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« Le chagrin des vivants » d’Anna HOPE : Un très bon premier roman à découvrir

Le 10 septembre 2017, 19:53 dans Livres 8

C’est son nouveau roman « La salle de bal » qui m’a fait découvrir cette auteure et m’a donné envie de lire ce premier roman. Le thème du « Chagrin des vivants » m’intéressait également : Il s’agit des premiers jours de novembre 1920 en Angleterre, alors que la Guerre se termine et que l’heure est au deuil et au bilan. Ceux qui ont survécu à cette guerre doivent réapprendre à vivre sans leurs morts, avec leurs propres traumatismes, à faire leur deuil parfois sans les corps de leurs proches disparus.

 

 

C’est avec les trois personnages principaux féminins que nous allons appréhender, à la manière de chacune, le chagrin des vivants, celui de ceux qui demeurent : Evelyne, dont le fiancé a été tué et qui travaille désormais au bureau des pensions d’invalidités ; Adda, qui ne parvient pas à faire le deuil de son fils mort au combat dans des circonstances mystérieuses ; Et Hettie, qui nous emmène danser pour oublier que la guerre lui a rendu un frère traumatisé, qu’elle voit souffrir chaque jour sans savoir comment l’aider. 

 

Nous pénétrons dans chacune de leurs vies, avec une grande douceur, pour découvrir ce qu’elles ont enduré et comment elles vont tenter d’y survivre. Pour cela, elles doivent faire leur deuil d’un certain nombre de choses et de personnes. Et justement, pour aider ceux qui n’ont pas de corps à pleurer, et pour rendre un hommage symbolique à tous ceux que la guerre a sacrifié, on attend le retour du soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Cet évènement cristallise toutes les émotions de ceux qui restent : Colère, espoir, tristesse, paix…

 

« Alors que le silence s’étire, quelque chose devient manifeste. Il n’est pas là. Son fils n’est pas à l’intérieur de cette boîte. Et pourtant elle n’est pas vide, elle est pleine d’un chagrin retentissant : Le chagrin des vivants. »

 

*****

 

Cette fois encore, Anna HOPE m’a transportée dans cette époque et cette ambiance sans effort et dès les premiers mots. Je crois décidément que c’est la grande force de sa plume. Ça, et le fait de parvenir à auréoler ses romans de lumière malgré la tristesse, ce qui les rend toujours lumineux et intrigants, et non sombres, ni déprimants.

 

Ensuite, j’ai trouvé qu’elle appréhendait bien les problèmes, questionnements et sentiments de ces civils vivants qui doivent continuer à vivre au quotidien pendant que leurs proches combattent, tuent ou se font tuer dans cette guerre qui les entoure. Le titre est vraiment ciblé, car finalement (comme vous pouvez le percevoir en lisant la citation ci-dessus) c’est exactement de cela qu’il s’agit : du « chagrin des vivants ». De ceux qui restent et enterrent leurs morts ou, pire, doivent faire leur deuil sans corps ou avec des bouts de corps, parfois sans explication de l’armée, ou avec seulement les bribes, vraies ou fausses, qu’elle veut bien leur donner. C’est à cela que nous confronte Anna HOPE en même temps que ses personnages, et c’est tout l’objet du roman : Comment continuer à vivre malgré cela ? Chaque personnage à sa manière, avec ses propres expériences, sa personnalité aussi, son entourage, va devoir apprendre à faire avec. Montrant finalement autant de courage que ceux qui sont partis combattre, volontairement ou non…

 

Enfin, j’ai retrouvé cette construction que j’aime beaucoup et qui, en plus de nous plonger directement dans l’histoire, nous fait attendre avec hâte et envie les mots, les phrases, les pages qui suivent. Elle instaure une certaine tension, un certain questionnement autour de tout ce que nous ne savons pas encore des personnages que l’on côtoie, qui nous pousse à vouloir tourner toujours plus de pages. Peut-être que l’on s’attend du coup à un retournement de situation final qui ne vient pas, mais pour autant on n’est pas déçus. Car Anna HOPE sait où elle nous emmène dès le départ, et l’on referme le livre en se rendant compte qu’on est arrivé exactement où l’on devait.

 

« Je vois tellement de femmes qui s’accrochent, ici, qui s’accrochent toutes. Qui s’accrochent à leur fils, à leur amant, à leur mari ou à leur père, tout aussi solidement qu’elles s’accrochent aux photos qu’elles conservent ou aux fragments d’enfance qu’elles apportent avec elles et déposent sur cette table. (…)

Elles sont toutes différentes, et pourtant toutes pareil. Toutes redoutent de les laisser partir. Et si on se sent coupable, c’est encore plus dur de relâcher les morts. On les garde près de nous, on les surveille jalousement. Ils étaient à nous. On veut qu’ils le restent. (…)

Mais ils ne sont pas à nous, poursuivit-elle. Et dans un sens, ils ne l’ont jamais été. Ils n’appartiennent qu’à eux-mêmes, et seulement à eux. Tout comme nous nous appartenons. Et c’est terrible par certains cotés, et par d’autres… ça pourrait nous libérer. »

 

Seulement deux romans et je suis déjà une fan inconditionnelle de cette auteure. J’espère qu’elle continuera à nous abreuver de thèmes intéressants sans changer sa façon de nous raconter. C’est juste sublime, subtil, ciselé. Une auteure à découvrir si vous ne l’avez pas déjà fait !

 

 

Vous aimez ou avez envie d’aimer ?

« Miss Cyclone » (Laurence PEYRIN) : Une petite douceur, pleine de vie et d'émotions

Le 7 septembre 2017, 22:02 dans Livres 7

« Peut-être que tu te dis que tu pourras voler.

Que pour toi, ce sera possible. »

 

Voici une envoutante lecture estivale qui allie ambiance rétro (en commençant dans les années 1980) et plus moderne (en s’achevant après l’an 2000). Car sous ses airs de bluette d’adolescentes du départ, avec son ambiance de fête foraine, de jeunesse new-yorkaise et de destins scellés, elle s’avère plus belle et profonde que prévu, et apporte une jolie lumière sur la vie.

 

 

« Tu crois qu’un beau souvenir est toujours accompagné d’une chanson ? »

 

Miss Cyclone c’est Angela, ado d’une famille d’immigrés italiens dont le père est mort et qui vit en HLM avec sa mère. Sa meilleure amie, June, vient d’une famille aisée et aime séduire pour compenser le peu d’intérêt que ses parents lui expriment. Angela est promise à Nick, fils d’Italien également dont le père leur lèguera ses auto-tamponeuses à leur mariage. Si June est un électron libre, Angela semble donc avoir sa vie toute tracée avant d’avoir pu l’expérimenter par elle-même et faire ses propres choix.

 

Un soir pourtant, lorsque Nick lui présente son nouvel ami Adam, il nous semble possible que la vie d’Angela prenne une tournure différente, une tournure qu’elle pourrait choisir et non se contenter de suivre… Mais John Lenon décède soudainement, et toute la jeunesse New Yorkaise se rassemble pour une veillée mémorable. Ce soir-là, la grande Histoire va contribuer à sceller la petite histoire d’Angela, pour le meilleur…, mais aussi pour le pire. Car les personnages subiront les conséquences de ce qui s’est passé ce soir-là encore bien des années plus tard, et parfois sans le savoir. Et sous le poids des non-dits et secrets, des vies pourraient bien voler en fumée…

 

« - N’en veux pas à Nick, murmura-t-elle.

- Quoi ? Non, étrangement, je n’en veux pas à Nick. J’en veux à la vie qu’on ne nous apprend pas. »

 

*****

 

Ce roman, c’est tout le poids de la famille, des secrets entre amis, mais aussi des simples non-dits. C’est une grande histoire d’amours et d’amitiés, mais aussi de trahisons forcées et de destins croisés. Ce que j’ai beaucoup aimé, et qui donne du relief à cette lecture, c’est que l’auteur met en perspective deux grands évènements de notre Histoire, avec les péripéties des vies de ces quelques personnages. Tout cela s’entremêle habilement, aidé par l’ambiance que l’auteur sait créer autour de ces années et de ces familles, puis par le suspense et la légère tension qu’elle sait faire monter jusqu’au final en apothéose. 

 

Il fallait de l’imagination et assez de talent pour se servir de ces deux évènements, et surtout du 11 septembre 2001,  pour monter une histoire qui ne soit pas clichée ni ne sacrifie la psychologie des personnages. Les réflexions et sentiments des personnages sonnent juste, ni trop ni trop peu. Les dialogues ont souvent raisonné en moi, soit que je les ai trouvés vrais, soit qu'ils m'aient réellement émue sous leurs airs de légèreté. Au total, j’ai été très agréablement surprise par cette histoire et par la manière de la raconter : Je m’attendais à quelque chose de convenu et j’ai trouvé presque un coup de coeur.

 

« On devrait tous avoir deux vies. On se trompe toujours dans la première. »

 

Qu’en avez-vous pensé ? Allez-vous lire cette petite madeleine estivale pendant l’été indien, pour prolonger les beaux jours ?

« La salle de bal » de Anna HOPE : Encore un beau spécimen de cette rentrée littéraire !

Le 6 septembre 2017, 10:03 dans Livres 5

C’est d’abord le titre qui m'a happée. Puis le nom de l’auteure m'a rassurée. Enfin, le thème m'a confortée dans l’idée que je devais lire ce livre et surtout que j'allais l’aimer. 

 

 

L’histoire se déroule en Irlande en 1911, dans un asile d’aliénés. En suivant un patient déjà à l’intérieur (John), une patiente qui y arrive tout juste (Ella) et un médecin qui y exerce (Charles), nous obtenons une idée très précise de ce qui s’y passe, à une période où la supériorité de la race humaine est une question qui préoccupe la société.

 

On se pose la question de la survie des êtres humains dit « supérieurs » s’il doivent subvenir aux besoins des aliénés, surtout si ces derniers se reproduisent… Doit-on alors enfermer tous les êtres humains « inférieurs » et procéder à la ségrégation très stricte entre homme et femme, ou bien plus radicalement encore les stériliser d’office pour qu’ils ne se reproduisent plus ?

 

En tant que Médecin, Charles aime à penser qu’il existe une troisième voie, celle de « guérir » les patients pouvant l’être, de les élever pour les réadapter à la société, en fonction des raisons qui les ont amenés à l’asile. Il pense cela possible avec certains patients et veut être le premier à tester sa méthode : La musique. Chaque vendredi, il organise un bal à l’asile et autorise ses patients les plus réceptifs à y participer. John et Ella s’y rencontrent, mais s’ils commencent à ressembler à un couple, comment va s’achever l’expérience du Docteur Charles…?

 

*****

 

On se prend immédiatement au jeu de ce « vol au-dessus d’un nid de coucou » à l’anglaise. Si ce dernier nous amenait à réfléchir sur les méthodes de traitement « choc » employées pour « soigner » la folie, « La salle de bal » insiste sur les idées eugénistes de l’époque, avec l’influence des théorie Darwinistes. 

 

Le sujet est très bien amené par l’auteure, l’ambiance très bien posée, les personnages rapidement attachants. Ce second roman de Anna HOPE est extrêmement confortable dans son ambiance anglaise, irlandaise ; Il est également intéressant pour la question de l’eugénisme dans le milieu des aliénés en 1911, et intriguant par la façon qu’a l’auteur de nous présenter ses personnages. 

 

Comme prévu, j’ai adoré cette lecture même si la tension du départ m'orientait vers une fin moins convenue. Les romans de Anna HOPE sont pour moi les romans par excellence où tout y est, le lecteur n’a plus qu’à se laisser porter. Je suis complètement absorbée par ma lecture, immergée, je ne veux plus en sortir, je ralentis pour ne pas encore finir cette lecture et prolonger ce moment…

 

Un très bon moment de lecture... 

 

Mais peut-être l’avez-vous déjà lu et aimé ?

Connaissez-vous son premier roman ? Je vous en parle très bientôt !

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