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« Nadja » (André BRETON) : L’envie de découvrir enfin ce classique

Le 26 juillet 2016, 09:34 dans Livres 7

Pourquoi je voulais absolument découvrir cette œuvre ? 

Dans mes lectures depuis l’ouverture de ce blog, les références se multiplient à ce roman, dont l'auteur appartient au courant surréaliste. "Nadja" est une référence classique, souvent apparentée au « Nouveau Roman » que Wikipédia explique en partie ainsi :

« Le nouveau roman veut renouveler le genre romanesque qui date de l'Antiquité. Pour cela, l'intrigue passe au second plan, les personnages deviennent subsidiaires, inutiles, s'ils sont présents ils sont nommés par des initiales (c'est en cela que l'on voit l'influence de Franz Kafka, notamment avec Le Procès). » « La position du narrateur y est notamment interrogée : quelle est sa place dans l'intrigue, pourquoi raconte-t-il ou écrit-il ? L'intrigue et le personnage, qui étaient vus auparavant comme la base de toute fiction, s'estompent au second plan, avec des orientations différentes pour chaque auteur, voire pour chaque livre. »

 

 

Pourquoi l’auteur-narrateur nous raconte-t-il « Nadja », ou quel est l’intérêt de son récit ?

Oui alors effectivement, je confirme, il n’y a quasiment pas d’intrigue puisque ce livre pourrait se résumer à une rencontre : Celle du narrateur (l’auteur) et la fameuse Nadja éponyme. Au départ, l’absence d’intrigue ne m’a pas gênée car l’auteur nous annonçait, par ses premiers mots, une réflexion intéressante sur la quête de soi-même : 

« Qui suis-je ? Si par exception je m’en rapportais à un adage : en effet pourquoi tout ne deviendrait-il pas qui je « hante » ? Je dois avouer que ce dernier mot m’égare (…). Il me fait jouer de mon vivant  le rôle d’un fantôme, évidemment il fait allusion à ce qu’il a fallu que je cessasse d’être, pour être qui je suis.» 

Il nous raconte alors comment il a rencontré Nadja, et comment leur regard mutuel les a défini au moins un temps, comment leurs échanges ont pu les faire évoluer – non seulement sur le moment, mais encore lorsqu’ils ne se sont plus vus. En se mirant dans les yeux de l’autre, on forge sa vision de soi-même en fonction de ce que l’on y voit, et cette vision de soi, de celui qu’on est pour cette personne, nous construit et laisse une trace en nous, bien après cette rencontre. Cette quête est utile pour savoir qui ont est, sa place, son rôle, et donc pouvoir prendre en main son destin. L’auteur se sert donc de Nadja, celle qui le rend vraiment spécial à son contact, pour la laisser le définir : 

« Je m’efforce, par rapport aux autres hommes, de savoir en quoi consiste, sinon à quoi tient, ma différenciation. N’est-ce pas dans la mesure où je prendrai conscience de cette différentiation que je me révèlerai ce qu’entre tous les autres je suis venu faire en ce monde et de quel message unique je suis porteur pour ne pouvoir répondre de son sort que sur ma tête ? » 

L’auteur d’ailleurs y prend assez vite goût, qui se sent admiré, voire vénéré par ce qui nous apparait presque comme une pauvre fille un peu barrée, qui voit des symboles dans à peu près tout ce qu’elle croise avec cet homme qu’elle est fière de connaître. Il aime la façon dont il se voit à travers elle, ce qui fait qu’il continue de la voir alors qu’il est marié ; Quant à elle, elle aime peut-être ce rôle de fille spéciale qui la distingue à ses yeux – se croit-elle alors obligée d’en rajouter à son personnage pour continuer à l’intriguer et à l’intéresser ? 

 

Une réflexion qui peut se poursuivre dans d’autres romans : 

« Je veux lui poser une question qui résume toutes les autres, une question qu’il n’y a que moi pour poser, sans doute, mais qui, au moins une fois, a trouvé une réponse à la hauteur : « Qui êtes-vous ? » Et elle, sans hésiter : « Je suis l’âme errante ». » 

Au travers de cette phrase d’André BRETON, je me suis souvenue d’un autre roman avec lequel on peut poursuivre sa réflexion, plus classique en sa forme mais tellement plus éblouissant, écrit par Virginia WOOLF : Dans « Mrs Dalloway », l’auteure voulait montrer qu’on ne peut jamais saisir l’essence d’un être en une rencontre, une discussion : Chaque personne est multiple, et il faut recoller l’infinité de ses facettes pour pouvoir tenter d’en avoir une vision sinon exhaustive, au moins plus juste et complète. C’est un roman que je vous conseille vivement pour sa plume extraordinaire et son propos clair et passionnant. 

Ca, c’est pour la partie de réflexion que j’ai trouvée intéressante et pertinente dans "Nadja". 

 

Pour autant, ai-je aimé cette lecture souvent citée en référence ? 

Je dois avouer que je n’ai pas été passionnée par cette lecture : J'ai trouvé le propos noyé dans le récit de leur quasi absence de relation, ou de relation étrange, morte-née. Contrairement au roman plus classique qu’est « Mrs Dalloway », les personnages ne sont ni très fouillés, ni très attachants ; L’auteur n’est pas parvenu à nous en rendre proche, comme s’il les maintenait à distance de lui-même. Surtout, les symboles, qui finalement remplissent plus ou moins l’histoire, n’ont de sens que pour Nadja, et parfois pour lui qui veut croire un peu désespérément que cette rencontre a quelque chose de spécial (du moins, c’est l’impression que j’en ai eu). A force d’ésotérisme, leurs discussions et balades me sont devenues hermétiques et incompréhensibles, voire inintéressantes. On se demanderait presque ce qu’ils se trouvent respectivement… 

 

Ce livre étant court, vous pouvez faire votre propre avis. C’est ce que j’encourage à faire la plupart du temps, au moins pour savoir de quoi parlent tous les gens qui se réfèrent à ce monument du genre, et élargir ses propres horizons. Mais si vous vous sentez découragés ou pas assez enthousiastes à l’idée de cette découverte, vous ne manquerez, à mon humble avis, pas grand-chose… Il existe tellement d’autres classiques à découvrir ! Avez-vous adoré ce classique ? Vous fait-il envie ? En entendez-vous parler dans vos lectures comme moi ?

 

« Sigmaringen » (Pierre Assouline) : Le gouvernement français en exil raconté par un majordome

Le 22 juillet 2016, 09:22 dans Livres 4

« A l’entendre, ma conception de l’obéissance relevait d’une pathologie. Elle ne pouvait pas comprendre que chez nous, dès qu’on endosse un uniforme, on se croit délesté d’une certaine responsabilité. On n’a plus à décider. (…) On s’estime dispensé de penser. On revêt l’autodiscipline comme une seconde peau. On obéit, que l’uniforme soit celui d’un soldat, d’un officier, d’un postier, d’un pompier ou d’un maître d’hôtel. Sous l’uniforme, obéissance fait vertu. Il évite même de s’opposer à l’autorité. » 

Encore un livre que je voulais lire à sa sortie (je purge ma liste de livres à lire en ce moment, ça fait du bien !) car il aborde la seconde guerre mondiale d’un point de vue différent : Celui de Stein, majordome d’un château princier. Et pas n’importe quel château : celui de Sigmaringen, qui a été réquisitionné dans la dernière année de la guerre pour accueillir le gouvernement français en exil. On y retrouve donc le Maréchal Pétain, Laval et d’autres ministres, mais aussi des membres de l’Allemagne Nazi pour surveiller ce petit monde. Malgré le drapeau français hissé sur le mat du château, nos collabos français sont donc plus ou moins dans une geôle, sous bonne garde.

 

 

« Il y a des moments où il ne suffit plus de ne pas être nazi ». 

Mais les serviteurs, que nous suivons, ne sont pas tous à l’abri pour autant. Ayant un statut un peu privilégié qui les a fait échapper à l’armée jusqu’alors, Stein sait que plus la guerre se prolonge, plus l’Allemagne ira piocher les nouvelles recrues là où il en reste. En outre, ne pas soutenir Hitler est un crime en soi, et tout le monde sait qu’il y a des taupes partout… Il semble même y en avoir au sein du personnel, ce qui incite encore plus à cette fameuse réserve apolitique dont les serviteurs doivent faire preuve habituellement. 

« - Pourquoi êtes-vous aussi secret ? 

-        Ces choses-là m’appartiennent. Et puis, quand on n’a plus rien à cacher, on n’a plus rien à dire. »  

Mais les gens étant ce qu’ils sont, certaines affinités se créent au sein du personnel : Stein se rapproche de Jacqueline, une française venue avec le Maréchal, dont la force et la sensibilité le touchent. Petit à petit, c’est grâce à elle que Stein se livrera un peu, nous laissant entrevoir son histoire personnelle, faite de dévouement certes, mais aussi d’une jolie surprise. Leur relation nous ouvrira aussi les portes de la ville de Sigmaringen en guerre. Car Jacqueline et lui se liant, ils sortent en ville dans leur temps libre, découvrant le portrait d’une population à bout de souffle et de réserves. On y croisera Louis-Ferdinand CELINE, des français réfugiés, des allemands exsangues, l’homme qui fait les poubelles, etc... Leur relation de confiance nous fera aussi entrer au cœur du dénouement de cette guerre, qui donnera une autre dimension à ce roman, une profondeur supplémentaire. 

« S’inquiéter seul, c’est précipiter l’angoisse. S’inquiéter à deux, c’est déjà se consoler. » 

***** 

Dans le premier tiers du roman, je n’ai pas été aussi captivée que je pensais l’être. Car nous ne sommes pas au cœur de la guerre, et nous ne sommes pas non plus dans le secret des Dieux avec Stein, avec qui la discrétion est de mise. Et le temps que tout le monde prenne ses marques, fasse connaissance, décide de faire confiance à certains, il ne se passe pas grand-chose. Du coup, lorsque les Ministres s’ennuient à ne rien faire au château, le lecteur le ressent un peu. Du fait de la position de Stein, je pensais que ce serait compensé par quelques anecdotes secrètes, mais cela arrive à partir du second tiers du roman. A partir de là, tout s’enchaîne assez bien et j’ai beaucoup aimé la fin, qui enrobe la totalité du roman et lui donne son lustre.  

« Quand comprendront-ils que la vraie force est celle qui protège, et non celle qui oppresse et détruit ? » 

En refermant ce livre, et en en ayant une vision d’ensemble, je trouve finalement que c’est un bon roman, qui a le mérite d’apporter un éclairage différent de tout ce que j’avais lu jusqu’alors, sur ce gouvernement en exil. Les deux derniers tiers nous font ressentir que la guerre se rapproche, que les méfiances et soupçons s’exacerbent entre les habitants du château - personnel ou invités ; et la population de la ville, où Stein daigne enfin nous emmener, nous donne un portrait un peu plus vibrant de cette Histoire qui est en train de s’écrire. 

« On ne sait rien d’un homme tant qu’on n’a pas senti la pression de sa paume et qu’on n’a pas éprouvé le contact de ses doigts. » 

Au final j’ai donc bien aimé cet éclairage mais je ne lui mets que 3/5 car je m'attendais à plus prenant notamment au départ. Porté par la jolie plume de Pierre Assouline, ce roman m’a également donné envie de découvrir « D’un château, l’autre », de CELINE. Connaissez-vous l’un de ces deux romans ? Qu’en pensez-vous ? 

« Vient toujours un moment dans la vie d’un homme où il cesse de creuser pour les autres afin de creuser pour lui-même ; si son existence s’écoule sans que jamais cette prise de conscience advienne en lui, il mérite notre compassion. (…) Tout homme est son propre majordome. »

 

« Et soudain tout change » (Gilles LEGARDINIER) : Coup de cœur ♥

Le 13 juillet 2016, 09:20 dans Livres 13

Je n’avais pas prévu de relire un ouvrage de Gilles LEGARDINIER, car si j’avais beaucoup aimé « Complètement cramé », dont l’humour et le personnage masculin changeaient agréablement, j’avais été un peu déçue par « demain j’arrête », une chick lit que j’avais trouvée plus classique et moins inspirée. Mais le thème de celui-ci avait l’air plus profond, et j’ai eu envie d’essayer.

 

 

Ici, Gilles LEGARDINIER se glisse avec aisance et perspicacité dans la peau d’une narratrice, Camille, qui passe son bac à la fin de l’année. Celle-ci raconte avec un humour à fleur de peau comment l’année de son bac, elle et sa bande ont appris la vie, mais aussi la mort. Nous pénétrons son quotidien de lycéenne protégée et entourée de ses amis d’école depuis toujours : Axel, le beau gosse mystérieux dont vous tomberez amoureux ; Tibor, le déjanté de la bande qui n’ose pas montrer ses sentiments mais qui nous surprendra lorsqu’il n’aura plus le choix, et qui vous fera rire tout au long de cette histoire… Léo, qui se prend pour un agent secret et nous incite à vivre des aventures un peu folles ; Romain, l’ami sérieux sur qui on peut s’appuyer, etc... On assiste à l’évolution de leurs relations au fil des anecdotes et péripéties, qu’ils vivent en famille ou entre eux. Mais parmi les amis de Camille, Léa est atteinte d’une grave maladie cardiaque qui met sa vie en danger, le diagnostic tombe devant nous : son pronostic vital est engagé.

 

Chaque individu de la bande réagit alors à sa manière, mais tous font corps pour soutenir Léa, autant au Lycée qu’à la maison : Il faut prendre ses cours, la distraire. Il faut aussi, pour chacun d’eux, se préparer à l’éventualité que leur amie peut mourir pour de bon l’année de leur bac, celle où l’on choisit son avenir. Selon leur professeur d’économie, Monsieur Rossi, autre personnage décisif dans ce roman, chaque personne sur terre a une mission, et la trouver puis la réaliser fait tourner le monde. Quelle est la mission de chacun de nos jeunes personnages à cet instant de leur vie ? C’est la question à laquelle ils devront tous répondre en cette période charnière. Et puis, à cet âge où l'amour est roi, le pacte de non-agression conclu entre Camille et Léa à propos d'Axel tient-il encore face à la maladie de Léa ? Nul doute que ce roman très intense saura vous distraire cet été ! 

*****

 

Mine de rien, sous ses airs de déjà vu qui va faire pleurer dans les chaumières, « Et soudain tout change » fut un coup de cœur ! Il n’est ni trop triste, ni traité trop légèrement. L’auteur parvient à trouver un équilibre improbable entre l’humour et les sentiments. J’ai ri à chaque page du livre, et pourtant j’ai été très émue par chacun des personnages. 

« Celui qui meurt emporte un bout de ceux qui l’aiment avec lui, et c’est à ceux qui restent d’empêcher que tout ne parte avec. »

 

Si j’ai pensé au départ que l’humour allait, soit, retomber rapidement au vu du sujet, soit, devenir incompatible avec lui et ruiner le roman, l’auteur m’a prouvé rapidement que j’avais tort. L’humour sert d’exutoire à la narratrice, qui n’en demeure pas moins une ado en passe de devenir adulte, avec des sentiments et questions qui la bousculent. Elle trouve certaines réponses grâce au personnage du professeur, que j’ai énormément apprécié. Elle est en tous cas, pour l’auteur, l’occasion de nous rappeler de beaux concepts de vie, de ceux que l’on découvre à un âge où l’on se construit et qu’il est parfois bon de se remémorer.

 

De cet humour omniprésent dans la narration, constitué en grande partie d’ironie, je retiens l’habileté de Gilles LEGARDINIER pour dépeindre une situation avec perspicacité dans la peau de quelqu’un qu’il n’est, de toute évidence, pas : Cet homme adulte se glisse dans celle de cette jeune fille sans la rendre ridicule ni agaçante. C’est au contraire avec beaucoup de bienveillance envers la totalité de ses personnages et envers l’ensemble qu’ils forment, que l’auteur parvient à nous toucher, à nous faire rire mais aussi pleurer.

 

Roman de détente soutenu par une jolie profondeur, voici une excellente surprise à laquelle je ne m’attendais pas ! Allez-vous sauter le pas ou êtes-vous déjà conquis ? Comment avez-vous trouvé ce roman par rapport aux autres romans de l’auteur ?

 

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