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« L’insouciance » (Karine TUIL) : Une rentrée littéraire passionnante et de toute beauté ♥

Le 5 août 2016, 10:13 dans Livres 5

« Ce n’était pas une décharge de chevrotine, ils ne sont pas morts mais fêlés, disloqués – explosion intime, fracture interne, invisible, la radiologie ignore la géographie de la douleur morale ; ils continueraient à se lever, se coucher, ils se surprendraient à rire, ils feraient l’amour et ils aimeraient peut-être, mais ils ne seraient plus jamais ces jouisseurs adonisés, ces frondeurs, ils ne seraient plus ces ambitieux – ils oublieraient le temps où ils rêvaient d’un poste, d’un titre, d’une gloire honorifique, le temps de la compétition sociale où briller comptait plus que vivre – ils ont traversé l’épreuve, immobiles et fragiles, statufiés par la peur, puis alertés, réactifs, fuyant l’horreur, visage halluciné face à l’irrémissible, cœur percuté, corps terrassé, surpris par la violence de l’attaque – la défection du bonheur n’est précédé d’aucune annonce. Une part d’eux-mêmes est définitivement perdue. Une forme de légèreté. Ce qui restait de l’enfance. L’insouciance. » 

Si le résumé et le thème de son précédent roman intitulé « L’invention de nos vies » ne m’avaient pas tentée, j’ai sauté sur l’occasion de lire la nouvelle petite merveille de Karine TUIL : « L’insouciance » grâce à Babelio et aux Editions GALLIMARD que je remercie chaudement. A travers le récit des bouts de vie de 4 personnages principaux, que tout oppose et dont pourtant les chemins vont se croiser et les vies s’entremêler, l'auteur offre des réflexions d'actualité sur le capitalisme et les guerres, le racisme aujourd'hui, le rôle des religions dans nos identités et dans les conflits mondiaux, les ravages des guerres sur nos populations et nos soldats, etc...

 

 

Romain Roller est un jeune homme des cités rebelle, lorsqu'il est remis dans le droit chemin par un animateur social nommé Osman. Il décide alors de s’engager dans l’armée, convainquant ses amis de faire de même. Aujourd’hui, il revient d’Afghanistan où il a vu des horreurs et perdu des hommes, et le retour auprès de sa femme et son fils, qui ne le reconnait pas, est difficile. Il est l’occasion pour nous d’appréhender ce que doivent affronter les soldats envoyés au front pour des guerres qui paraissent sans fin et, à force de morts, presque dépourvues de sens. Pour faciliter ce retour, les soldats ont bénéficié de quelques jours de ré-acclimatation dans un hôtel de luxe. Mais Romain pense sans cesse à ses hommes encore sur le front, a du mal à canaliser sa violence et à maîtriser son anxiété 

Pendant ces quelques jours de repos, il a alors une liaison avec Marion, une journaliste qui les suivait sur le terrain. Mais cette liaison se transforme en passion et aucun des deux ne parvient à y mettre fin. Or, Marion est également mariée et pas à n’importe qui : à François Vély, un richissime entrepreneur français amateur d’art qui lui offre le confort matériel qu’elle apprécie tant... Celui-ci figure souvent dans la presse, mais cette fois un article est publié qui fait scandale : Non seulement on voit une photo de ce riche blanc assis sur une œuvre d’art figurant une femme noire, mais en outre, le journaliste est allé ressortir de vieilles origines juives de François, qui ne veut pas en entendre parler mais se retrouve catalogué malgré lui comme le juif raciste qui exploite les noirs dans son entreprise… Car même si l’on aimerait penser que nos sociétés modernes l’ont éradiqué, le racisme est toujours un sujet brûlant, prêt à resurgir violemment à tout moment 

Ce n’est pas Osman qui dira le contraire : Ces actions ont été remarquées et saluées en haut lieu, lui valant un poste dans l’équipe du Président de la République. Mais si ce jeune noir est fier de pénétrer la sphère du pouvoir essentiellement blanche, ses collègues issus des grandes écoles lui font savoir qu’il est là pour représenter sa couleur de peau plus que pour son mérite… Il fera donc tout pour démontrer le contraire, offrant une démonstration  de la forme que peut prendre le racisme aujourd’hui, tout aussi difficile à vivre pour l’intéressé. 

Enfin, le final nous démontrera l’importance capitale des religions dans les conflits mondiaux actuels, mais aussi dans la quête de soi. Il offre aussi une réflexion sur le lien entre guerres et capitalisme, et bien d'autres pensées encore. Mais tout cela, je vous laisse le découvrir en lisant ce roman extrêmement bien ficelé et raconté.

*****

J’ai énormément apprécié le personnage de Romain et la façon qu’a l’auteure de nous parler de lui et de son engagement y est évidemment pour beaucoup. Avec également une très belle galerie de personnages secondaires, Karine TUIL nous offre un roman magnifique et puissant, un peu à l’américaine, avec un contexte assez détaillé, des destins qui s’entremêlent à la perfection, de la profondeur, du sombre et de l’espoir. De sa belle plume expressive et sensible, elle nous délivre les pensées bousculées voire torturées de ses personnages et nous fait ainsi comprendre les points de vue de chacun, même lorsqu’ils s’opposent.  

Ce roman m’en a rappelé deux autres que j’avais énormément apprécié également : Carthage, de Joyce Carol OATES, et Voir du Pays, de Delphine COULIN. En tous cas je vous conseille la lecture de « L’Insouciance », une très belle rentrée littéraire qui ne vous décevra pas, autant pour ses réflexions que pour son histoire et pour sa plume ! Pouvez-vous m’en conseiller d’autres dans le même genre ?

 

« Professeurs de désespoir » (Nancy HUSTON) : Essai transformé sur la littérature du néant (de Schopenhauer à Houellebecq)

Le 1 août 2016, 08:57 dans Livres 3

 

« Nous devenons schizos, mes amis. Dans le quotidien, nous tenons les uns aux autres, suivons l'actualité avec inquiétude, faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour préserver et renforcer les liens. En tant que lecteurs ou spectateurs, au contraire, nous encensons les chantres du néant, prônons une sexualité aussi exhibitionniste que stérile, et écoutons en boucle la litanie des turpitudes humaines. A quoi est dû cet écart grandissant, à l'orée du XXIe siècle, entre ce que nous avons envie de vivre (solidarité-générosité-démocratie) et ce que nous avons envie de consommer comme culture (transgression-violence-solitude-désespoir) ? » 

 

 

Pour changer un peu des romans, et parce que la littérature ne sert pas qu’à rêver ou à apprendre, mais aussi à réfléchir, je vous présente cet essai d’une auteure que je voulais découvrir : Nancy Huston. Celle-ci s’interroge sur l’ampleur qu’a pris la littérature nihiliste (sorte de pessimisme fondé sur la négation de toutes valeurs, croyances ou réalités substantielles) dans nos sociétés : 

« La fréquentation des grand textes nihilistes est souvent une expérience exaltante. L’expression du désespoir nous invite à réfléchir, bien plus que celle de la béatitude. Nous y trouvons notre compte parce que nos propres souffrances y sont non seulement reconnues mais ennoblies, portées à l’incandescence par la beauté littéraire. »

 

De Schopenhauer à Houellebecq, en passant par Cioran ou Thomas Bernhard, Nancy HUSTON tente de comprendre ce qui a conduit ces auteurs au négativisme, et surtout pourquoi ils ont été encensés par les critiques et les lecteurs en général.  

« Au moins ces œuvres contiennent-elles des certitudes, alors que les horreurs du monde nous plongent dans un paroxysme d’incertitude. » 

 « Il se peut aussi que si nous préférons si souvent le désespoir au bonheur, c’est que le bonheur est par définition fragile, précaire, destiné à disparaître… Tandis que le désespoir, lui, est une valeur sûre et stable. Le bonheur nous enrichit, certes, mais nous rend du même coup vulnérables à sa perte. »

 

Elle l’explique par le contexte bien sûr : Le déclin des religions qui nous oblige à chercher un sens à notre monde, un sens exclusivement humain ; les horreurs des guerres et notamment de la seconde guerre mondiale, qui incitent à ne plus croire en l’Homme et à ne trouver aucun sens à ce qui nous entoure, jusqu’à nier totalement l’intérêt de la vie si elle implique la mort. Pour ces auteurs, la seule façon d’échapper à ce non-sens qu’est la vie humaine serait de se tuer ou à tout le moins de ne plus se reproduire. 

« La pensée du désespoir est une pensée religieuse, notamment en ceci qu’elle affirme, sur le mode « magique », des choses contraire à la raison. En effet, « Je regrette d’avoir un corps » n’a rien à envier en matière d’absurdité à « La mère de Jésus est vierge ».

 

Tous ces auteurs ont donc en commun une misogynie certaine, un certain mépris des femmes à qui l’on doit d’être né pour notre plus grand malheur… A cela s’ajoute la modernité du monde, où la femme devient l’égale de l’homme qui, de fait, ne sait plus où est la sienne : Avant il dirigeait le monde et aujourd’hui, dans un monde où la virilité est plutôt cantonnée aux seuls métiers des forces de l’ordre, il n’a plus rien de supérieur aux femmes mais a, en revanche, clairement quelque chose en moins : la procréation.  

« Qu’on ne me fasse surtout pas dire que la littérature doit être joyeuse, guillerette et pleine d’espoir, (…) que sa mission est de donner une image positive (ou même réaliste) de l’existence humaine. L’art en tant que tel, et peut-être surtout la littérature, est le refus du monde tel qu’il est, l’expression d’un manque ou d’un mal-être. (…) Bien des romans contemporains (dont les miens, me l’a-t-on assez dit !) peuvent être décrits comme sombres, pessimistes, noirs ou déprimants, sans pour autant être fondés sur les postulats du nihilisme. »

 

Mais le contexte global ne suffit pas à devenir nihiliste : Nancy HUSTON cherche alors dans les vies de ces auteurs ce qui a déclenché leur négativisme. On se rend compte qu’ils ont des enfances étrangement similaires – mais je vous laisse découvrir ces schémas.J’ai vraiment beaucoup aimé la conclusion de cette réflexion, qui rassemble toutes les données pour nous montrer enfin pourquoi ces courants peuvent paraître séduisants aux yeux des lecteurs. Vous aurez d’autant plus de plaisir à lire cette œuvre que son ton vif et enlevé, ironique et légèrement piquant, allège le côté sombre du thème et des vies que l’on explore. En outre, Nancy HUSTON utilise le personnage de « Déesse Suzy » pour faire de ce livre un vrai dialogue à plusieurs voix, ce qui rend la lecture plus vivante. Une lecture enrichissante ET agréable, qui me donne envie de suivre cette auteure ! Pas vous ? La connaissez-vous déjà ? 

« La vie n’est ni absurde ni pas absurde, elle est ce qu’en font les gens. »

 

*****

[Pour aller plus loin à propos du nihilisme :

Extrait choisi de Wikipédia :

 

Des écrivains comme Dostoïevski dans Les Démons et Émile Zola dans Germinal montrent, et éventuellement dénoncent, le danger de l'extrémisme et du nihilisme.

Dostoïevski constate la difficulté de concilier l'idée d'un Dieu bon et tout-puissant avec l'existence du mal. Le mal, surtout, le tourmente.

D'un autre côté, il constate que l'athéisme occidental ne nie plus seulement Dieu, mais aussi le sens de la « création », la raison d'être du monde et de la vie. Il constate que la justice humaine est incapable de porter remède au mal moral. Elle est elle-même parfois un mécanisme producteur d'inhumanité. Dostoïevski en vient à constater que « si Dieu n'existe pas, tout est permis » (Les Frères Karamazov, XI - VI). (Cette constatation devient ce que certains appelleront plus tard le « Problème du bien »).

C'est à cette question que, plus tard, des individus comme Albert Camus tenteront de répondre. Camus, par exemple, pense que le sens de l'absurde n'est pas dans les choses. « L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. ». L'absurde est alors maintenu comme certitude et présupposition première. Pour Camus, sa conséquence est le renoncement à toute attribution métaphysique d'un sens transcendant à l'existence.

Franz Kafka, Louis-Ferdinand Céline, Georges Hyvernaud, Albert Camus par exemple dans Le Mythe de Sisyphe (1942) ou L'Étranger (1942) ou Eugène Ionesco dans La Cantatrice chauve (1950) illustrent cette aliénation de l'individu occidental et son vide existentiel corseté. Ces contraintes permettent chez des artistes comme les surréalistes un dépassement symbolique.]

 

« Nadja » (André BRETON) : L’envie de découvrir enfin ce classique

Le 26 juillet 2016, 09:34 dans Livres 10

Pourquoi je voulais absolument découvrir cette œuvre ? 

Dans mes lectures depuis l’ouverture de ce blog, les références se multiplient à ce roman, dont l'auteur appartient au courant surréaliste. "Nadja" est une référence classique, souvent apparentée au « Nouveau Roman » que Wikipédia explique en partie ainsi :

« Le nouveau roman veut renouveler le genre romanesque qui date de l'Antiquité. Pour cela, l'intrigue passe au second plan, les personnages deviennent subsidiaires, inutiles, s'ils sont présents ils sont nommés par des initiales (c'est en cela que l'on voit l'influence de Franz Kafka, notamment avec Le Procès). » « La position du narrateur y est notamment interrogée : quelle est sa place dans l'intrigue, pourquoi raconte-t-il ou écrit-il ? L'intrigue et le personnage, qui étaient vus auparavant comme la base de toute fiction, s'estompent au second plan, avec des orientations différentes pour chaque auteur, voire pour chaque livre. »

 

 

Pourquoi l’auteur-narrateur nous raconte-t-il « Nadja », ou quel est l’intérêt de son récit ?

Oui alors effectivement, je confirme, il n’y a quasiment pas d’intrigue puisque ce livre pourrait se résumer à une rencontre : Celle du narrateur (l’auteur) et la fameuse Nadja éponyme. Au départ, l’absence d’intrigue ne m’a pas gênée car l’auteur nous annonçait, par ses premiers mots, une réflexion intéressante sur la quête de soi-même : 

« Qui suis-je ? Si par exception je m’en rapportais à un adage : en effet pourquoi tout ne deviendrait-il pas qui je « hante » ? Je dois avouer que ce dernier mot m’égare (…). Il me fait jouer de mon vivant  le rôle d’un fantôme, évidemment il fait allusion à ce qu’il a fallu que je cessasse d’être, pour être qui je suis.» 

Il nous raconte alors comment il a rencontré Nadja, et comment leur regard mutuel les a défini au moins un temps, comment leurs échanges ont pu les faire évoluer – non seulement sur le moment, mais encore lorsqu’ils ne se sont plus vus. En se mirant dans les yeux de l’autre, on forge sa vision de soi-même en fonction de ce que l’on y voit, et cette vision de soi, de celui qu’on est pour cette personne, nous construit et laisse une trace en nous, bien après cette rencontre. Cette quête est utile pour savoir qui ont est, sa place, son rôle, et donc pouvoir prendre en main son destin. L’auteur se sert donc de Nadja, celle qui le rend vraiment spécial à son contact, pour la laisser le définir : 

« Je m’efforce, par rapport aux autres hommes, de savoir en quoi consiste, sinon à quoi tient, ma différenciation. N’est-ce pas dans la mesure où je prendrai conscience de cette différentiation que je me révèlerai ce qu’entre tous les autres je suis venu faire en ce monde et de quel message unique je suis porteur pour ne pouvoir répondre de son sort que sur ma tête ? » 

L’auteur d’ailleurs y prend assez vite goût, qui se sent admiré, voire vénéré par ce qui nous apparait presque comme une pauvre fille un peu barrée, qui voit des symboles dans à peu près tout ce qu’elle croise avec cet homme qu’elle est fière de connaître. Il aime la façon dont il se voit à travers elle, ce qui fait qu’il continue de la voir alors qu’il est marié ; Quant à elle, elle aime peut-être ce rôle de fille spéciale qui la distingue à ses yeux – se croit-elle alors obligée d’en rajouter à son personnage pour continuer à l’intriguer et à l’intéresser ? 

 

Une réflexion qui peut se poursuivre dans d’autres romans : 

« Je veux lui poser une question qui résume toutes les autres, une question qu’il n’y a que moi pour poser, sans doute, mais qui, au moins une fois, a trouvé une réponse à la hauteur : « Qui êtes-vous ? » Et elle, sans hésiter : « Je suis l’âme errante ». » 

Au travers de cette phrase d’André BRETON, je me suis souvenue d’un autre roman avec lequel on peut poursuivre sa réflexion, plus classique en sa forme mais tellement plus éblouissant, écrit par Virginia WOOLF : Dans « Mrs Dalloway », l’auteure voulait montrer qu’on ne peut jamais saisir l’essence d’un être en une rencontre, une discussion : Chaque personne est multiple, et il faut recoller l’infinité de ses facettes pour pouvoir tenter d’en avoir une vision sinon exhaustive, au moins plus juste et complète. C’est un roman que je vous conseille vivement pour sa plume extraordinaire et son propos clair et passionnant. 

Ca, c’est pour la partie de réflexion que j’ai trouvée intéressante et pertinente dans "Nadja". 

 

Pour autant, ai-je aimé cette lecture souvent citée en référence ? 

Je dois avouer que je n’ai pas été passionnée par cette lecture : J'ai trouvé le propos noyé dans le récit de leur quasi absence de relation, ou de relation étrange, morte-née. Contrairement au roman plus classique qu’est « Mrs Dalloway », les personnages ne sont ni très fouillés, ni très attachants ; L’auteur n’est pas parvenu à nous en rendre proche, comme s’il les maintenait à distance de lui-même. Surtout, les symboles, qui finalement remplissent plus ou moins l’histoire, n’ont de sens que pour Nadja, et parfois pour lui qui veut croire un peu désespérément que cette rencontre a quelque chose de spécial (du moins, c’est l’impression que j’en ai eu). A force d’ésotérisme, leurs discussions et balades me sont devenues hermétiques et incompréhensibles, voire inintéressantes. On se demanderait presque ce qu’ils se trouvent respectivement… 

 

Ce livre étant court, vous pouvez faire votre propre avis. C’est ce que j’encourage à faire la plupart du temps, au moins pour savoir de quoi parlent tous les gens qui se réfèrent à ce monument du genre, et élargir ses propres horizons. Mais si vous vous sentez découragés ou pas assez enthousiastes à l’idée de cette découverte, vous ne manquerez, à mon humble avis, pas grand-chose… Il existe tellement d’autres classiques à découvrir ! Avez-vous adoré ce classique ? Vous fait-il envie ? En entendez-vous parler dans vos lectures comme moi ?

 

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