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« Papillon de nuit » (R.J. ELLORY) : Un thriller réussi sur la ségrégation raciale et la peine de mort

Le 12 mai 2017, 14:11 dans Livres 6

« Les papillons de nuit sont attirés par la lumière car ils veulent être vus, ils veulent que leur propre beauté magique soit reconnue ».

 

Encore un auteur découvert sur vos blogs et stocké dans ma PAL depuis la sortie de son « Papillon de nuit ».

 

 

 

 

Ce roman est le premier roman de R.J. ELLORY, mais il n’a été publié en France que récemment. Le thème m’intéressait, j’ai donc commencé par celui-ci et non par ses plus connus comme « Seul le silence » ou encore « Les anonymes ». Et si le premier est aussi bon, comment doivent être les suivants ?!

 

 

L’histoire :

 

Elle se déroule en 1982. Daniel est dans le couloir de la mort pour le meurtre de son ami d’enfance noir nommé Nathan. 

 

« Mille étés, hivers, printemps et automnes, et ils s’étirent derrière moi comme un vaste patchwork, et sous ce patchwork il y a les vies que nous avons vécues, les personnes que nous avons été, et les raisons qui nous ont menées jusqu’ici ».

 

Nathan était son meilleur ami depuis leurs six ans, ils ont vécu leurs premières bagarres d’adolescents ensemble, se défendant toujours mutuellement alors que l’amitié entre blanc et noir n’était pas encore une évidence.

 

Ils ont fui l’armée ensemble lorsque le Vietnam a tenté de les rattraper, vivant clandestinement tous les deux durant plus d’un an.

 

Et puis à leur retour, ils ont connu l’amour ensemble. Une jeune femme blanche, Linny, qui sortait avec Daniel avant leur départ, mais que Nathan ne laisse plus indifférente… 

 

« Linny vivace, effrontée, pleine d’elle-même, et Caroline silencieuse, peut-être un peu pensive. Chacune belle et envoûtante à sa manière, et pourtant, dans un sens, très différentes. Ce n’est que des années plus tard - quand j’aurais plus qu’amplement le temps de retourner dans mon esprit la signification de ces événements - que je ferais remonter cette image et y verrais quelque chose d’à la fois obsédant et un peu ironique. Le papillon et le papillon de nuit. Voilà comment je les verrais - le papillon et le papillon de nuit. »

 

De sa cellule, Daniel déroule le fil de leur vie jusqu'au jour où tout a basculé : Celui où Nathan a été tué.

 

Quel événement de leur vie a bien pu provoqué sa mort ? Daniel est-il innocent ou coupable ?

Nous ne le savons pas au départ : C’est le récit de ses souvenirs et de ses discussions avec le prêtre de la prison qui va faire, progressivement, la lumière sur ce qui s’est réellement passé.

 

« - Je crois que l’enfer est une allégorie, a-t-il poursuivi. Je crois que l’enfer a été vendu comme un concept afin d’obtenir l’obéissance des gens…

- Vendu ?

Le Père John a esquissé un sourire sardonique.

- L’Eglise doit vendre ses produit, comme tout le monde, Daniel.

J’ai souri à mon tour, peut-être avec une once de sarcasme.

- Et le paradis ?

Le Père John a secoué la tête.

- Je ne crois pas que le paradis soit un endroit, je crois que c’est un état spirituel ».

 

 

Les thèmes et intérêts (multiples) de ce roman :

 

1/ On pourrait qualifier « Papillon de nuit » de thriller, dans la mesure où le personnage principal est incarcéré et condamné à mort, et que le récit va consister à nous raconter comment il est est arrivé là et s’il est vraiment coupable. 

 

Une part de suspense et de recherche du coupable s’installe donc dès le départ de cette lecture, que nous n’avons plus envie de lâcher. D’autant plus que le prêtre censé accompagner Daniel avant sa mort tente de reconstituer les faits lors de ses discussions avec lui.

 

 

2/ « Papillon de nuit », c’est aussi et surtout un très beau récit sur l’Amérique des années Kennedy, de la guerre du Vietnam, du Ku Klux Klan, des complots autour de l’assassinat d’un Président, des émeutes dues à la ségrégation raciale, etc… C’est une Amérique en plein bouleversement qui nous est contée ici.

 

Le récit est riche de détails sans jamais perdre de vue ses personnages et l’importance de leurs rôles respectifs dans l’histoire qui nous occupe.

 

 

3/ Enfin, « Papillon de nuit » est évidemment le prétexte pour aborder la question de la peine de mort. Il peut en cela rappeler « Le dernier jour d’un condamné » de Victor Hugo, à l’exception que dans ce dernier roman, on ignore jusqu’à la fin si le condamné est coupable ou innocent : C’est le principe du caractère inacceptable de la peine, dans tous les cas, qui est mis en exergue.

 

Ici ELLORY finira par nous révéler si Daniel est coupable ou innocent ; Mais il  parvient tout aussi bien à dénoncer le caractère inhumain de cette sentence, nous mettre à la place de Daniel mais aussi à réfléchir de manière plus générale sur les origines de cette peine et sur l’opportunité de ses fondements.

 

 

Mon avis (enchanté) :

 

Outre l’intérêt du thème de la justice qui me touche particulièrement, outre le plaisir de pénétrer dans l’ambiance de l’Amérique de ces années-là, ce qui nous fait apprécier tout cela est bien entendu la plume de l’auteur.

 

L’écriture est d’un confort absolu du début à la fin, tout coule de source. Dès les premières phrases, on fait confiance à l’écrivain pour nous amener à destination, on sait que ça va bien se passer pour nous, qu’on est guidé, qu’on ne sera pas perdu, ni déçu, ni malmené ou perturbé par l’écriture. Rien ne vient déranger le récit de Daniel, et on est avec lui jusqu’au bout.

 

Je sors enchantée de cette lecture, qui me rappelle aussi le plaisir que j’éprouve à lire les romans de John GRISHAM. D’ailleurs j’ai très envie d’en lire un bientôt. 

En attendant, je vous recommande cet auteur et ce roman en particulier si le thème vous intéresse. Une lecture confortable et intéressante !

 

« L’idée était cependant là, et comme quelqu’un l’avait dit un jour, un esprit étiré par une idée ne retrouve jamais ses proportions originales. Mon esprit était étiré. Il ne serait plus jamais le même ».

 

 Quel roman de cet auteur me conseillez-vous ?

 

« Marlène » (Philippe DJIAN) : Une bonne surprise

Le 5 mai 2017, 14:13 dans Livres 9

Voici un auteur très connu et apprécié des blogueuses et que, pourtant, je n’avais encore jamais lu. Alors, à la sortie de « Marlène », quand j’ai vu que le thème était susceptible de m’intéresser, je me suis jetée à l’eau.

 

 

 

 

L’histoire :

 

Elle se déroule dans une ville de garnison ou vivent deux vétérans de l’Afghanistan qui ont grandi ensemble et combattu ensemble : Dan et Richard. 

Elle est celle que l’on trouve en grattant le verni bien propret qui recouvre tout groupe social. Elle est aussi celle du basculement lorsqu’on ne peut plus ignorer ce qui se trame sous ce verni, et que ce que nous voyons ne nous plaît pas…

 

Dan est célibataire et ne se pense pas capable de vivre en couple à cause de toutes « ces merdes » qu’il a ramené de ses missions difficiles. Il est en revanche très attaché à sa réintégration dans une vie « normale » en milieu civil et cherche à ne surtout pas se faire remarquer par ses voisins.

Richard est marié à Nath, mais ses nombreuses missions et son caractère bagarreur font que le couple est en crise et s’éloigne, sans que l’un ni l’autre ne se l’avoue réellement. Et Dan est l'ami fidèle sur qui compter.

 

Dan et la famille de Richard ont trouvé leur équilibre ensemble.

Alors quand Marlène, la soeur de Nath, débarque en ville pour s’installer, tous les rapports s’en trouvent chamboulés. Elle arrive avec ses raisons plus ou moins avouées, mais surtout avec son passif avec Nath que les deux femmes ont du mal à mettre de côté. 

 

Qui est Marlène, cette femme aux multiples facettes que tout le monde adore détester ? Comment cet oeil extérieur va finalement changer leurs vie à jamais ? Elle sera le révélateur de ce qui cloche dans leur vie, le miroir qui reflète ce qu’elle voit, faisant ressortir le meilleur comme le pire de chacun d'eux. Et une chose est sûre, personne n’aime voir ses propres défauts…

 

 

Mon avis :

 

Petit à petit, à mots de loup, nous entrons dans le quotidien et l’intimité de ces vétérans que « toutes ces merdes » qu’ils ont vues et vécues ont « cassés », selon leurs mots. A travers les phrases épurées de Philippe DJIAN, nous pénétrons leur fragile équilibre et, à peine dissimulé par la plume minimalisme de l’auteur, on a l’impression que rien que notre oeil qui les observe pourrait rompre ce fragile équilibre.

 

L’écriture est moderne et minimaliste. Philippe DJIAN éclipse tellement les descriptions inutiles ou les actions sans intérêt que j’ai mis un temps d’adaptation pour parvenir à suivre ses bonds dans le temps, plus ou moins grands, que rien n’annonce sinon la relative incohérence du récit.

 

Mais une fois adaptée, j’ai finalement bien aimé cette histoire. Je pensais même être déçue par la fin alors que je l’ai beaucoup aimé. L’auteur n’a pas hésité à aller au bout de chacun de ses personnages ce qui rend l’histoire crédible et presque réelle - même si elle fait froid dans le dos. 

 

Jusqu’où peut-on aller pour tenter de conserver sa vie lorsqu’elle semble sur le point de nous échapper ? Peut-on reprendre en main son destin après avoir dérapé ? Amitié, jalousie, couple, désespoir, blessures, espoirs, famille, solitude… Beaucoup de thèmes qui sont finalement bien traités dans cette histoire, qui a l’air toute simple mais qui m’a finalement convaincue.

 

 

Conclusion :

 

Les sentiments sont assez finement analysés et rendus. Mission accomplie pour cette fois Monsieur DJIAN : Je tenterai donc le roman intitulé « Oh…  », par curiosité. Juste pour voir si je m’attache vraiment…!

 

 

Et vous, vous aimez l’auteur ? Son écriture est-elle toujours ainsi ?

 

 

 

« Derrière la vitre » (Robert MERLE) : Immixtion dans l’université de 1968

Le 2 mai 2017, 09:12 dans Livres 11

Quand on ne sait pas quoi lire ? On prend une valeur sûre.

Avec Robert MERLE, on a l’assurance de trouver des thèmes hyper intéressants, mais aussi extrêmement bien traités et racontés. Que demander de plus ?

 

 

 

Contexte et objet du roman :

 

Ce roman de 1970 nous offre un point de vue imprenable sur la période des épisodes de 68 : celui de l’intérieur de l’université de Nanterre. Plus exactement, Robert MERLE raconte ici, heure par heure (mais sans ennui !), la journée du 22 mars 1968. 

 

Cette oeuvre mélange réalité des événements et de quelques intervenants, avec la fiction romanesque de ses autres personnages et de leurs vies privées. Mais si elle semble si réaliste au lecteur, c’est que Robert MERLE était bel et bien professeur à l’Université de Nanterre durant cette période.

 

 

L’histoire (qui nous happe rapidement) :

 

L’intérêt du récit réside dans la multitude de personnages à qui il laisse la parole : De l’ouvrier pied-noir qui campe sur le chantier de l’université en construction pour nourrir sa famille restée au pays, jusqu’aux professeurs de plus en plus pris à parti et accusés d’être les pères d’une université « policière », en passant par nombre d’étudiants et d’étudiantes politiquement actifs qui se méfient des flics infiltrés, nous avons un panel de choix pour nous immiscer dans la vie de ce lieu à part. 

 

Et l’on peut s’y croire, car la plume de Robert MERLE est comme une évidence, malgré l’amoncellement de détails personnels, de considérations politiques, de références à des personnalités connues et d’autres fictives. Nous nous fondons dans cette masse étudiante et grouillante qui hante les salles de classe, les dortoirs, les couloirs et jusqu’à la salle des professeurs qu’ils décident de prendre symboliquement en otage.

 

Cet acte de rébellion veut protester contre les arrestations préalables de certains étudiants, mais chaque détail est matière à discussion sans fin entre les groupuscules politiques étudiants qui aiment à s’écouter débattre. Certains meneurs aujourd’hui connus sortent du lot, d’autres nous montreront simplement ce qu’était la vie étudiante à cette époque, et donc le contexte dans lequel sont nés les événements que nous connaissons tous.

 

 

Mon avis (très positif) :

 

Encore une fois (comme par exemple dans « la maison aux esprits »), j’aime que l’auteur nous offre un point de vue global de la question, par la multitude de personnages ; Car toute situation quelle qu’elle soit découle toujours d’un assemblage des pièces du puzzle. Il est donc primordial de suivre l’auteur dans les méandres de cette université, à peine sortie de terre, pour s’imprégner des problématiques vécues et soulevées par tous et par chacun.

 

Puis c’est l’intimité, parfois assez profonde que l’auteur crée entre nous et ses personnages, qui nous plonge dans son histoire sans que l’on ne puisse plus en sortir.

 

Enfin, le récit est servi par la plume intelligente, précise, juste et clairvoyante de Robert MERLE. Et ça, lorsqu’on aime les mots, la réflection, les sentiments, bref, la vie, on a l’impression qu’on ne pourra plus s’en passer…

 

 

 

"Josette Lachaud qui, quelques heures plus tôt, avait eu des distractions au cours de Frémincourt et revécu une partie de chasse avec son père quand elle avait douze ans, caressait les deux nattes ailes de corbeau qui pendaient le long de ses oreilles, et ses yeux brillants et fixes attachés sur Daniel Cohn-Bendit (qu'avant ce soir elle n'avait jamais vu), elle attendait avec impatience qu'il reprit la parole, oh certes, on ne peut pas dire qu'il est beau, il est plein de taches de rousseur, il est gros, roux et sale, mais quand il parle, je ne fais plus attention à ça, je l'écouterais pendant des heures, il me fascine, il a un aplomb formidable, il est astucieux et marrant, il éclipse tous les autres, on s'ennuie dès qu'il est pas là."

 

Conclusion :

 

« Derrière la vitre » est donc une belle oeuvre. Car même si le choix de raconter une seule journée nous prive de multiples développements possibles sur les tenants et aboutissants des événements dans leur ensemble, il nous fournit une mine d’informations sur le contexte vu de l’intérieur, ce qui est probablement beaucoup plus rare.

 

N’hésitez jamais à lire un roman de cet auteur : C’est foisonnant, (oui, mais) qu’est-ce c’est bon !

 

 

Et vous vous aimez ? Avez envie de connaître ?

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