Créer mon blog M'identifier

Retourner sur la première page du blog

« Khalil » de Yasmina KHADRA : L'engrenage, sans voyeurisme

Le 25 October 2018, 10:17 dans Livres 4

Un pari risqué pour Yasmin KHADRA, qui fait raconter son histoire par l’un des kamikazes du 13 novembre 2015 à Paris. Forcément, lorsqu’un roman s’inspire d’un fait réel, on en attend beaucoup. Quand par dessus le marché, l’évènement est raconté de l’intérieur et, qui plus est, par la partie dont le comportement est indéfendable aux yeux de tous, la tâche est ardue. Car comment nous faire comprendre l’incompréhensible… Ou même faire accepter au lecteur de se mettre dans la peau de quelqu’un qu’il rejette a priori, tout en lui faisant aimer le roman ? L’auteur va-t-il essayer de nous rendre le personnage attachant ? Va-t-il y arriver ? Va-t-il nous dévoiler ou inventer des faits qui expliqueront ce s’est produit ce jour-là ? Et surtout, ce que tout le monde voudrait savoir : Comment devient-on un terroriste ? Quel chemin de vie peut conduire à l’innommable …?

 

 

Khalil a grandi dans une banlieue belge désormais tristement célèbre, avec une mère transparente qui ne forçait pas son estime, un père pas très aimant qui buvait beaucoup, et une soeur jumelle, la seule personne qui comptait réellement pour lui. Il ne s’est jamais senti important pour les siens, ni intégré dans la société qui les rejette ou les tolère à peine. Alors, lorsque des « frères » de la mosquée trouvent les mots pour qu’il se sente entouré et important, Khalil croit trouver enfin sa place, et est prêt à tout pour ne pas décevoir « ses frères » et la conserver : Ce soir, Khalil est déterminé à se faire exploser pour tuer des milliers de gens. D’autant que s’il y arrive, on ne lui promet pas un gros salaire ou une jolie femme, mais rien de moins que le Paradis

 

Pourquoi ? hurla-t-il. Pour le paradis ? Il est autour de toi, en vrai. Regarde comme la campagne est belle. Il y a des oiseaux dans les arbres et tu peux courir dans les champs jusqu’à tomber dans les pommes. Si tu n’es pas content, attends le printemps. Mais qu’est-ce que tu as dans le crâne ?

 

★★★★ 

 

J'ai été plutôt impressionnée par la capacité de l’auteur à écrire, en si peu de pages, un roman assez complet sur un thème difficile. Même si du coup, la psychologie des personnages n’est pas extrêmement développée, les faits parlent d’eux-mêmes et la narration par le personnage principal fait le reste : Les ingrédients sont assez bien dosés pour nous faire comprendre l’engrenage tout en restant facile à lire : sans voyeurisme, sans en faire trop dans un sens ou dans l'autre. On ne trouve pas de grandes révélations sur les faits, ni de grande découvertes sur la psychologie du kamikaze dans ce roman : On assiste simplement à l'empilement de détails dans la vie de Khalil qui font qu'aujourd'hui, il en est là. Et en l'écoutant, on visualise un peu mieux le cheminement, faute de pouvoir le comprendre totalement, ni encore moins l'excuser... Plus surprenant, en me faisant entrer dans la vie de Khalil, l’auteur est parvenu à ne pas me le faire totalement détester - même si je ne peux pas dire que je l’ai aimé non-plus. On se dit que les méchants, ce sont ceux qui l’embrigadent. Mais si l’on y réfléchit, il doit se passer dans leur tête et dans leur vie la même chose que dans celles de Khalil. Alors que faire pour enrayer ce processus, est-ce possible une fois parvenu à de tels extrêmes ?

 

"Ce qui se passe est l’aboutissement logique d’un processus aussi vieux que l’instinct grégaire : l’exclusion exacerbe les susceptibilités, les susceptibilités provoquent la frustration, la frustration engendre la haine et la haine conduit à la violence. C’est mathématique."

 

On ressent bien, avec Khalil, combien les paliers déjà franchis vers l'extrêmisme et les barrières érigées pour se protéger de tout sentiment rendent le dialogue apparemment inefficace, du moins au début. Et si l'on connait les arguments des différentes parties, c'est la manière apaisée de les poser qui rend ce roman touchant, peut-être utile. On se souvient avec Khalil de l'engrenage du quotidien qui l'a amené à vouloir devenir kamikaze. Pas de grands événements à première vue, mais de petites choses qui, bout à bout, le fragilisent et l'amènent à écouter les mauvaises personnes. Pourtant,  on veut croire, un peu désespérément, qu'avec les mots de son meilleur ami Rayan ou encore l'amour de sa soeur jumelle, rien n’est encore perdu, qu’il ne faut jamais abandonner, jamais cesser de communiquer ; Que les mots peuvent encore faire leur chemin, les actes aussi. Que l’amitié, la chaleur, les sentiments qui ne sont qu’enterrés vivant peuvent toujours remonter à la surface et faire la différence. C'est un roman qui donne envie de se battre avec tout l’amour dont nous sommes capables, car c’est finalement notre arme la plus redoutable.

 

"Dieu n’est pas un chef de guerre, encore moins le parrain d’une organisation criminelle. Il est écrit dans le Coran que celui qui tue un être aura tué l’humanité entière. Alors, à quoi riment ces massacres gratuits ? Pourquoi faut-il faire croire que lorsque le muezzin appelle à la prière, c’est l’appel à l’agonie que l’on doit entendre ?"

 

J’ai découvert Yasmin KHADRA avec « l’attentat », et « Khalil » n’est que le deuxième roman que je lis de cet auteur (mais pas le dernier). La complémentarité de ces deux récits est vraiment intéressante, leurs points de vue différents sont enrichissants. Dans les deux cas, sans tomber dans l’excès consistant à nous rendre les terroristes inhumains, ou au contraire plus humains que les victimes, ce qui nous ferait rejeter le roman et ses messages, l’auteur parvient à conserver un certain recul dans ses récits malgré la dureté apparente de certains personnages ou situations. Je vous invite à lire ces romans, que le format court, s’il les rend psychologiquement un peu moins profonds que ce à quoi on pourrait s’attendre pour ces thématiques, rend parfaitement abordables par le plus grand nombre - c'est à dire même les plus sensibles d’entre nous je pense - tout en gardant la part belle au réalisme.

  

Et vous qu’aimez-vous dans les romans de cet auteur ? Qu’est-ce qui fait que vous lisez ses livres ?

« Dracula » de Bram STOCKER : Le bit-classique de saison

Le 18 October 2018, 19:13 dans Livres 4

C’est bientôt halloween, alors je ne pouvais poursuivre ma découverte des classiques qu’avec DRACULA ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, je connaissais le thème mais pas réellement l’histoire puisque je n’avais jamais vu les films. C'est un article de Gaetane qui m'avait intriguée...

 

Jonathan HARKER est notaire près de Londres, envoyé en Transylvanie pour rencontrer un client : Il doit régler les derniers détails juridiques avec le comte Dracula, qui est en train d’acheter un domaine à Carfax, près de Londres. Mais une fois arrivé dans le manoir du comte dont il est l’invité, il se rend compte qu’il est en réalité son prisonnier, que le manoir recèle de mystères effrayants et que le comte est une créature bien étrange… Parviendra-t-il à s’échapper ?

 

 

Cette histoire nous est contée par le biais des journaux intimes des personnages, des lettres échangées, ou encore des notes professionnelles.

 

C’est ainsi que l’on apprend que, parallèlement, une étrange maladie atteint la meilleure amie de Mina, sa fiancée. La jeune femme devient d’une pâleur extrême, ne se nourrit plus, dort le jour, se lève la nuit et s’affaiblit chaque jour, tandis que ses dents et son regard semblent se transformer… Mina, qui n’a plus de nouvelles de Jonathan, fait appel à des amis médecins qui après avoir éliminé toutes les maladies connues, craignent qu’elle soit atteinte d’un mal rapporté par les légendes… et qui viendrait d’une morsure de chauve-souris. Pour la guérir, les seuls remèdes se trouvent ainsi dans les superstitions, mais il faudra agir en cachette pour ne pas être pris pour fous ni être déjouée par cette chauve-souris dont les pouvoirs nous sont encore mal connus…

 

Pendant ce temps, l’épidémie se propage, et l’un des médecins est confronté à ses propres patients de l’asile où il travaille, dont l’un capture des animaux pour les manger, parle de l’avènement prochain de son seigneur et maître, et soutient qu’il ne veut voler l’âme de personne même s’il aime le sang de ses petites victimes…

 

★★★/☆☆

 

Le plus étrange dans cette lecture c’est que, même si je ne suis pas amatrice de bit-lit, je suis un pur produit de la génération BUFFY contre les vampires, une pro de la canine pointue, du pieu dans le coeur, ou des lasagnes à l’ail. Donc j’avais dès le départ un avantage sur les personnages de ce roman, ce qui a probablement gâché un peu ma surprise comparée à celle des premiers lecteurs de cette histoire, en 1897.

 

Le point fort de ce livre c’est l’ambiance du départ, lorsqu’on pénètre les Carpates avec Jonathan, dans la forêt enneigée, entourés de loups (garous ?), de cimetières abandonnés, du vieux manoir en haut de la colline… Puis de pièces secrètes et poussiéreuses, de fantômes ? ou autres créatures… et de notaire prisonnier. J’ai aimé aussi la partie sur la recherche de la maladie mystérieuse de Lucy, l’amie de Mina. Et je veux bien admettre que recevoir 4 transfusions sanguines à cette époque n’a pas tué la fille puisque de toutes façons ce sang était bu la nuit suivante par Dracula en personne… Alors admettons.

 

Mais le bémol du roman - sautez ce paragraphe si vous ne connaissez pas l’histoire et voulez gardez le suspense - c’est qu’on ne sait jamais ce qui s’est passé entre le moment où DRACULA va faire de Jonathan son 4 heures, et le moment où, contre toute attente, il rejoint tout le monde miraculeusement.

 

Mon second reproche est le même que pour « La dame en blanc » de Wilkie Collins : Autre temps, autres moeurs : sans les moyens modernes, tout est plus lent. Il faut déplacer tout le monde pour avoir un renseignement, interroger les gens, attendre le renseignement pour avancer. Et si au début on apprécie cette lenteur retrouvée, à la fin, lorsque tout se met en place pour l’attaque finale, ça m’a paru un peu long - même si on sent que l’auteur fait tout pour abréger, à travers les récits que les personnages écourtent pour cause de fatigue et de manque de temps.

 

En comparaison, peut-être pour compenser, la bagarre finale est d’une rapidité éclair ! Presque décevante même si, en réalité, on est quand même bien soulagé que ça ait tourné comme ça, et que ce soit fini. En même temps, je le reconnais, ça découle aussi du fait que les personnages ont justement pris le temps de préparer leur plan au plus juste, et ne se sont pas précipités bêtement dans la gueule de la chauve-souris. Donc, même s’il y a une part de chance comme dans tout combat, le scénario se tient.

 

Au final, je suis contente d’avoir lu ce classique à l’origine de tant d’oeuvres tendance du moment mais, du fait de la multiplication des histoires de vampire à notre époque, j'ai eu une impression de déjà vu et je n’ai pas été aussi prise par l’histoire que je l'aurais voulu.

Cela étant, c'est en lisant ce classique, axé sur les victimes et raconté par elles, que j'ai repéré « entretien avec un vampire » d’Anne RICE ; Il s'agit apparemment de portraits de vampires qui, paraît-il, valent le détour. Selon vous, est-ce que c'est un livre à lire, ou il  ne m’apportera rien de plus ?

 

« Car après tout, vivre, c’est attendre quelque chose d’autre que ce que nous avons, quelque chose d’autre que ce que nous somme en train de faire ; la mort est la seule chose sur laquelle nous puissions compter. Elle peut venir vite, au fond, j’en serai content ».

 

Qu’avez-vous pensé de DRACULA si vous connaissez les films ou les livres ?

 

Etes-vous amateurs de bit-lit ou souhaitez-vous découvrir DRACULA pour son côté classique ?

« My absolute darling » de Gabriel TALLENT : Faut-il le lire ?

Le 4 October 2018, 19:12 dans Livres 8

C’est paraît-il LE livre qu’il faut avoir lu cette année, même si certains y ont vu trop de violence étalée pour rien, de trop longues descriptions de la nature ou encore des personnages trop peu attachants… Bref « My absolute darling », à lire ou pas ?

 

 

A la mort de sa mère, Julia se retrouve seule avec son père Martin, sorte d’alter-mondialiste vivant un peu reclus dans la nature. Martin n’a pas reçu l’amour paternel dont il avait besoin, et sa femme est morte : Il ressort de cette vie qu’il ne sait pas vraiment aimer et se sent toujours rejeté par son père, alors qu’il observe avec jalousie la complicité qu’il entretient avec sa fille Julia, alias Croquette, alias Turtle. SON amour absolu, parce qu’elle n’appartient plus qu’à lui, qu’il l’élève seul et qu’elle demeure donc la seule à l’aimer. Il ne la laissera pas le quitter. Il ne le supporterait pas. Il préfèrerait mourir quitte à l’emmener avec lui. Pour qu’elle ne s’éloigne pas trop de lui, il la maintient à l’écart du monde en lui apprenant à le dédaigner ; Julia apprend à haïr les petites connes de l’école et ses salopes de prof qui tentent de briser son isolement, à vivre et survivre dans la nature, pister des animaux, les tuer pour les manger. C’est son père qui lui apprend le maniement des armes pour se défendre, et elle veut plaire à son père. Parce qu’elle n’a que lui, et qu’il l’aime très fort. Un peu trop fort, parfois ? Qu’importe, c’est son père, alors ce qu’il lui fait parfois, elle doit le mériter. C’est vrai quoi, elle n’est qu’une petite pouffiasse.

 

*****

 

Alors, "My absolute darling", verdict ? Eh bien je suis du côté du plus grand nombre : J'ai trouvé ce livre sublime et magistral. Pas parce qu’il est violent ou dérangeant, ou dénonciateur, ou bien-pensant. Je le trouve sublime parce qu’il est riche de plein de choses extrêmement bien dosées sans perdre de sa spontanéité, et surtout parce que Gabriel TALLENT l’a écrit avec finesse. De fait, je ne l’ai pas trouvé aussi manichéen que je le craignais, avec d’un côté le vilain papa qui agresse sa fille, de l’autre le reste du monde, et au milieu la gentille fille soumise qui subit - ou encore les profs parfaits qui savent réagir, et les amis qui la sauvent. Non, dans ce roman les méchants peuvent avoir un côté attachant, les gentils un côté lâche, exaspérant, agaçant selon les personnages. Turtle n’est pas si soumise ; elle est forte, elle doit juste apprendre à s’en rendre compte, puis à l’accepter et à s’en servir, pour se sauver elle-même. Parce qu’elle perçoit bien que c’est la seule façon de ne plus être dépendante moralement de cette relation nocive. Parce qu’elle est la seule aussi à savoir vraiment ce qu’elle subit, puisqu’elle cache tout aux autres. Mais l’amour qu’elle porte à son père et l’ascendant qu’il a sur elle sont tellement ancrés en elle…

 

« - Croquette, dit-il. J'ai déconné. D'accord ?

Elle s'adosse à la baignoire et l'observe.

- Croquette... continue-t-il. Parfois, je ne suis pas bien. Mais j'essaie, tu sais, pour toi.

Il serre et desserre les mains, lui présente ses paumes.

- Comment ça, pas bien ? demande-t-elle.

- Oh Croquette, c'est dans notre sang je crois.

 

Elle boit encore à la bouteille, écarte des mèches de cheveux mouillés devant son visage. Elle l'aime. Quand il est comme ça, quand elle voit à quel point il fait des efforts pour elle, même la souffrance de Martin a de la valeur à ses yeux. Elle ne supporte pas l'idée qu'il puisse être déçu, et si elle le pouvait, elle l'envelopperait de tout son amour. Elle pose la bière parmi les champignons. Elle veut le lui dire, mais elle n'en a pas les tripes. »

 

En somme, nous avons des personnages complexes et complets : Un père en manque d’amour notamment parental et dont la femme est morte, restant avec sa fille qu’il veut aimer plus qu’il n’a été aimé, mais sans savoir s’y prendre puisqu’on ne lui a jamais montré - et qu’elle lui rappelle tellement sa femme, ce qui parfois le rend littéralement dingue et confus. Alors parfois, ce trop plein d’amour dérape, parfois aussi il devient haine. Comment gère-t-on un amour absolu qu’on voudrait garder pour soi tout seul par peur de l’abandon, alors qu’on doit le partager avec un monde qu’on méprise, des gens qui vont nous la prendre (université, copain, etc…) ? Alors parfois, il lui fait du mal. Le reste du temps, il tente d’en faire une femme forte et indépendante avec le peu de moyens dont il dispose. Il lui apprend à se défendre avec des armes, et l’entraine pour qu’elle soit meilleure que lui. Et même si, pour l’instant, il sait avoir l’emprise morale nécessaire à la maîtriser, n’est-ce pas inconsciemment lui donner les armes pour se défendre contre lui ? J’aimerais vous dire que c’est juste un homme détestable, mais ce n’est pas si simple n’est-ce pas. La vérité c’est qu’il est parfois attachant, parfois attendrissant dans son désespoir lorsqu’il est conscient de la situation, et dans sa tristesse lorsqu’on comprend tout l’amour qui lui manque à lui, pour pouvoir le donner correctement à son tour. Et on se dit quel gâchis, ça tient parfois à peu de choses, tout aurait pu être différent…

 

« Le moment viendra où ton âme devra être solide et pleine de conviction, et quelle que soit ton envergure, ta rapidité, tu gagneras si tu sais te battre comme un putain d'ange tombé sur terre, avec un coeur absolu et une putain de conviction totale, sans la moindre hésitation, le moindre doute ni la moindre peur, aucune division qui risque de monter une partie de toi-même contre l'autre. Au final, c'est ce que la vie exige de toi. Pas d'avoir une maîtrise technique, mais un côté impitoyable, du courage et une singularité dans tes objectifs. »

 

Et même si on veut défendre Turtle, personnage principal et la plus faible, on éprouve les mêmes sentiments ambigus qu’elle à mesure qu’elle nous laisse entrer dans sa tête pour apprendre à connaître les tenants et aboutissants de sa vie. Car elle aussi, si elle prend de plus en plus conscience qu’elle doit sortir de ce cercle vicieux, aime son père pour des tas de raisons qu’on peut malgré tout comprendre. Il l’élève seul et l’aime et, la plupart du temps, il fait de son mieux. Et elle déteste du coup toute personne qui pourrait se douter de ce qui se cache derrière son comportement à l’école et tenterait de les séparer. Comme elle en fait l’analyse plus tard à travers la rencontre d’une autre enfant, elle les déteste par réflexe et par mimétisme, avec les mêmes mots que ceux que son père emploie.

 

Les profs et autres adultes parents d’élèves soupçonnent des choses mais ne peuvent jamais être sûrs, surtout à cet âge adolescent… Julia défend tellement bien sa vie devant les autres. Si jamais on agit pour rien, on ferait plus de mal que de bien… Ne s’est-on jamais dit ça ? Ou bien est-ce un peu lâche …?

Ce qui va probablement faire basculer ce roman, c’est sa rencontre une nuit alors qu’elle se promène en forêt, avec deux garçons de son âge qui se sont perdus. Elle force leur respect en les aidant à ne pas succomber au froid, aux scorpions, à la désorientation, à la faim et à la soif, et ils forcent son intérêt par leur côté déjanté et surtout en l’acceptant telle qu’elle est : Une apparition sauvage et exotique dans leur vie. De cette amitié, Julia va trouver la force et l’envie de vouloir plus, de ne plus être seule, d’aimer. Mais pour les protéger de Martin, car elle sait de quoi il est capable quand il est en colère ou désespéré, elle doit se débrouiller elle-même. Y parviendra-t-elle ? Ou bien tout ceci ne peut-il finir qu’en horrible carnage à la Roméo et Juliette…?

 

Pour le savoir, je vous encourage à lire ce livre. Rassurez-vous, l’auteur ne fait pas étalage de la violence, mais il ne la minimise pas non-plus ; il la dissémine dans le quotidien de Julia, usant de la manipulation mentale de Julia pour nous la rendre comme elle la ressent : moitié compréhensible, mais pourtant tellement impardonnable, surtout venant de la seule personne de confiance qu’elle connaisse. Et puis on vit de nombreuses aventures avec Julia dans la mesure où elle est livrée à elle-même : Dans la forêt, mais aussi face aux dangers de l’océan tout proche. On ressent beaucoup de choses dans ce roman, et on réfléchit à beaucoup de chose aussi. La psychologie des personnages est bien vue. Un conseil ? Lisez-le.

 

« C’est ça le courage. Prendre ta vie en main quand ça semble la chose la plus difficile à faire. »

 

Et vous, qu’en pensez-vous ? Qu’est-ce que ce roman vous a fait éprouver ?

Voir la suite ≫