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Roman d’anticipation « WATER KNIFE » de Paolo BACIGALUPI : La bonne surprise

Le 7 juillet 2017, 13:11 dans Livres 10

Moi qui n’aime pas la science fiction, mais qui aime la littérature d’anticipation que je trouve très inspirante selon les thèmes, je n’ai pas pu résister à la sortie de WATER KNIFE.

 

 

Paolo BACIGALUPI nous livre ici une histoire qui se déroule dans un futur proche, où les avertissements des climatologues sont devenus réalité. Aux Etats-Unis, l’eau est une denrée en voie de disparition, les populations, mais surtout les Etats entre eux, se livrent une guerre sans merci pour faire valoir leurs droits sur l’eau qui traverse leurs contrées. 

 

Nous pénétrons des paysages désertiques où les minces filets d’eau restants sont emprisonnés dans des tunnels de la ville, où les locaux ont du mal à survivre dans les tempêtes de poussières, où il ne pleut plus jamais, où il fait si chaud que la moindre goutte laissée à l’air s’évapore. Dans ce contexte, seuls les dirigeants et leurs armées tirent leur épingle du jeu, logés dans des constructions qui sont des villes sous cloche avec l’eau courante. Pour le reste de la population, l’eau est rationnée et payante : chacun va à la pompe payer son verre d’eau, les toilettes sont sèches, plus de douche, plus de lessives, et il n'est pas rare de vendre son corps pour obtenir certains avantages ou tenir un jour de plus… 

 

Pour survivre, tous les moyens sont bons et les meurtres sont légion. S’il faut couper l’eau à toute une ville pour qu’une autre ville ayant obtenu des droits sur l’eau en bénéficie, les Water Knife sont dépêchés sur place pour détruire les barrages, assurant ainsi une mort prévisible aux habitants. Les Water Knife n’ont donc pas bonne presse. Notre personnage principal est pourtant de ceux-là, ce qui nous le rend antipathique au départ. Mais plus nous pénétrons ce monde, plus on comprend qu’il n’est qu’un maillon de la chaine qui essaye lui aussi de survivre en exerçant le métier que le destin a mis sur son chemin.

 

Et quand le bruit court que les droits à l’eau les plus anciens jamais découverts circulent dans une sorte de marché noir, il est chargé d’aller sur le terrain les récupérer. Bien sûr, rien ne se déroule comme prévu, et une panoplie de personnages secondaires bien campés nous offrent des rebondissements jusqu’à la dernière page.

 

*****

 

Un roman excellent qui nous donne de l’aventure, mais aussi une vraie réflexion sur notre futur et nos réserves en eau, auxquelles il faudrait commencer à penser dès à présent si l’on veut tenter d’anticiper le désastre.

 

Une plume active et réactive, des émotions bien placées, des caractères subtilement décrits et construits : Bref, voici un monde qui vaut la peine de rentrer dedans, et que je vous conseille vivement !! Une bonne lecture d’été, pourquoi pas, vous n’en apprécierez que mieux vos apéros entre amis !

 

Vous aimez les romans d'anticipation ? Auriez-vous d'autres titres à me conseiller à votre tour ?

« Le chant du coeur » d'Amy HARMON

Le 23 juin 2017, 14:13 dans Livres 10

Quand j’ai vu cette romance se répandre sur la blogo, j’ai voulu la lire parce que c’était Amy HARMON, et que j’avais eu un coup de coeur pour un autre de ses livres : « Nos faces cachées ». J’avais trouvé énormément de sensibilité dans ce dernier, dont l’histoire commençait pourtant comme une banale histoire pour ados. 

 

 

Cette fois, l’auteure a monté sa romance comme une sorte de thriller : Tout commence par la disparition du personnage principal masculin, Tag. Puis elle déroule son récit jusqu’à une douloureuse révélation. Où a-t-il disparu et pourquoi ? A-t-il fui, a-t-il des ennuis ? Est-il encore en vie ?

 

Pour des raisons que je vous laisse découvrir, Tag a, non pas laissé une lettre d’explication à Millie, la femme pour qui il a récemment succombé, mais une série de cassettes audio. Dans ces cassettes, Tag raconte leur rencontre de son point de vue et expose l’intégralité de ses sentiments pour elle à chaque moment qu’ils ont passé ensemble. Il tente par-là de faire comprendre à Millie à quel point leur rencontre a bouleversé sa vie, à quel point elle compte pour lui. 

 

Mais justement, si c’est le cas, pourquoi a-t-il disparu en paraissant avoir organisé son départ ? Cet amour lui faisait-il peur, ou d’autres raisons l’y ont-elles contraint ? Car si Tag est aujourd’hui un combattant respecté ayant sa propre équipe solide pour l’entourer, nous apprendrons que cela n’a pas toujours été le cas…

 

*****

 

Cette romance est en fait le tome 2 d’une série, mais l’auteure a veillé à ce qu’il se lise facilement indépendamment. 

Que ceux qui n’aiment pas l’overdose de sexe dans une romance se rassurent également : Aucun passage cru ou détaillé ne viendra émailler votre lecture.

 

Le fait que ce soit Tag qui raconte sa propre histoire le rend relativement attachant, puisqu’on apprend à bien le connaître à travers ses sentiments, et le fait que Millie soit une fille spéciale (je vous laisse découvrir de quel point de vue) apporte un peu d’originalité à cette romance qui demeure malgré tout très classique. Je ne me suis pas ennuyée, j’ai aimé le récit audio et j’ai cherché avec la Tag Team ce qui avait bien pu arriver pour qu’il disparaisse… J’ai même versé ma petite larmichette à la fin.

 

Mais si j’ai apprécié cette lecture, les belles émotions, les beaux personnages (notamment Henry, le petit frère autiste de Millie dont j’adore la façon de communiquer), et les beaux moments de lecture que cela crée, je n’ai pas été transportée autant que prévu dans la peau de ces personnages. Un peu comme à la lecture de "jamais plus", je suis restée sur ma faim.

Peut-être que lire le tome 1 m’y aurait aidé. Peut-être que je n’ai pas réussi à vraiment pénétrer le monde de Millie aussi, dans la mesure où elle n’est pas la narratrice. Mais étrangement, et malgré des personnages assez marqués, j’ai trouvé ce nouveau roman plus lisse et convenu que "Nos faces cachées". 

 

Par exemple, si je dois comparer des héros de romances ayant un handicap, j’ai totalement vécu de l’intérieur celui de « Maybe Someday », alors que je suis restée un peu en retrait de celui de Millie, malgré de jolis passages et réflexions que l’auteure nous a offerts. Quand au monde du combat, j’avais été plus touché par la série « fight for love », où le personnage était rendu presque en chair et en os par l’auteure.

 

Ca reste une belle lecture, une belle leçon de vie à beaucoup d’égard. Une lecture d’été qui pourra vous toucher mais dont je ne pense pas lire les autres tomes.

 

« La vie n’est pas parfaite. Les gens ne sont pas parfaits. Mais il y a des petits moments dans la vie qui le sont ».

  

Et vous, avez-vous été séduit(e)s par cette série ? Avez-vous préféré le tome 1 ? Avez-vous préféré, comme moi, « nos faces cachées » ?

« Le couloir de la mort » (John GRISHAM) : La peine capitale en question

Le 13 juin 2017, 10:31 dans Livres 6

L’auteur et le thème :

 

S’il y a un thème qui me tient à coeur depuis toujours, c’est celui de la justice. Depuis que j’ai découvert John GRISHAM, je suis comblée : Ancien avocat devenu écrivain, ses romans sont un habile mélange de thriller et de romans de société ; Il questionne les grandes problématiques de notre époque mais aussi de notre Histoire, pour connaître le monde dans lequel on vit, le comprendre un peu mieux, et surtout réfléchir à notre tour sur des questions importantes telles que le racisme, la peine de mort, la toute puissance de grandes firmes et l’influence du lobbying le domaine de la santé, etc… Vous avez certainement aperçu quelques films adaptés de ses plus célèbres romans (l’Affaire Pélican, Erin Brockovitch, etc…) : Leur intérêt est qu’ils sont souvent inspirés de faits réels, que l’auteur retravaille pour nous.

 

 

L’histoire :

 

Sans surprise, « Le couloir de la mort » traite du thème de la peine de mort. Dans les années 90, Adam est un tout jeune avocat à qui on a caché ses racines toute son enfance ; Et pour cause : il vient d’apprendre que son grand-père n’est autre que Sam Cayhall, un condamné à mort très médiatique de 70 ans dont la date d’exécution vient d’être fixée, 23 ans après le crime présumé. En effet, c’est en 1967, en période de pleine expansion du Ku Klux Klan, qu’une explosion visant l’immeuble vide d’un travailleur juif a explosé avec retard et tué deux enfants.

 

Sam est apparemment coupable. Il est en tous cas le coupable idéal car toute sa famille appartenait par tradition au KKK. Mais est-il l’auteur et instigateur de ce crime, ou seulement le complice d’un acte de vandalisme qui a mal tourné ? 

Adam a beau être révulsé par cette partie de sa famille et de son passé, il ne peut rester indifférent au meurtre programmé de son grand-père : Il juge cette peine injuste (à cause du doute et du délai de condamnation), inhumaine (l’Etat va tuer son grand-père) et hypocrite (dans la mesure où il est justement condamné pour avoir tué alors qu'on a le droit de le tuer, lui...) : Bref, indigne d’une société qui condamne le crime tandis qu’elle le pratique elle même sous couvert de morale…

 

Mon avis :

 

Fort heureusement, ce roman n’est pas une énumération fastidieuse ni une bataille d’arguments juridiques sans fin. Un peu comme « Le dernier jour d’un condamné », de Victor Hugo, « Le couloir de la mort » est un plaidoyer humaniste contre la peine capitale - peut-être moins larmoyant, mais tout aussi efficace. L’auteur n’impose pas son avis, il laisse s’exprimer différents points de vue par le biais de ses personnages : Tantôt citoyens représentatifs de l’opinion publique d’un Etat à une époque donnée, fonctionnaires contraints d’appliquer la loi de l’Etat qui les emploit, prévenus contraints de la subir, ou encore avocats plaidant son abolition, tous servent un récit qui nous suggère l’inhumanité d’un assassinat légalisé.

 

 

D’autant que, si l’on peut comprendre (sans forcément cautionner) l’envie de vengeance d’une famille dans l’immédiat après-crime, comment peut-on justifier l’exécution d’un condamné 20 ans après son crime, comme c’est courant en pratique du fait des délais de la justice, des multiples appels possibles, etc…? Dans ce roman, vingt ans après ses crimes, la prison a fait de Sam un autre homme. La punition a déjà été la prison, et il est à présent un vieillard sur qui la « justice » s’acharne.

 

Durant tout le roman, nous suivons donc Adam dans sa course contre la montre visant à faire accorder à son grand-père un sursis, une grâce ou tout autre miracle. Mais l’auteur ne met pas l’accent sur ses requêtes juridiques : Il insiste plutôt sur le contexte d’une société qui applique encore cette peine tout en commençant à s’interroger sur ses bienfondés. Et plus on approche de la fin, plus le rythme s'accélère jusqu'au jour de l'exécution, pour savoir si Sam bénéficiera d'une grâce.

Au fil du roman, nous sentons l’évolution dans les sentiments du condamné et de son petit-fils : ce grand-père qui se révèlera finalement plus humain qu’on le pense et qui va subir une peine inhumaine, nous faisant apercevoir et ressentir tout le paradoxe et l’illogisme du système. Ce qu’il a de pervers. Car en l’occurrence, c’est aussi la société et le contexte politique qui ont fondé la personnalité de Sam et entrainé ses actes.

 

 

Surtout, on nous montre comment le gouverneur, qui dit avoir un doute sérieux sur la culpabilité de Sam, ne consent pas au sursis si ce dernier ne livre pas son complice. Pourtant, le principe fondamental du droit pénal n’est-il pas que le doute doit profiter à l’accusé ? Comment peut-on tuer quelqu’un légalement sans être sûr de sa culpabilité ? 

 

 

Ce récit rappelle finalement et en tout état de cause que, même s’il existe des façons d’exécuter plus « propres » que d’autres, un meurtre demeure un meurtre. Comment peut-on dans le même temps interdir le meurtre, et le commanditer ? Comment peut-on être crédible en invoquant la même  morale pour à la fois condamner le meurtre et l’autoriser ? Ces incohérences rendent incompréhensible et injustifiable la peine capitale.

 

En voulant sauver son grand-père d’une telle mort alors qu’au départ il le révulse, Adam met bien en valeur le fait que la morale, l'idée du bien ou du mal, existent et s'examinent dans l’absolu, c’est à dire au-delà des personnes, des actes et des lois, ces dernières étant amenées à évoluer sans cesse avec la société et ne la reflétant donc qu'à une période et en un lieu donné. La morale, quant à elle, est intemporelle et universelle : Si tuer est immoral, alors ça l'est pour tout le monde et en tous temps, y compris pour l'Etat. 

 

 

« On attacha les courroies autour des bras de Sam - deux pour chaque bras, deux également pour chaque jambe, emprisonnant le pantalon tout neuf - puis l’horrible serre-tête qui empêche le condamné de se blesser lorsque le gaz pénètre dans ses poumons. Voilà, les entraves sont bouclées, il n’y a plus qu’à attendre l’arrivée du gaz. Pas une seule goutte de sang versée. Rien qui ne puisse entacher ce crime parfait commis au nom de la morale. »

 

 

En bref, comme d’habitude, vous trouverez dans ce roman de John GRISHAM de très bonnes réflexions sur le thème, qui vous aideront peut-être à vous forger une opinion, à bousculer vos idées reçues ou, pourquoi pas, à vous pencher sur un sujet que vous ne jugiez pas prioritaire du fait de nos lois françaises actuelles.

 

Est-ce un thème qui vous préoccupe ? Connaissez-vous déjà l’auteur, aimez-vous ses oeuvres ?

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