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« Mille petits riens » de Jodi PICOULT : Pour ne pas oublier que le racisme existe encore…

Le 2 août 2018, 10:08 dans Livres 4

Ca faisait longtemps que je voulais me plonger dans un second roman de Jodi PICOULT, ayant eu un véritable coup de coeur pour « Ma vie pour la tienne ». Cette année, son roman a pour objet un sujet difficile à traiter pour une blanche qui n’a pas à le subir au quotidien : le racisme. Comme l’explique l’auteure en postface, elle ne voulait pas le traiter sous un volet historique comme la plupart des romans, mais bien de nos jours. Les faits divers, mais aussi ses rencontres avec les premiers concernés ainsi que d’anciens suprémacistes l’y ont grandement aidé. Mais c’est encore une fois son talent et sa finesse qui en font une oeuvre réussie.

 

 

C’est l’histoire de Ruth, seule infirmière noire du service de maternité, exerçant dans cet hôpital depuis vingt ans. Appréciée de ses collègues, qui sont pour ainsi dire des amies, son talent est reconnu de tous. Elle possède une bonne situation dans un quartier blanc bourgeois où elle élève seule son fils de 17 ans, son père étant mort au combat pour son pays.

 

Elle a travaillé dur pour en arriver là : Sa mère était l’employée de maison toujours à disposition d’une riche famille blanche. Avec sa soeur Rachel, elles ont des parcours très différents. Beaucoup plus noire de peau, Rachel a subi plus que sa soeur les effets du racisme et de la discrimination, qu’elle ne cesse de dénoncer. Habitant un quartier noir assez peu sûr, elle mène une vie que comprend mal Ruth, qui a tout fait pour s’intégrer, être la meilleure à l’école, faire de bonnes études et offrir la même chose à son fils. Persuadée que, si tu donnes le meilleur de toi et fait tes preuves, la communauté blanche ne te rejettera pas.

 

Et elle y croit, jusqu’au jour où un suprémaciste blanc demande à sa supérieure de lui interdire de toucher son bébé. Alors le monde de Ruth s’écroule, elle est en colère mais ses collègues blanches ne la soutiennent pas, lui disent que ce n’est pas grave, une exigence d’un patient comme une autre. Et quand le bébé meurt pendant son service, ce n’est pas l’hopital, mais seulement Ruth, qui est poursuivie.  Le miroir aux alouettes vole en éclat : Pour la première fois, Ruth est ouvertement visée pour sa couleur de peau. Pour la première fois ? C’est alors qu’elle prend conscience des milles petits riens qu’elle ignore au quotidien pour avancer, mais qui la stigmatisent en permanence.

 

 

« Je sais ce que vous pensez en ce moment : Je ne suis pas raciste, moi. C’est clair, nous avons eu un exemple vivant de ce qu’est le vrai racisme, incarné par Turk Bauer. (…) Pourtant, même si nous décidions d’envoyer tous les néonazis de cette planète sur Mars, le racisme existerait encore. Parce qu’en réalité le racisme ne se résume pas à la haine. Nous avons des préjugés, même si nous n’en sommes pas conscients. »

 

Lors de son accusation, son avocate commis d’office lui affirme pourtant que, pour gagner son procès, il faut s’appuyer sur des éléments médicaux mais ne surtout pas aborder la couleur de peau en salle d’audience : Ca mettrait les jurés mal à l’aise, peut-être se poseraient-ils des questions sur eux et il n’aimeraient pas ça. Or, pour être acquittée, il faut plaire au jury…

 

*****

 

C’est un magnifique roman à trois voix que nous propose Jodi PICOULT : Nous écoutons alternativement Ruth, le skinhead, et l’avocate blanche (Kennedy) qui défend Ruth. Trois points de vue bien différents mais pas figés : Chacun, au cours du procès, va être amené à évoluer du fait des évènements. Même le skinhead - il n’est évidemment pas question de cautionner l’idéologie -, lorsque l’auteur nous met dans sa peau, parvient à nous expliquer l’immense désarroi à l’origine de ses convictions, révélant un fond d'humanité qu'on a envie d'exploiter pour changer les choses. Car souvent, l'élément déclencheur semble tenir à si peu de choses... Il est difficile pour le lecteur de pénétrer un tel milieu, mais l’auteur n’ôte jamais toute humanité à ses personnages, et c’est là tout l’espoir du roman.

 

Pendant ce temps, Ruth veut absolument aborder la question du racisme dans son procès, même si elle doit perdre, car elle est persuadée que c’est la seule raison pour laquelle est est accusée de meurtre. La relation entre Ruth et l’Avocate permet de dénoncer et de montrer ce racisme invisible pour un oeil blanc, mais composé de mille petits riens qui ébrèchent le quotidien des personnes de couleur.

 

- Est-ce que tu savais que, dans le Roi Lion, les hyènes, qui jouent le rôle des méchants, parlent toutes l'argot des Noirs ou des Latino-Américains ? Et que les lionceaux n'ont pas le droit d'approcher le territoire des hyènes ?

 

Il me dévisage d'un air amusé.

 

- Est-ce que tu as remarqué que Scar, le vilain de l'histoire, est plus foncé que Mufasa ?

 

- Kennedy.

Micah pose ses mains sur mes épaules. Puis il se penche vers moi et m'embrasse.

- Tu ne serais pas en train de dramatiser un chouïa ?

 

 

A cet instant précis, je sais que je vais remuer ciel et terre pour récupérer le dossier de Ruth.

 

Un roman magnifique, très réussi et bien traité. L'écriture est fluide, la construction extrêmement soignée, et l'auteure donne la parole à ses personnages au bon moment, ce qui fait de ce roman un page turner qui se lit d'une seule traite !

 

On se retrouve bourré d’humanité comme dans "Ma vie pour la tienne" même si selon moi il reste peut-être un cran en dessous en émotion. Et encore une fois, un procès parfaitement reconstitué où l’on voit l’importance de la sélection des jurés, de la stratégie des questions ou encore des thèmes à aborder ou non. A lire et à faire lire, sans modération !

 

Aimez-vous l’auteure ou souhaitez-vous la découvrir à travers ce roman et ce thème ?

Les lectures oubliées du mois de juillet

Le 31 juillet 2018, 07:56 dans Livres 4

Parfois, certaines lectures ne me marquent pas assez pour que j’en fasse un commentaire détaillé.

 

Cependant, je me sers moi-même des avis mitigés de la blogo pour choisir mes lectures ; j'ai donc décidé de vous en parler brièvement sous forme de rapide revue, pour ceux et celles qui veulent se faire une idée.

 

 

« Désarme-moi » (Caroline TILLMAN) : Romance militaire

 

Une romance lue après American psycho pour me vider la tête. Très bien notée sur Babélio, elle m’a attirée pour l’originalité de son contexte, puisque l’héroïne est un soldat : Rina vient de demander sa mutation sur une nouvelle base militaire où elle est médecin. Un traumatisme de son enfance lui fait prendre les hommes pour des objets, jusqu’à sa rencontre avec Aidan, beau militaire aux yeux bleus. Mais d’une part, le règlement interdit de batifoler dans la base, d’autre part, Rina refuse d’aimer pour ne plus souffrir, et enfin, il y a les affectations en pays en guerre ainsi que tout un tas d’autres péripéties qui viennent pimenter ce jeu de séduction entre les tourtereaux.

 

J’ai bien aimé : l’écriture enlevée et fluide qui nous implique rapidement dans le récit.

J’ai moins aimé : le fait qu’il s’agisse d’une même histoire découpée en plusieurs tomes, les tomes n’étant pas indépendants. Du coup comme j’ai trouvé que celui-ci, très plaisant à lire, manquait toutefois d’intensité, je suis privée d’une vraie fin car je ne lirai probablement pas les tomes suivants.

 

Verdict : Ma recherche principale dans les romances c’est le ressenti. Mon ressenti n’a pas été assez fort dans ce premier tome pour que je décide de lire le suivant, même si l’affectation de l’héroïne sur le terrain m’intrigue et que les personnages sont attachants. Peut-être ai-je tort, et faudrait-il laisser sa chance à l’histoire dans sa globalité pour l’apprécier d’avantage. Mais pour l’heure, ce sera un 3/5.

 

 

« Poids léger » (Olivier ADAM) : Sombre chronique d’un boxeur à la dérive

 

Envie d’une courte histoire entre deux pavé, moi qui n’aime pas le format « nouvelle » ai tenté ce court roman de seulement 100 pages. 

 

Je l’ai tenté parce que c’est d’Olivier ADAM, et que j’ai foi en son écriture qui peut nous faire ressentir beaucoup en peu de mots. Je l’ai tenté parce que j’aime comprendre le lien ténu qui nous maintien à la surface - ou pas - et que l’auteur a déjà su me le faire effleurer en d’autres circonstances. Je l’ai tenté enfin parce que ce boxeur un peu cassé, qui a pris de nombreux coups dans la vie et pas que sur le ring, me rappelle une connaissance à moi et que je voudrais pouvoir entrer dans sa tête. 

 

Croque-mort le jour, boxeur la nuit, Antoine noie son chagrin, sa colère, sa mélancolie, son (dés)espoir en des jours meilleurs et son incompréhension de la vie dans des litres de whisky. S’il ne trouve pas de femme qui vaille l’amour qu’il porte à sa soeur, il sait pourtant se contenter d’une vie de famille imparfaite si une femme le touche. Mais son extrême sensibilité le rend parfois violent et la seule protection qu’il connaisse est donner des coup, ce qui lui jouera des tours lorsqu’il tentera de reprendre sa vie en mains après un électrochoc.

 

Malgré la froideur qui se dégage de ce récit fait par Antoine, j’ai bien aimé retrouver l’écriture libre et fluide d’Olivier Adam, qui s’affranchit de la grammaire conventionnelle pour exprimer les sentiments du narrateur dans toute leur nudité, sans fioritures.

 

Cependant, j’aurais aimé qu’il donne plus de profondeur au personnage, plus d’analyse des tenants et aboutissants du personnage, de sa personnalité et de sa vie, plus de sens à ces errements - même si dans nos vies ils n’en n’ont peut-être pas toujours..? Mais je ne peux m’en prendre qu’à moi-même, je sais que je n’apprécie jamais vraiment les formats aussi courts…!

 

Verdict : Ce sera donc encore un 3/5 pour ce poids un peu trop léger qui n’en est pas pour autant un poids plume.

 

 

Quels sont vos meilleurs coups de coeur en matière de romance ? Et chez Olivier ADAM ?

« Les indifférents » de Julien DUFRESNE LAMY : Un coup au coeur

Le 24 juillet 2018, 07:08 dans Livres 14

« Les Indifférents ont mal agi. Ils ont fait quelque chose de grave sur la plage. Quelque chose de punissable. 

Mais les vrais responsables, ce sont les parents. La vieille rengaine de l’ascendant. On s’en lasserait presque de cette dérobade.

Dans toutes les histoires, les parents sont les responsables. A l’origine des drames, leur passé, leurs histoires, leurs liaisons, leurs absences, leurs maladies toujours incurables. »

 

Quelle claque ! Quand j’ai lu l'avis de Lucie sur son joli blog, Abracadabooks, j’ai immédiatement reconnu  cette ambiance de vacances sur le bassin d’Arcachon où j’allais avec mes copine de fac, et c'est pourquoi j'ai eu envie de lire ce roman. J’ai instinctivement aussi perçu la poésie de la plume de l’auteur, que pourtant je ne connaissais pas du tout. J’avais pressenti également qu’un drame se jouait dans ces vies d’adolescents un peu trop libres. Ce que je n’avais pas prévu en revanche, c’est l’intensité de ces lignes et de cette histoire, l’émotion qui émane de cette narration construite avec soin. J’en sors tout juste. J’ai pris un coup au coeur.

 

 

C’est Justine qui raconte. Lorsque sa mère apprend que son père la trompe, elle fait leur valise à toutes les deux et emmène sa fille vivre loin de son Alsace natale : Sur le bassin d’Arcachon, où elle a passé des vacances qui l’ont beaucoup marquée étant plus jeune. Elle est persuadée que l’océan, avec son ambiance balnéaire, est un endroit de rêve pour élever sa fille ; c’est loin du père et, en prime, c’est le seul endroit où elle a de vagues connaissances de jeunesse, qui lui procurent un toit et un boulot. Alors Justine doit s'adapter.

 

« Je n’ai jamais fait partie d’un groupe. Je préfère les amitiés seules. Les murmures, les gestes dans le noir, les aveux courts. Le groupe, je ne suis pas taillée pour. Je ne crois pas aux idéologies, aux foules organisées, aux amen scandés docilement qui s’enracinent dans les têtes. »

 

Sa mère est engagée comme comptable chez un notable du coin qui lui loue une partie de sa maison de famille, parmi les « gens de maison ». Justine y rencontre le fils cadet, Théo, petit roi de la région, né ici, inséparable ami à la vie à la mort de Léonard et Daisy, qu’il lui présente alors. A eux trois ils sont les indifférents, auxquels appartiendra bientôt Justine qu'ils acceptent parmi eux :

 

« On nous appelle les Indifférents. Les gens qui restent entre eux. Les gens à distance. Indifférents aux autres. (…) Je suis la fille de la comptable. La dernière, la greffe. La petite amie du meneur. Et à cette époque, je m’en moque. Je suis indifférente. »

 

Justine qui est d’habitude, selon ses mots, un loup solitaire qui ne se laisse pas approcher, se laisse séduire par cette bande, apprend à aimer cette vie de groupe qu’elle nous décrit parfaitement et qu’on a plaisir à découvrir avec elle : Les discussions dans les bars de plage, les fêtes alcoolisées, les bizutages dont elle franchit les étapes, les journées de surf, bref : une adolescence ensoleillée et complète qui les fait se croire immortels :

 

« On peut trinquer tous ensemble le temps d’un verre. On ne craint rien ni personne, on ne pense qu’à nous. Nous sommes les Indifférents, à la vie, à la mort. »

 

 

La nouvelle vie de Justine ressemble à d’éternelles vacances de sable fin, à la grande joie de sa mère. Le lecteur est délicatement bercé par la plume de Julien DUFRESNES-LAMY, tandis que Justine découvre l’amitié à la vie à la mort, est fière de faire partie d’un tout qui l’accepte dans un décor idyllique. Et l’on y croirait presque. Si ce n’était cette épée de Damocles qui plane depuis le début du récit :

 

« Ce matin, l’un des Indifférents est mort. 

Il est mort dans l’eau, sans douleur et tout doucement. Mais je ne peux pas dire son nom. Ma bouche est bâillonnée et mon corps incapable. Si j’en parle, la mort deviendra vraie. Elle prendra forme, et dansera devant nos visages pâles. Les gens pleureront, il y aura des deuils et un cercueil.

Ma bouche se tait pour garder le secret. J’y crois comme une superstition. En me taisant, peut-être que la mort s’excusera.

Peut-être même qu’on s’en sortira. »

 

*****

 

Bien sûr, ce roman m’a d’autant plus touchée que j’ai connu ces lieux, reconnu des attitudes, et éprouvé moi-même cette implosion de sentiments que seul l’océan et ses alentours, ses marées et ses mystères,  sa puissance et son immortalité, peuvent vous faire ressentir. Mais surtout j’ai été séduite par la légèreté de la plume, sa poésie, ses phrases courtes et justes qui semblent survoler l’histoire, tout en nous en donnant une vue à la fois précise et générale. Cette plume qui caresse, rassure quand les mots nous inquiètent et nous intriguent : Il s’est visiblement passé un drame parmi les indifférents, mais ça va aller. Jusqu’au coup de poing final, qui nous achève. En douceur et poésie, mais nous achève quand même.

 

« Cela a surgi vite, comme une embardée. Peu à peu, on enfreint les règles. On se dégrade. On devient égoïste. On s’évite et on cogne. Les uns font du mal aux autres. Les autres préparent leur vengeance. 

C’est la loi. La société jusqu’au bout. 

C’est la vie et la mort d’une bande. »

 

Enfin, la construction est habile qui établit le contexte tout en maintenant le suspense : Pour tenter de briser la loi du silence, Justine, la narratrice, intercale le récit de sa vie sur le bassin avec le récit que sa mère lui a fait de son expérience à elle, à son époque, les deux expériences menant implacablement vers la terrible vérité finale… Ainsi Justine  nous emporte avec elle au coeur de la noirceur des âmes, sous leur vernis de soleil et de sel. Et j’avoue que je me suis laissée endormir, je n’ai pas vu venir la fin alors que j’aurais certainement pu.

 

« On les laissera faire. On les laissera jouer et tuer. L'adolescence est un passage obligé. Une espèce de souveraineté.

C'est la sombre période de l’indifférence. »

 

Je ne m’attendais pas à autant de puissance, de justesse, d’émotion sans fard de la part de cet auteur que je découvrais. Je vous conseille ce roman et m'en vais découvrir ses autres livres !

 

Ce roman fut-il une belle surprise pour vous aussi ? Ses autres romans sont-ils du même niveau selon vous ? Quel est votre préféré ?

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