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« A son image » de Jérôme FERRARI : Le roman qui réfléchit la photographie

Le 14 septembre 2018, 05:51 dans Livres 5

J’ai été immédiatement séduite par le thème de ce livre car j’aime beaucoup la photographie. Elle permet de voir le monde différemment en s’attardant sur des détails, d’offrir notre vision aux autres, de conserver des souvenirs de moments précieux, elle peut encore témoigner, prouver, dénoncer, faire rêver, etc… Et dans toutes ses fonctions paradoxales, et les sentiments divergents qu’elle peut nous faire ressentir, elle est fascinante. On est à la fois heureux de garder une image d’un moment ou d’une personne importante, tout en étant nostalgique à la vue d’une photo. Car on est conscient que ce moment n’est plus. La photo, c’est le passé. Elle fixe l’existence de ce qui n’est déjà plus, le temps d'un arrêt sur image, elle tente d'arrêter le temps… On capture des moments  en train de mourir et, du fait de son rapport à l’éphémère, à l’instant, la photographie a un rapport étroit avec la mort. Mais elle peut aussi nous rappeler de vivre. 

 

 

« Sur les photographies, les vivants mêmes sont transformés en cadavres parce qu'à chaque fois que se déclenche l'obturateur, la mort est déjà passée ».

 

« A son image », de Jérôme FERRARI est un roman qui, tout en racontant l’histoire d’Antonia, photographe de métier, s’interroge sur ce rôle de la photographie, qui prend une place de plus en plus importante dans nos vies. Depuis toute petite, et sans qu’elle parvienne à analyser pourquoi, Antonia est fascinée par les photographies de famille. Très jeune, son parrain prêtre lui offre son premier appareil argentique grâce auquel elle va s’entraîner à cet art auprès de ses proches.  A chaque réunion de famille, elle fait des portraits des gens seuls ou en réunion. Hormis la technique du cadrage, de l’exposition, de la composition, Antonia s’interroge face au résultat de son travail. Elle n’est jamais totalement satisfaite sans vraiment comprendre pourquoi.

 

« Il fallait reconnaître que la plupart des instants ne méritaient guerre d’être arraché à leur caducité ». 

 

Je ne peux qu’approuver cette réflexion avec l'avènement du numérique, lorsque je regarde l’inflation de photos stockées sur mon téléphone. Sont-elles toutes sinon indispensables du moins utiles ? Je suis sûre que non… Par ailleurs, Antonia se rend compte que les portraits qu’elle réalise ou les instants qu’elle fixe ne reflètent pourtant pas toujours les personnes qu’ils représentent. Parce qu’en choisissant de les photographier à certains moment, Antonia donne au portrait un sens qui n’existait pas forcément. 

 

« Ses photos souffraient toujours d’un excès ou d’un déficit de signification ».

 

Peut-être aussi parce le réel, la vérité, n’existe pas vraiment : Regarder quelque chose, c’est déjà l’interpréter avec notre sensibilité, notre vécu, notre façon de penser, de percevoir qui nous est propre. A cela s’ajoute le choix de ce qu’on montre ou pas sur la photo : cadrage, composition, lumière, etc… Tout cela fait qu’une photo n’est pas une vérité absolue mais la façon dont le photographe voit les choses. Et si j’aime cet aspect de la photographie, Antonia demeurait insatisfaite.

 

« Ses images manquaient d’innocence. Elles ne se contentaient pas d’accueillir la trace candide de l’instant mais s’inscrivaient, sans qu’Antonia comprît pourquoi, dans tout un réseau, bavard et solennel, d’interprétations superflues, peut-être mensongères. »

 

 

Son parrain étant prêtre, nous profitons également d’un rapprochement d’idées entre la représentation des icônes religieuses, qui sont des images, et l’art de la photographie.

 

« Le Christ lui-même est contrefait. C’est sans importance. Le regard ne s’appuie sur les images que pour les traverser et saisir, au-delà d’elles, le mystère éternel et sans cesse renouvelé de la passion. Mais la photographie ne dit rien de l’éternité, elle se complaît dans l’éphémère, atteste de l’irréversible et renvoie tout au néant.

 

Par un beau matin ensoleillé, Antonia se laisse éblouir par le soleil et meurt dans un accident de voiture.

 

« Tu ne feras pas d’idole, ni aucune image de ce qui est dans les cieux en haut, ou sur la terre en bas, ou de ces qui est dans les eaux sous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant eux, et ne les serviras pas. - Il n’avait pas écouté la parole, et voici qu’à cause de lui sa filleule avait servi des idoles qui l’avaient terrassée. »

 

A son enterrement, chacun se remémore les bribes de moments clés passés avec Antonia qui donnent au lecteur une mosaïque « à son image ». Comme les photographies qu’elle prenait, il est probable qu’aucun portrait fait par les autres ne la reflète totalement ; mais chacun à sa manière la reflète en partie, chacun nous offre un panel de pixels qui contribue à reconstituer un portrait à son image, à nous rapprocher de l’essence de son être, sa vérité. En découvrant l’image que chacun a gardé d’elle, on reconstitue son portrait tout en s’interrogeant avec elle sur le sens de la photographie, au fur et à mesure qu’elle progresse elle-même dans sa pratique et dans son métier. 

 

« Peut-être a-t-il fini par se dégoûter de ces images qui n’égaleront jamais la peinture parce que, finalement, ce n’est pas en tant qu’art que la photographie donne la mesure de sa puissance ».

 

Poursuivant sa passion pour la photo, et sa quête de la photo parfaite, celle qui se rapprocherait au plus près de la vérité de l’instant qu’elle souhaite si ardemment capter, Antonia était devenue journaliste. Elle débute dans un journal local où elle a l’impression que ce qu’elle montre est inutile (tournoi de pétanque, réunion des nationalistes corses qu’elle perçoit comme de la mise en scène qu’elle ne ferait que répercuter, etc…). Puis, cherchant à donner du sens à ses photographie, elle part dans les pays en guerre.

 

« Elle lui parle des photos qu’elle a prises. Du choc qu’elles vont certainement provoquer si elles sont publiées. Il essaye de la détromper gentiment. Aucune photo, aucun article n’a jusqu’ici provoqué aucun choc, si ce n’est peut-être le choc inutile et éphémère de l’horreur ou de la compassion. Les gens ne veulent pas voir ça et s’ils le voient, ils préfèrent l’oublier. Ce n’est pas qu’ils soient méchants, égoïstes ou indifférents. Pas seulement, du moins. Mais c’est impossible de regarder ces choses en sachant qu’on ne peut strictement rien y changer. On n’a pas le droit d’attendre ça d’eux. La seule chose qui est en leur pouvoir, c’est détourner le regard. Ils s’indignent. Et puis ils détournent le regard. »

 

Si elle pensait au départ pouvoir saisir la vérité de l’être dans une photo, toute vérité est-elle pour autant bonne à dire ? A montrer ? A dénoncer ? Est-ce un devoir de montrer ce qui existe, même quand il s’agit de ce que l’homme fait de pire, afin que personne ne puisse ignorer et rester passif ? Ou est-ce obscène de montrer des situations à des gens qui n’ont pas le pouvoir de les changer ? L’obscène est-il dans la photographie ou dans le fait que ce que montre la photo existe ?

 

« Que cette photo soit obscène, c’était indiscutable pour Antonia, comme ce devait être également indiscutable pour Kevin C lui-même et c’était sans doute la raison pour laquelle il l’avait prise, afin que nul ne puisse prétendre ignorer l’obscénité du monde dans lequel il consentait à vivre. »

 

L’auteur, sans jamais imposer son point de vue ni celui des personnages, nous encourage au moins à y réfléchir à l’aide de situations concrètes, d’arguments contraires, d’influences diverses (religions, vécus, etc…).

 

« Elle se sent de plus en plus mal à l’aise avec l’idée que les photos qu’elle a prises aujourd’hui pourraient être publiées. Même si un magazine les acceptait, elle ne voudrait pas que des yeux étrangers puissent se poser avec curiosité ou indifférence sur le désastre complet dont elle a aujourd’hui été témoin. Ce désastre, elle ne veut pas le dupliquer. »

 

Au total, j’ai trouvé dans ce livre une plume riche, sensible et généreuse comme je les aime, un auteur philosophe qui a guidé ma réflexion sur un thème toujours d’actualité, et beaucoup d’émotions venant du récit et des personnages.


Edit : A la réflexion, il m'a rappelé un ancien coup de coeur : "Otages intimes" de Jeanne BENAMEUR, que je vous recommande pour plume à fleur de peau comme je les aime.

 

Que ce soit pour le roman en lui-même, la plume, ou les réflexions qu’il a le mérite d'initier sur un thème qui nous concerne tous plus ou moins, je suis contente d'avoir découvert Jérôme FERRARI à l'occasion de cette rentrée littéraire. 

 

Est-ce que vous vous intéressez vous aussi à la place de la photographie dans nos vies ?

« Naissance d’un pont » (Maylis de KERANGAL)

Le 6 septembre 2018, 20:12 dans Livres 9

Après avoir beaucoup aimé "Réparer les vivants" ainsi que "Corniche Kenedy", ça faisait longtemps que je voulais poursuivre ma découverte de l'univert de Maylis de Kerangal avec ce roman… Et puis le 14 août dernier le pont de Gênes, que j’ai emprunté un certain nombre de fois, s’écroule faisant 43 morts. Le 29 aout dernier, un pont de 37 mètres de hauteur inquiète dans la vallée de la Roya, dans l'arrière-pays niçois. Moi qui prend toujours une grande respiration avant de passer sur n’importe quel pont, et qui me fait gentiment moquer par mon Chou d’amour, je n’ai pas fini de me poser des questions. Y’a qu’à moi que ça paraît improbable que ces trucs tiennent debout ? D’ailleurs comment c’est fabriqué ces machins ? Et voilà comment « Naissance d’un pont » est sorti de ma PAL…

 

 

« Fallait-il encombrer la terre plutôt que le ciel ? Fallait-il démontrer sa force, opter pour un ouvrage puissant, une combinaison de pièces massives, lourdes, tel le pont de Maracaibo ? Fallait-il un ouvrage transparent, aérien, une construction où les structures concentrent la matière en peu d’éléments, une option de finesse, tel le viaduc de Millau ? Fallait-il désenclaver une ville ou souder deux paysages, fallait-il surseoir à la nature, utiliser ses lignes, ou s’y incorporer ? »

 

L’auteur nous raconte la naissance d’un pont suspendu au dessus d’une ville imaginaire de Californie (nommée Coca) - La naissance, et non la construction : Contrairement à ce à quoi je m’attendais, il y a donc très peu d’élément technique de construction (ce qui finalement est peut-être logique dans un roman, je vous l’accorde…) : L’auteure englobe dans ce roman la période allant du moment où l’idée de construire un pont qui attire l’attention dans sa ville germe dans l’esprit du maire, jusqu’au moment de l’inauguration où tout le monde se sépare et reprend sa vie. Entre les deux, nous croiserons toute une galerie de personnages ayant un rôle à jouer dans cet accouchement

 

« Les propriétaires terriens (…) s’émeuvent de ces tours qui les signalent au monde, ajoutant le nom de Coca à celles des cibles potentielles du terrorisme, comme si depuis l’attentat du World Trade Center, leur imaginaire était contaminé par la menace et que désormais, voyant s’affermir dans leur ciel des lignes verticales, ils ne pouvaient s’empêcher d’envisager que ces masses s’effondrent, se résorbent, sur elles-mêmes en un nuage morbide, paranoïa diffuse dont le corolaire, en matière d’architecture, se résumait à une simple ligne : on ne veut pas d’histoire. »

 

Car si, à l’origine, il s’agit de relier deux berges pour uniformiser le territoire, pour permettre à la ville de s’étendre plus facilement du côté de la forêt, des indiens, des bidonvilles, on comprend vite que des tas d’enjeux plus ou moins importants s’entrecroisent autour de cette naissance : Il s’agit pour le maire d’assouvir ses désirs de grandeur, pour l’artiste qui le dessine de laisser sa marque dans le paysage, pour les compagnies de travaux d’un enjeu financier, pour le directeur des travaux de réaliser sa plus grande oeuvre avant sa retraite, pour les milliers ouvriers de se nourrir, pour les cadres, de participer à quelque chose qui les dépasse, pour les femmes de prouver leur valeur dans des métiers essentiellement masculins, pour les indiens d’exercer leur talent d’acrobates… Certains intérêts divergent, les syndicats s’en mêlent, les puissants décident de se faire justice eux-mêmes… Bref, des passerelles se forment à cette occasion entre toutes ces vies éphémères, tandis que l’ouvrage, lui, est conçu pour témoigner de leur passage et leur survivre.

 

*****

Ainsi toutes ces individualités d’entrecroisent pour former un ballet d’images, de sensations, de vies aussi différentes qu’interdépendantes, tout cela mis en valeur par la plume si particulière de Maylis de KERANGAL que j’affectionne. Ses phrases, longues comme des lianes s’enroulant autour des vies des personnages, ne perdent jamais leur justesse ni leur sens dans l’accumulation d’images qu’elles véhiculent. Enfilant les mots comme on enfile des perles, l’auteur semble nous parler avec des images, des sensations. En balayant les pages de ses tourbillons de paroles enlacées, elle parvient à nous donner tout en même temps une vue d’ensemble des paysages et situations, comme une vue de l’intimité de chacun.

 

« Quand vient la nuit sur le territoire, Coca se précise. Le noir lui est propice, il l’affole, la chauffe, la livre crue et brutale, les contours acérés quand l’intérieur se trouble de milliers de lueurs rivales, il la divulgue orange, effervescente, pastille de vitamine C jetée dans un verre d’eau trouble, bocal de fioul posé dans une cuvette, distributeur d’oxygène, de speed et de lumière. »

 

J’avoue toujours aimer revenir à l’écriture de Maylis de Kerangal alors que j’ai souvent rejeté les écritures alambiquée qui se voulaient trop artificiellement originales selon moi. Le truc avec cette auteure, c’est que je trouve ses images justes, ses raccourcis (phrases sans verbes par exemple) efficaces et ses rallongis (phrases au détour desquelles l’auteure assemble des mots ou des concepts inattendus jusqu’à ce que l’image se forme en notre esprit) charmants ou flamboyants.

 

Ne vous attendez pas, cependant, à une grande intrigue conduisant ce roman, une réflexion profonde sur l'usage d'un pont ni même de grandes révélations sur sa construction, mais plutôt à de petites anecdotes qui font la vie de tous et de chacun, unis autour de leur projet commun qui, soit qu’on l’encense ou que l'on veuille le détruire, ne laisse pas indifférent. 

J’avoue volontiers que je m’attendais à plus de détails sur la naissance et construction du pont, sur le travail des ouvriers et employées et  même sur leurs vies, à plus de profondeur quant aux personnalités y prenant part. Or, l’auteure ne fait qu’effleurer les problématiques liés au pont, à la ville et aux vies de ses personnages. 

 

Pour autant, je n’ai pas été déçue de cette lecture car j’ai aimé retrouver cette « patte » : Des phrases longues et dégingandée mais finalement beaucoup de légèreté, comme si on venait picorer dans les vies de chacun juste ce qu’il faut pour avoir une impression générale de la situation, du thème, de l'ambiance, de chacun. Et ça suffit à nous donner l'impression de connaître chacun des personnages, d'en avoir saisi l'essence.

 

Je viens donc de me procurer son dernier roman qui vient de paraître au mois d’août et qui est, paraît-il, plus en profondeur. J’en attend donc beaucoup car le thème promet une réflexion hyper intéressante, je vous en parle bientôt !

 

Vous aimez cette auteure, ses romans ? Aimeriez-vous la découvrir ?

 

Avez-vous des plumes que vous affectionnez malgré (ou pour) leur style particulier ?

« Une raison d’espérer » de Maude PERRIER : Quand derrière une vie idyllique se cache un véritable enfer...

Le 30 août 2018, 16:53 dans Livres 2

Je suis contente d’avoir enfin pu lire ce roman, sur le thème difficile des femmes battues et la question souvent sous-jacente « Mais pourquoi restent-elles ? » ! 

 

Pour la petite histoire, j’avais été assez déçue par la façon dont Colleen HOOVER, l’une de mes auteures favorites de romances, l’avait abordée dans son roman « Jamais plus ». Les points de vue que l’auteure mettaient en exergue m’avaient globalement semblé peu pertinents, et donc les personnages (surtout l’héroïne) m’avaient assez peu convaincue et touchée malgré le thème. 

 

L’une d’entre vous m’avait alors conseillé « Une raison d’espérer » de Maude PERRIER sur ce même thème, mais je ne parvenais pas à me le procurer. Jusqu’au jour où… Hellocoton a mis cette auteure adorable sur mon chemin, qui m’a gentiment envoyé son roman en un format que ma liseuse décrypte ! Merci beaucoup Maude !

 

 

Merci parce que j’ai vraiment apprécié cette lecture. Certes, et j’étais avertie, il faut avoir le coeur bien accroché dès le début car entrer dans les vies, corps et têtes de personnages pour les comprendre nécessite de donner un peu de sa personne : Savoir prendre des coup avec Lily, se rebeller avec elle, douter aussi, se trouver sans voix face à l’atrocité et le non-sens de tout cela ; sans armes face à un adversaire plus retors et manipulateur que nous. Se sentir démunie et sur le point d’abandonner, en l’absence de raison d’espérer… Mais ce roman, comme son titre l'indique, n'est pas que sombre ; Il nous laisse apercevoir la lumière au bout du tunel.

 

Synopsis :

 

Lily semble être une femme épanouie qui a tout pour elle : Un beau mari  que tout le monde admire, de l'argent, un travail qu’elle aime… Et heureusement qu’elle l’a, ce travail. Car une fois closes les portes de leur demeure, Denis tabasse Lily sous des prétextes plus fallacieux les uns que les autres : Un regard innocent à un autre homme, une aventure entièrement imaginée avec son patron, un mot de travers à son mari, un refus quelconque qui lui déplait, et Lily manque encore de se retrouver aux urgences ou au cimetière. D’ailleurs parfois, elle aimerait bien. Mais Denis est trop malin pour l’envoyer aux urgences, et bien trop amoureux pour aller jusqu’à la tuer. Il l’aime trop pour risquer de la perdre, et dit ne pas pouvoir vivre sans elle.

 

Trop amoureux dit-il ? Alors pourquoi la passe-t-il à tabac ? Car Lily se rappelle qu’il n’a pas toujours été comme ça, et pense qu'avec de la patiente et de la psychologie, elle parviendra à retrouver l'homme qu'elle a aimé. Elle se souvient exactement de quand tout cela a commencé : C’était lorsqu’elle est tombée enceinte. Elle a d’abord pardonné en croyant que c’était le choc de devenir père ; elle a cru qu’il avait du mal à encaisser d’avoir une enfant trisomique, ou d’avoir à assumer d’en être son père. Mais il s’est mis à affirmer sans raison qu’il n’en était certainement pas le père, à l'accuser de l'avoir trompé ; Et, comme elle n’a pas voulu avorter, il la punit pour ça. Il ne la croit jamais, puisque son cerveau malade trouve toujours une raison de la battre à mort, avant de se confondre en pleurs et en excuses.

 

Bien sûr, pour sa fille, son unique raison d’espérer une vie meilleure alors qu’elle a accepté d’être sans cesse rabaissée, Lily tente de lutter, de le raisonner. Mais Denis est malade. Malade d’amour - l’amour d’un cerveau malade, finira-t-on par comprendre, qui se veut l’unique centre d’intérêt de celle qu’il a choisie. Une psychologie qui, si elle paraît gérable au début, pousse vite Lily à trouver du soutien ailleurs, auprès de la seule personne qui saura l’écouter patiemment et sans jugement… Une nouvelle raison d’espérer s’en sortir. Mais a-t-elle raison d’espérer…?

 

*****

 

Mon avis :

 

Je ne peux pas réellement comparer « Jamais plus » de Colleen HOOVER avec « Une raison d’espérer » de Maude PERRIER, dans la mesure où les histoires des personnages sont totalement différentes. Pour chaque problématique, il a de toute façon autant d’histoires que de personnes qui les ont vécues. Cependant, je peux affirmer sans aucun doute que j’ai préféré, et de très loin, la manière dont Maude PERRIER aborde et traite le thème de la violence conjugale dans ce roman.

 

Les personnages, et notamment son héroïne, me semblent plus réels, plus sensés. Mais surtout, l’auteure parvient à nous faire entrer dans son univers car elle nous raconte l’histoire de cette femme, Lily ; En créant son personnage, elle ne cherche pas à défendre toutes les femmes battues du jugement de la planète entière, comme je l’avais ressenti dans « Jamais plus ». Et c’est finalement bien plus efficace. Bien plus fort. Bien plus prenant et, au final, ça sonne bien plus juste. En tant que lecteur on se sent proche du personnage, on en prend plein la tête avec Lily - sauf qu’on se dit que nous, c’est pour de faux. 

Et finalement, on la comprend beaucoup mieux puisqu’on s’identifie à elle. L’auteure n’a pas besoin de la défendre, le lecteur est assez grand pour forger son opinion tout seul, revoir son jugement s’il était hâtif, ou continuer de compatir et de se révolter contre ces pratiques de l’ombre qui sont trop courantes.

 

Je n’ai pas l’impression que Maude PERRIER a voulu me donner une leçon. J’ai juste l’impression qu’écrire sur ce problème de société est son moyen d’apporter son soutien à cette cause en attirant notre attention sur le sujet, nous invitant à être à l’écoute, à ne pas se fier aux apparences, à se montrer patients mais présents si l’occasion se présente.

 

Par ailleurs, la romance parallèle ainsi que l’histoire secondaire qui se déroulent avec les autres personnages du roman s’imbriquent parfaitement dans l’histoire principale, alors qu’elle me semblait plus artificielle dans « Jamais plus » (à tel point que je me rappelle avoir fini « Jamais plus » pour connaître l’histoire secondaire, que je trouvais magnifique, plus que la principale).

 

Pour conclure, je remercie une nouvelle fois l’une d’entre vous pour son conseil de lecture, et l’auteure pour son gentil geste ainsi que pour ce moment de lecture. 

Je vous invite à lire ce roman si c’est un thème qui vous tient à coeur. Car malheureusement, comme le rappelle l’auteure : « « Une raison d’espérer » est une romance sur fond de drame. La réalité est souvent tout autre. La romance s’efface pour ne laisser que le drame ».

  

Avez-vous des conseils littéraires concernant ce genre de drame social ?

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