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« Le bruit et la fureur » (de William FAULKNER) : Inoubliable.

Le 25 juin 2018, 07:08 dans Livres 6

Jamais un roman n’a aussi bien porté son titre. C’est une histoire typique du sud de l’Amérique, où l’on ressent cette ambiance tout à fait particulière aux grands romans américains. Mais ce qui en fait un récit unique, c’est la manière de raconter de l’auteur, que je suis ravie d’avoir découvert par ce roman.

 

 

Tout commence à l’enterrement de la grand-mère de la famille : la mère demande à la bonne noire de mettre les enfants à l’écart pour les épargner, mais aussi pour s’épargner elle-même. Car parmi les trois enfants, il y a Benjy. Benji est attardé, ne comprend jamais tout ce qui se passe, tente de s’exprimer par des cris perçants et ses pleurs infinis qui le rendent insupportable aux yeux de beaucoup. Tout cela l’isole encore plus et le rend furieux, ce qui amplifie ses incontrôlables  et bruyantes colères.

 

Or, il se trouve que l’auteur débute l’histoire en nous mettant dans la tête de Benjy, pleine à elle seule de bruit et de fureur. Et la prouesse est extraordinaire de parvenir à nous faire reconstituer l’histoire par le biais d’un personnage qui, lui-même, ne comprend sûrement pas tout, en accumulant par flashes les informations que son cerveau enregistre. 

Cette construction rend la narration intriguante et passionnante dès le départ. Surtout que le cerveau de Benjy ne trie pas les informations chronologiquement. Pour être lui et le comprendre, il faut accepter de baigner un moment dans un flot d’informations qui peut paraître, au départ, sans queue ni tête. Comme le dit FAULKNER lui-même, on pourrait croire que la suite de la citation Shakespearienne collait tout autant au roman : « C’est une histoire, contée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien ». Mais l’expérience est passionnante, il suffit d'accepter de faire confiance à l'auteur et de poursuivre l'aventure avec lui.

 

Par la suite les narrateurs plus classiques bouchent les trous de cette histoire, et nous font plonger plus avant dans les drames de cette famille, chacun à une date différente. Ce sont alors trois générations que l’on croise au fil des récits. Caddy, Quentin et Jason, le reste de la fratrie, ont chacun leur lot de douleur : Caddy, la seule à comprendre Benjy et pouvoir le calmer, a une vie amoureuse tumultueuse qui l’oblige à partir, ce qui rend Benjy encore plus incontrôlable (il est interdit de le laisser s’approcher des filles…), Quentin se suicide par jalousie tant un attachement incestueux le lie à sa soeur. Jason, quant à lui, doit veiller sur la fille de Caddy qui semble prendre les mêmes mauvais tournant que sa maman…

 

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Je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir les réels tenants et aboutissants de ce roman magnifique. Que ce soit l’histoire de cette famille ou la façon de la raconter, tout dans ce roman est passionnant : C’est un roman brillant qu’il faut absolument avoir lu car il apporte vraiment quelque chose à la littérature, ce petit plus qui le distingue de tous les autres, cette étincelle qui fait que vous vous en rappellerez. Ce livre m’a marquée un peu à la façon des « raisins de la colère » de STEINBECK. Je vous le conseille vivement ! Est-ce une de vos lectures ?

Le Prince des marées (Pat CONROY) : de la grande littérature sudiste

Le 19 juin 2018, 09:39 dans Livres 0

Il a fallu que je dévore ce bouquin pour que je revienne en parler par ici : Une petite douceur de littérature du Sud de l’Amérique de plus de mille pages, dont les mots fondent tout seuls dans la bouche, dont l’histoire résonne dans les coeurs, dont les personnages sauront sûrement vous toucher chacun à leur manière.

 

 

« - Tellement de choses sont la faute de tes parents, Tom. Où commence ta responsabilité propre ? A quel moment de ta vie devient-elle ton affaire à toi ? A partir de quand acceptes-tu d’endosser l’appréciation positive ou négative de tes actes ? ».

 

Pat CONROY nous convie sur l’île Melrose au sein d’une famille de pêcheur de crevettes. Le paysage semble idyllique pour que sa femme et ses 3 enfants y coulent des jours heureux. Pourtant, une fois adulte, leur fille Savannah devient une poète à fleur de peau qui fuit le Sud faulknérien pour le Grand NewYork, où elle est prise en charge par une psy pour s’être itérativement ouvert les veines.

 

Les trois enfants paraissent en vouloir à leurs parents, et il semble également être arrivé une tragédie au grand frère Luke, dont on ne connaîtra la véritable histoire qu’à la fin. Quant au jumeau de Savannah, Tom, il est invité par la psy de New York à venir lui raconter son histoire afin qu’elle puisse sauver Savannah de ses démons… 

 

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Ce sont donc les mots de Tom que nous boirons tout au long de ce fabuleux récit : Une merveille d'anecdotes de leur enfance qui, rapidement, dessineront les contours de leurs vies (joies et drames) aux lecteurs qui les découvrent. Une langue magnifiquement maniée, quelques descriptions savoureuses de la nature sudiste, un équilibre parfait entre présent et passé, entre dialogues et récit, mais aussi entre émotion et humour.

 

Car cette vie chaude et douce que l’on imagine au départ dévoile assez rapidement ses zones d’ombre et ses cauchemars, ses tragédies. Et si Savannah tente de les exorciser par l’écriture de ses vers, Tom, lui, s’en défend par l’ironie désespérée à laquelle il s’accroche et derrière laquelle il se cache.

 

Un récit parfaitement écrit, doux et mélodieux, poétique et tragique mais aussi plein de fougue et d’espoir, qui ne laisse pas un instant de répit au lecteur. Dès les premiers mots, l’histoire et le style m’ont happée pour ne plus me lâcher jusqu’à la fin des mille pages. On ne voit pas le temps passer, c’est délicieux. Si vous aimez les chaudes lectures du Sud de l’Amérique, ce roman vous plaira. A lire ! Connaissez-vous déjà ?

 

« Le chagrin des vivants » d’Anna HOPE : Un très bon premier roman à découvrir

Le 10 septembre 2017, 19:53 dans Livres 11

C’est son nouveau roman « La salle de bal » qui m’a fait découvrir cette auteure et m’a donné envie de lire ce premier roman. Le thème du « Chagrin des vivants » m’intéressait également : Il s’agit des premiers jours de novembre 1920 en Angleterre, alors que la Guerre se termine et que l’heure est au deuil et au bilan. Ceux qui ont survécu à cette guerre doivent réapprendre à vivre sans leurs morts, avec leurs propres traumatismes, à faire leur deuil parfois sans les corps de leurs proches disparus.

 

 

C’est avec les trois personnages principaux féminins que nous allons appréhender, à la manière de chacune, le chagrin des vivants, celui de ceux qui demeurent : Evelyne, dont le fiancé a été tué et qui travaille désormais au bureau des pensions d’invalidités ; Adda, qui ne parvient pas à faire le deuil de son fils mort au combat dans des circonstances mystérieuses ; Et Hettie, qui nous emmène danser pour oublier que la guerre lui a rendu un frère traumatisé, qu’elle voit souffrir chaque jour sans savoir comment l’aider. 

 

Nous pénétrons dans chacune de leurs vies, avec une grande douceur, pour découvrir ce qu’elles ont enduré et comment elles vont tenter d’y survivre. Pour cela, elles doivent faire leur deuil d’un certain nombre de choses et de personnes. Et justement, pour aider ceux qui n’ont pas de corps à pleurer, et pour rendre un hommage symbolique à tous ceux que la guerre a sacrifié, on attend le retour du soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Cet évènement cristallise toutes les émotions de ceux qui restent : Colère, espoir, tristesse, paix…

 

« Alors que le silence s’étire, quelque chose devient manifeste. Il n’est pas là. Son fils n’est pas à l’intérieur de cette boîte. Et pourtant elle n’est pas vide, elle est pleine d’un chagrin retentissant : Le chagrin des vivants. »

 

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Cette fois encore, Anna HOPE m’a transportée dans cette époque et cette ambiance sans effort et dès les premiers mots. Je crois décidément que c’est la grande force de sa plume. Ça, et le fait de parvenir à auréoler ses romans de lumière malgré la tristesse, ce qui les rend toujours lumineux et intrigants, et non sombres, ni déprimants.

 

Ensuite, j’ai trouvé qu’elle appréhendait bien les problèmes, questionnements et sentiments de ces civils vivants qui doivent continuer à vivre au quotidien pendant que leurs proches combattent, tuent ou se font tuer dans cette guerre qui les entoure. Le titre est vraiment ciblé, car finalement (comme vous pouvez le percevoir en lisant la citation ci-dessus) c’est exactement de cela qu’il s’agit : du « chagrin des vivants ». De ceux qui restent et enterrent leurs morts ou, pire, doivent faire leur deuil sans corps ou avec des bouts de corps, parfois sans explication de l’armée, ou avec seulement les bribes, vraies ou fausses, qu’elle veut bien leur donner. C’est à cela que nous confronte Anna HOPE en même temps que ses personnages, et c’est tout l’objet du roman : Comment continuer à vivre malgré cela ? Chaque personnage à sa manière, avec ses propres expériences, sa personnalité aussi, son entourage, va devoir apprendre à faire avec. Montrant finalement autant de courage que ceux qui sont partis combattre, volontairement ou non…

 

Enfin, j’ai retrouvé cette construction que j’aime beaucoup et qui, en plus de nous plonger directement dans l’histoire, nous fait attendre avec hâte et envie les mots, les phrases, les pages qui suivent. Elle instaure une certaine tension, un certain questionnement autour de tout ce que nous ne savons pas encore des personnages que l’on côtoie, qui nous pousse à vouloir tourner toujours plus de pages. Peut-être que l’on s’attend du coup à un retournement de situation final qui ne vient pas, mais pour autant on n’est pas déçus. Car Anna HOPE sait où elle nous emmène dès le départ, et l’on referme le livre en se rendant compte qu’on est arrivé exactement où l’on devait.

 

« Je vois tellement de femmes qui s’accrochent, ici, qui s’accrochent toutes. Qui s’accrochent à leur fils, à leur amant, à leur mari ou à leur père, tout aussi solidement qu’elles s’accrochent aux photos qu’elles conservent ou aux fragments d’enfance qu’elles apportent avec elles et déposent sur cette table. (…)

Elles sont toutes différentes, et pourtant toutes pareil. Toutes redoutent de les laisser partir. Et si on se sent coupable, c’est encore plus dur de relâcher les morts. On les garde près de nous, on les surveille jalousement. Ils étaient à nous. On veut qu’ils le restent. (…)

Mais ils ne sont pas à nous, poursuivit-elle. Et dans un sens, ils ne l’ont jamais été. Ils n’appartiennent qu’à eux-mêmes, et seulement à eux. Tout comme nous nous appartenons. Et c’est terrible par certains cotés, et par d’autres… ça pourrait nous libérer. »

 

Seulement deux romans et je suis déjà une fan inconditionnelle de cette auteure. J’espère qu’elle continuera à nous abreuver de thèmes intéressants sans changer sa façon de nous raconter. C’est juste sublime, subtil, ciselé. Une auteure à découvrir si vous ne l’avez pas déjà fait !

 

 

Vous aimez ou avez envie d’aimer ?

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