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« Le jour d’avant » (Sorj CHALANDON) : Mon coup de coeur de la rentrée littéraire 2017

Le 8 août 2017, 09:30 dans Livres 5

Salut les petits loups !

 

Comme le temps est de circonstance, je reviens vous parler d’un roman de cette rentrée littéraire qui m’a marquée, et qui sortira le 16 août 2017. Pour conserver les sensations qu’il devra provoquer chez ses lecteurs, je ne vais pas raconter beaucoup de son histoire. En revanche, je veux surtout vous inciter à ne pas vous décourager à la lecture du thème. Personnellement, le thème des mines me rappelait Germinal (le grand classique de Zola, que je n’ai toujours pas lu…) et me paraissait trop sombre pour moi. Heureusement, une libraire formidable m’a donné envie de le lire. 

 

 

Le narrateur est Michel, fils d’agriculteur dans une région minière. Comme toutes les familles de ces régions, la famille de Michel compte des mineurs qui sont morts de leur métier. Non seulement celui-ci est pour le moins difficile pour les organismes, mais en outre, les cadences imposées sont infernales, et nécessitent souvent de passer outre les mesures de sécurité. Ainsi, lorsque Joseph, le grand frère de Michel, annonce qu’il a été recruté à la mine, ses parents sont effondrés. Et effectivement, quelques mois après son embauche, alors que la veille encore Joseph et Michel s’octroyaient une balade à moto entre frères, une explosions fait 42 morts à la mine où Joseph travaille. Joseph meurt quelques jours plus tard de brûlures à l’hôpital. Peu après, n’ayant pas supporté la mort de son fils, le père se suicide.

 

Un chapitre sur deux, nous retrouvons Michel en 2014, et voyons l’impact de la mort de son frère sur le reste de sa vie. 40 ans plus tard, alors que sa femme vient de mourir, Michel est toujours obsédé par le sentiment que la mort de son frère est injuste, et qu’elle n’a pas été reconnue à sa juste valeur. En effet, étant mort après les autres, il n’a pas bénéficié des hommages nationaux pour son enterrement. C’est comme si personne n’avait reconnu la responsabilité de la mine dans sa mort, alors qu’il lui avait donné sa vie. Plus grave encore aucun responsable n’a été désigné et condamné pour cette catastrophe.

 

Alors Michel est déterminé à obtenir un procès, un coupable. Et une condamnation. Et comme la voie traditionnelle est inaccessible après toute ces années, il élabore un plan désespéré pour tenter de trouver une fin à ses tortures… Mais je ne peux hélas pas plus  en discuter avec vous, car c’est là que l’auteur montre son talent.

 

*****

 

Dès les premières pages, l’écriture fluide rend l’histoire hyper abordable ; Ensuite, le fait que l’auteur ne nous enferme pas dans les mines avec ses personnages rend l’histoire respirable et moins sombre que prévue. Enfin, l’alternance d’un récit d’une famille de minier des années 1970 avec le récit de cette même famille dans nos années actuelles crée un certain suspense et attise notre curiosité. L’ensemble est intéressant tant culturellement que psychologiquement, car l’auteur nous apprend une époque, nous présente des gens extrêmement vivants, nous tient en haleine avec son intrigue principale, trompe le lecteur trop prompt à conclure, bouscule nos certitudes puis, enfin, nous achève avec une myriade d’émotions, nous réservant un final puissant et de toute beauté, qui ne manquera surement pas de vous remuer !

 

Tout est subtile dans ce roman, jusqu’au choix du titre qui, s’il semble bateau de prime abord, se révèle être le noeud de l’histoire, son point de bascule ; Le repère du lecteur attentif. Celui-ci dispose de tout un tas d’indices minuscules, de signaux d’alarme discrets qui cimenteront plus tard les pièces du puzzle quand elles commenceront à s’assembler… J’aime ces livres qui nous obligent à nous repasser le film de notre lecture pour tout remettre en perspective. Parfois, nous lisons trop vite, nous jugeons trop vite, nous condamnons trop vite. Merci à Sorj CHALANDON pour ce beau rappel.

 

 

Lisez-le ! Et revenez m’en donner des nouvelles !

 

Et vous, avez-vous trouvé une pépite dans cette rentrée littéraire ?

« Tout un été sans facebook » de Romain PUERTOLAS : Le livre qui vous fera sourire sur la plage

Le 4 août 2017, 07:46 dans Livres 5

Je ne suis pas fan des récits rocambolesques, mais quand cet auteur déroule son humour au kilomètre, il parvient généralement à me faire rire. Je le trouve assez bon pour étaler une histoire drôle sur 350 pages (ce qui n'est pas facile), car il a l'art de raconter avec humour, comme s'il nous racontait oralement en improvisant devant nous, tout simplement. Du coup même si son histoire est loufoque, je le suis !

 

« Je pense qu’il faut lire les livres qui font résonner en nous des émotions particulières ».

 

 

On part pour New York, Colorado. C’est le village où Agatha Crispies a été mutée après avoir foiré une grosse enquête dans son commissariat de New York, New York. 150 habitants, 198 rond-points (vous verrez pourquoi en le lisant), des écureuils radioactifs (vous apprendrez aussi pourquoi par vous-mêmes…) et… des meurtres (150 coups d’aiguilles dans le premier cadavre, 150 coups de fléchettes dans le second…) ! Enfin de l’action dans ce village où il ne se passe jamais rien ! Tellement rien que le commissariat se divise habituellement entre club de lecture, de tricot et de fléchettes pour occuper les longues journées. Et ça tombe bien, de toutes façons, il n’y a même pas moyen d’accéder à Facebook pour raconter quoi que ce soit à qui que soit.

 

Du coup quand Agatha débarque sur la première scène de crime avec du donut plein la bouche, nous n’avons pas d’autres distraction que d’enquêter avec elle, comme nous le ferions dans un roman d’Agatha Christie… 150 suspects, un presque huis clos : On devrait pouvoir trouver avant Crispies ! En l’honneur de son modèle, Romain PUERTOLAS monte son roman comme les romans policiers qui l’ont inspiré. Et il le termine aussi dans les règles de l’art, nous gratifiant en sus d’un chapitre qui m’a beaucoup fait rire car j’y ai tout à fait reconnu mon mari !! Spéciale dédicace à ceux qui lisent les dernières pages du livres avant les premières…

 

« Je lis tout. Il n’y a pas de sous-littérature, de sous-culture. On commence par dire qu’il qu’il y a des sous-livres et après, on dit qu’il y a des sous-hommes. Le snobisme littéraire et culturel est une plaie aussi néfaste que l’illétrisme. Ne pas vouloir s’ouvrir aux autres, ne pas chercher à découvrir autre chose, rester dans son petit confort, enfermé dans sa petite case, ne jamais se remettre en question, ce n’est pas faire preuve d’intelligence. »

 

*****

 

Aucun problème pour rentrer dans cette histoire car Romain PUERTOLAS a le don de nous  plonger rapidement dans l’ambiance : Du décor de la couverture, en passant par la mise en scène des premières pages, ou encore le ton direct et enlevé du récit, jusqu’à l’imagination de l’auteur pour les histoires, tout y est ! 

 

Le petit plus ? De très nombreuses références littéraires disséminées tout au long du texte, et qui sont prétexte à l’humour omniprésent, à des scénarios envisageables pour l’issue de ce livre, mais aussi à des réflexions plus larges sur la vie en général. Ou peut-être est-ce au contraire le scenario de ce roman qui n'est que prétexte pour parler de l'amour des livres et de la littérature au sens large ? Tout cela sans se prendre la tête de manière empruntée ou intellectuelle : Tout est naturel et coule de source avec Romain PUERTOLAS, qui nous donne envie d’en découvrir plus en nous amusant (et, à n’en pas douter, en s’amusant lui-même).

 

« Hitler brûlait les livres qu’il n’aimait pas pour le bien général, tu parles ! Ca c’est de la littérature, ça, ce n’en est pas. Personne n’est jamais totalement dans le vrai. Personne n’est jamais totalement dans le faux. En Orient, il y a un club de suicidaire agissant sous le nom d’Etat Islamique qui ne considère qu’un seul livre comme méritant de porter le nom de littérature : le Coran. Une bibliothèque avec un seul livre dedans ! Comme chez Paris Hilton ! Mon Dieu quelle horreur ! La liberté, c’est la diversité ».

 

L’auteur nous offre en outre de très beaux passages sur ce que peut nous apporter la littérature, la manière dont elle peut nous enrichir, nous consoler, nous apprendre, nous tenir compagnie. Sur le plaisir de conseiller un livre à quelqu’un, de faire rencontrer un livre et son lecteur. Sur la manière dont un livre peut combler un vide, nous faire vivre mille vie ou bien celle que l’on voudrait, ou encore être celui dont on a besoin à un moment donné de nos vies. Dans ces passages, tous les amoureux de la littérature ne peuvent que se retrouver.

 

« Au début, les romans ne sont que des titres pour nous, comme les inconnus ne sont que des noms. Un peu comme une personne dont vous n’aviez jamais entendu parler et dont on glisserait un nom, une profession, dans une conversation. Emily Walker, Caissière chez Walmart, par exemple. Bon, vous vous dites Emily Walker, Caissière, ai-je vraiment envie de connaître sa vie ? Et vous la jugez en quelques secondes sans appel. Et puis un jour, vous rencontrez Emily Walker. Elle est belle. Premier bon point. Vous lui parlez, elle a l’air intéressante. (…) Vous vous revoyez, les choses prennent un nouvel aspect, une nouvelle profondeur (…). Jusqu’à ce qu’au fil des rencontres, vous tombiez fou amoureux d’Emily Walker. (…) Vous savez maintenant qui est cette Emily Walker et vous l’aimez. Eh bien, il en est de même pour les livres. (…) Donnez une chance aux gens, aux livres. Ils pourraient changer votre vie. »

 

 

Au total c’est donc le livre idéal pour sourire un peu, se détendre avant la rentrée littéraire - et ça tombe bien, il paraît que ce sont encore les vacances !!

Envie de sourire sur la plage ...?

« Green River » de Tim WILLOCKS : Très beau récit d’un pénitencier américain en pleine révolte

Le 24 juillet 2017, 09:17 dans Livres 1

Un roman américain, le milieu de la justice, les destins d’hommes et femmes qui se croisent : Je devais absolument découvrir ce roman qui avait tout pour me plaire. Et c’est mission réussie pour Tim WILLOCKS, qui nous fait vraiment pousser les portes du pénitencier de Green River pour y pénétrer au plus profond : Dans les cellules avec les prisonniers, mais aussi jusque dans ses égouts et recoins secrets.

 

 

L’histoire débute avant la révolte au sein de ce pénitencier de haute sécurité, parmi les détenus les plus dangereux de l’Etat du Texas. Nous assistons ainsi aux multiples raisons qui peuvent faire basculer chacun de ces hommes - prisonniers et personnel carcéral compris - dans une folie meurtrière. Entre le sida qui circule, les haines raciales existant entre les blocs de prisonniers, l’argent, la drogue, les petites humiliations, les grandes vengeances, mais aussi - étonnamment - l’amour… Qu’est-ce qui va constituer le déclencheur de cette révolte qui tourne en règlement de compte puis en prise d’otage ? Et surtout, comment les règles de sécurité ont pu être contournées et ne pas suffire à enrayer un évènement de cette ampleur ?

 

Bientôt, les lumières sont coupées, un incendie se déclenche, les grilles des cellules s’ouvrent… Et les règlements de comptes commencent. L’étonnant personnage du Directeur distille son point de vue sur la situation, mais c’est aux côté de Klein, un prisonnier médecin condamné pour viol, que nous allons vraiment pénétrer ce monde obscur et dur, parfois obscène et souvent violent. Car même si Klein a pour devise de ne se mêler de rien pour obtenir sa conditionnelle, il apprend rapidement que la psychiatre pour laquelle il a un faible se trouve au coeur du règlement de compte sanglant de ce pénitencier littéralement à feu et à sang. Petit à petit, au fil des actes, pensées et confidences de chacun, nous apercevons avec Klein l’engrenage qui a lentement mené à cette situation. Et nous tentons d’y mettre fin.

 

*****

 

J’ai beaucoup aimé découvrir cet univers - certes dur et violent, mais aussi très humain et réaliste. Bien sûr, les détenus sont extrêmement crus et virulents, parfois vulgaires, mais exprimer leur haine ou leur ras le bol est la seule liberté qu’ils possèdent dans cet endroit où les limites sont partout. Leur seul défouloir.  Puis tout d’un coup, les grilles s’ouvrent et il n’existe plus de limites : Tout explose donc sous nos yeux, les rancoeurs, les violences, les haines, les vengeances, les meurtres, les viols.

Mais c’est également dans le même temps une implosion d’humanité, de courage, de clairvoyance qui surgit là où on ne l’attend pas, au coeur de certains hommes qui se révèlent profondément dans cette épreuve. Au milieu du chaos dans lequel la garde républicaine ne peut pas encore pénétrer, une minorité d’hommes se forme qui va tout faire pour mettre un terme à tout ça et, surtout, sauver la psychiatre.

 

Je vous recommande chaudement ce roman au scénario bien ficelé, dans lequel on ne s’ennuie pas et qui nous fait découvrir à la fois le milieu carcéral et le coeur des hommes qui le composent.

 

 

Avez-vous des conseils de lecture dans ce milieu peu répandu ?

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