bien longtemps, on retrouve la famille Trenchard avec un lourd secret. Celui-ci pourrait changer la vie de beaucoup de personnes plus ou moins haut placées. Mais dans ce monde en mutation, l’aristocratie, soumise à des règles et coutumes séculaires, voit d’un mauvais œil ces nouveaux riches se faire une bonne place à leur côté, que ce soit par les affaires ou les alliances. Et parfois, l’ambition, le désespoir et l’envie des oisifs leur font faire de bien vilaines choses… Alors quand les domestiques jouent double jeu pour augmenter leurs gages, le secret des Trenchard risque fort d’être éventé. Pour le meilleur, ou pour le pire ?

 

***** 

C’est une plume simple et claire, sans fioriture, qui nous porte pourtant avec aisance dans ce monde de faste et de secrets, qui attire les ambitieux comme la lumière les papillons. Du coup les 500 pages défilent assez vite, et ce alors même que l’on connaît presque dès le départ une bonne partie du secret. Il y a juste assez de mystère et d’action pour entourer la trame de l’histoire, les personnages sont nombreux et contribuent à rendre l’intrigue passionnante, en l’embrouillant juste ce qu’il faut. Leurs caractères sont intéressants, bien définis par l’auteur et leurs descriptions sont savamment dosées pour servir l’histoire. 

Au final, la plume est plus simple que ce à quoi je m’attendais, mais l’histoire et surtout les personnages sont beaucoup mieux construits que ce que je pensais. J’ai donc bien aimé cette plongée dans le 19ème siècle et ses secrets. J’avais pris ce livre pour la plage, mais il fut parfait pour commencer l’automne, enroulée dans mon plaid sur le canapé du fait des premiers frimas qui ont pointé leur nez. Aimez-vous l’auteur ? Pour ceux qui peuvent comparer à « Downtown Abbey », qu’en pensez-vous ? 

« Une existence constituée d’une succession de plaisirs éphémères ne satisfait personne. Il faut avoir un but, une raison d’exister. »

 

« La femme comestible » (Margaret ATWOOD)

Le 11 septembre 2016, 18:12 dans Livres 11

Même s’il s’agit de son premier roman, et que je lui en ai préféré d’autres plus récents, j’ai eu un vrai plaisir à retrouver la plume de Margaret ATWOOD. Elle s’attèle ici à montrer la difficulté, pour la femme des années 60-70, de trouver sa place dans le monde, alors que celle-ci est en pleine évolution : Tiraillée entre tradition et modernisme, entre le rôle qu’on assignait à la femme jusqu’alors, les attentes que son fiancé peut avoir d’elle, ainsi que ses propres ambitions ou choix qui se profilent, l’héroïne en perd son identité et tout l’enjeu pour elle dans ce roman sera de tenter de se trouver soi, de déterminer son identité face aux autres.

 

 

Ces difficultés entrainent chez elle des troubles du comportement. Petit à petit, certains aliments l’écœurent. Jusqu’au jour où son corps ne veut plus rien avaler. Comment survivre dans ce monde écœurant où l’on ne sait plus à quoi se vouer ?Sans plus de repère, notre héroïne navigue à vue, essaye de trouver sa voie et de ne pas se faire manger toute crue par ce que les autres voudraient lui imposer. Pour avoir l’impression de contrôler sa vie, et non de subir ce que les autres désirent pour elle, son corps et son esprit se rebellent, elle s’offre des caprices en société, refuse de manger de plus en plus de choses…  

Moquée par son fiancée pour ces rebuffades, brimée par une certaine idée de l’épouse à cette époque, perturbée des voies choisies par ses amies qui ne lui conviennent pas non plus, Marian est en quête d’un modèle ou d’une nouvelle voie, la sienne, qui lui corresponde en propre : Celle d’une femme respectée par son mari, aimée par ses éventuels enfants, avec un métier qui lui plaise et l‘épanouisse, lui donne l’indépendance – ou peut être l’importance, la sensation d’exister - qui lui est si chère. Trouvera-t-elle son équilibre en tant que femme à part entière ? Ce sera l’enjeu de cette lecture… 

Car elle se rend compte qu’elle subit de plus en plus ce que son corps lui dicte, qu’elle n’a donc même plus le pouvoir sur son propre corps, qui l’emmène dans une spirale infernale. Comment reprendre le contrôle de son corps et de sa vie ? 

 « Il lui vint également à l’esprit qu’elle ne voyait pas à quoi ça servait de mourir de faim. Elle se rendait compte aujourd’hui qu’elle n’avait finalement cherché que la sécurité. Au cours de ces derniers mois, elle avait cru tendre vers cet objectif, mais n’était arrivée nulle part ; et n’avait rien accompli. » 

 

*****

L’auteur aborde de façon originale la difficulté de prendre, ou reprendre, le contrôle de sa vie dans une société en mouvement, dont les modèles évoluent d’une génération à l’autre, chacune devant créer ses propres repères. Ce que j’apprécie surtout dans sa plume, c’est qu’au-delà du message et de la manière dont elle a décidé de le faire passer, le récit se laisse lire tout seul, c’est fluide, on en veut toujours plus. 

Ce fut donc une lecture agréable ; Elle n'a pas manqué pourtant de me laisser une sensation étrange, due sûrement en partie à cette héroïne elle-même instable, en transition, toute entière en questionnement ; Mais probablement aussi à l’ensemble des personnages extrêmement typés, qui donnent un ton satirique à l’histoire. Je lirai certainement d’autres romans de cette auteure, mais je pense qu'il sera difficile de détrôner pour moi « la servante écarlate » qui était juste brillantissime, autant dans ses thèmes et personnages que dans sa construction, ou encore dans ses rebondissements.  Vous aussi vous aimez l’auteure ? Lequel de ses romans préférez-vous ?

 

« Police » (Hugo BORIS) : Derrière l’uniforme

Le 9 septembre 2016, 08:49 dans Livres 2

Je suis contente de vous parler aujourd’hui d’un auteur qui m’a été présenté par un ami voilà quelques années, lors d’une foire du livre pour la sortie de son second roman intitulé : « La délégation norvégienne ». Je lisais beaucoup moins à l’époque, presque pas, et je n’aimais pas sortir des sentiers battus ; Mais j’ai le souvenir d’avoir été transportée dans l’ambiance étrange et merveilleuse de ce bouquin malgré la fin que j’aurais aimé plus terre à terre à l’époque. 

Alors quand j’ai vu son nouveau roman dans les rayons, le titre épuré, la couverture efficace et le thème m'ont immédiatement attirée malgré la pile de livres que j’étais sensée lire avant. « Police » nous emmène au coeur d’un commissariat de nos jours, et plus particulièrement au sein d'une équipe de policiers en uniformes. Trois coéquipiers seront au cœur de cette histoire, mais c’est au travers des yeux, pensées et vie de Virginie que nous les accompagnons.

 

 

Nous avons alors un aperçu de l'ambiance du commissariat, de ses codes, des liens qui s'y tissent, de la difficulté d’exercer ce métier aujourd’hui, du challenge que cela représente lorsqu’on est une femme dans ce milieu d’hommes, et cela au travers d’une affaire en particulier qui va occuper nos trois personnages principaux : Celle de l’escorte d’un retenu (c'est à dire un étranger auquel on ne reconnaît pas le droit de séjour en France et qui est "retenu" en attendant d'être reconduit dans son pays) du centre de rétention administrative (CRA) vers l’avion qui doit le reconduire chez lui, où l’on soupçonne fortement qu’il sera tué pour s’être opposé au régime de son pays.

En tant que policier, formé à sauver des vies, comment envoyer quelqu’un à une mort presque certaine et injustifiée ? Il est pourtant inconcevable de ne pas obéir aux ordres et de faire échouer volontairement une mission. Outre les intérêts en jeu, cela remettrait en cause leurs carrières. Pourtant, leurs consciences les démangent… Celle de Virginie surtout, que des bouleversements personnels sensibilisent à l’extrême. Prendra-t-elle le risque d’entraîner ses deux coéquipiers sur ce terrain ? 

Cette affaire nous mènera vers des questionnements plus vastes : Comment demeurer soi dans un univers professionnel formaté où règnent l’ordre, la discipline et l’obéissance ? Comment effectuer et se conformer à une mission professionnelle lorsqu’on ne croit pas ou plus à cette mission ? Comment concilier vie personnelle et vie professionnelle dans des métiers qui demandent tellement d’investissement que les frontières deviennent floues ? Comment garder le recul nécessaire ? Comment supporter la dureté de ce métier sur le long terme ? 

 

***** 

J’ai encore été agréablement surprise par la plume d’Hugo BORIS : Précise, bouleversante car juste. Cet homme sait décrire avec précision comment son héroïne peut percevoir les mâles qui l’entourent et qu’elle fréquente au quotidien, il peut décrire aisément les sentiments contradictoires qui submergent chacun de ses trois personnages qu’il nous rend, de ce fait, extrêmement proches, presque palpables. Beaucoup de virilité se dégage de ce roman, mais en même temps beaucoup de sensibilité, de fragilité aussi. Ce qui le rend très beau à mes yeux. 

Les tensions qui les lient dans ce quasi huis-clos - et qui émanent soit de leurs divergences d’opinions professionnelles, soit des liens privés qu’ils ont pu finir par nouer parfois malgré eux - témoignent de l’influence de nos vies personnelles dans nos interprétations et décisions professionnelles, et de la difficulté de cloisonner hermétiquement ces deux univers dans le but de se protéger. On est nous, on ne peut jamais totalement s’oublier derrière un uniforme et cela influe sur nos choix, notre carrière, notre conscience aussi. 

Ce livre décrit parfaitement le moment où tout peut basculer sur une impulsion, sur le coup de tête de l’un qui, pour diverses raisons inextricables sur le moment, va entrainer les autres. Mais ces raisons, ces liens et dépendances entre la vie des uns et la vie de l’autre, Hugo BORIS nous les explique et démêle habilement. Tout le roman est cet instant, celui où les individualités de chacun dans ce groupe vont faire pencher la balance de la justice dans un camp ou dans un autre… Avec les sacrifices et les conséquences que cela pourrait impliquer pour chacun.

Outre l’avenir des retenus, ce roman nous sensibilise au phénomène de groupe, d’entrainement. Surtout il nous rappelle que derrière l’uniforme, il y a des individus. Car c’est finalement à la fois l’humanité et la solidarité de chacun des équipiers qui pourront changer la donne. Et cela constitue leur faiblesse, mais c’est aussi et surtout leur grande force. 

Grâce à ses nombreux atouts, ce roman trouvera sans doute son public, comme l’ont fait tous les romans de l’auteur jusqu’à présent. En serez-vous ? Vous avez peut-être déjà lu « Trois grands fauves » d’Hugo BORIS ? Aimez-vous cet auteur ? Je vous invite à aller lire la très belle ITW de l’auteur à propos de ce roman sur Babélio 

Voir la suite ≫