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« Les eaux troubles du mojito » de Philippe DELERM - et autres gorgées de bière…

Le 28 September 2018, 12:55 dans Livres 5

 

De Philippe DELERM je n’ai lu que ces deux recueils, mais ils me font tous les deux penser à l’oeuvre d’un auteur dont je vous ai parlé récemment : « Histoires naturelles », de Jules RENARD. D’ailleurs, j’ai souri en lisant l’épigraphe « des eaux troubles du mojitos », que l’auteur a justement emprunté à Jules RENARD :

 

« Le bonheur serait de se souvenir du présent ».

 

C’est tout à fait l’esprit des livres que je vous présente aujourd’hui !

 

 

Comme Jules renard réalisait des instantanés en prose de la nature qui l’entourait, Philippe DELERM nous offre dans « la première gorgée de bière » le portrait de petits moments tout simples du quotidien, que tout le monde a pu vivre, voire même que plus personne ne remarque à force de les vivre : Ecosser des petits pois en faisant la conversation, commander une bière mais n’en savourer vraiment que la première gorgée, les autres ayant moins de goût ; recevoir un invité surprise, sentir l’automne arriver et attendre avec impatience de ressortir les gros pulls d’automne… Je ne résiste pas à l’envie de vous faire lire intégralement l’un de mes passages préférés, dans lequel l’auteur, pourtant homme, a si parfaitement capté et su exprimer mes propres ressentis :

 

« Le pull d’automne

C’est toujours plus tard qu’on ne pensait. Septembre est passé si vite, plein de contrainte de rentrée. En retrouvant la pluie, on se disait « voilà l’automne » ; on acceptait que tout ne soit plus qu’une parenthèse avant l’hiver. Mais quelque part, sans trop se l’avouer, on attendait quelque chose. Octobre. Les vraies nuits de gel, dans la journée le ciel bleu sur les premières feuilles jaunes. Octobre, ce vin chaud, cette moleste douce de la lumière, quand le soleil n’est bon qu’à quatre heures, l’après-midi, que tout prend la douceur oblongue des poires tombées de l’espalier.

Alors il faut un nouveau pull. Porter sur soi les châtaignes, les sous-bois, les bogues des marrons, le rouge rosé des russules. Refléter la saison dans la douceur de la laine. Mais un pull neuf : choisir le nouveau feu qui va commencer de finir.

Dans des tons verts ? Un vert d’Irlande, pois cassé, brumeux, whisky rugueux, sauvage et solitaire comme les champs de tourbe, l’herbe rase. Mais roux ? Il y a tant de rousseurs, chevelures ophélienne, désir de goûter comme avant, pain-beurre - pain d’épice, forêts surtout, rousseur du sol, rousseur du ciel, insaisissables odeurs de foires et bois, de cèpes et d’eau. Et grège, pourquoi pas ? Un pull à grosse mailles, à croisillons, comme si quelqu’un avait encore le temps de tricoter pour vous.

Un pull très grand : le corps va s’abolir, on sera la saison. Un pull en creux d’épaule, en espérant… Même pour soi, c’est bon, cette façon de jouer la fin des choses ton sur ton. Choisir le confort des mélancolies. Acheter la couleur des jours, un nouveau pull d’automne. »

 

Et d’un seul coup, en le lisant, on se rappelle ces moments et toutes les sensations qui l’accompagnent. On se rend compte qu’en réalité il y a bien une sorte d’universalité qui nous lie, ces petits instants vécus, volés, constituent des points communs entre nous tous. Et partager ces moments ensemble, même par le biais des mots de Philippe DELERM, les ramènent à la vie. Et plus ils sont désuets ou insignifiants, meilleur c’est ! Les souvenirs jaillissent, les ressentis sont presque palpables à travers les mots.

 

 

Avec « Les eaux troubles du mojito », Philippe DELERM remet ça avec les petites choses du quotidien. Adepte de ce cocktail, je ne pouvais que céder à l’appel de ce nouveau recueil de sensations, où j’espérais bien retrouver les miennes, exacerbées car partagées avec le reste du monde, avec Philippe DELERM, avec vous. Il sait nous rappeler ces sensations perdues, oubliées, enfouies - ou simplement ignorées, laissées pour insignifiantes ; alors qu’en fait, toutes ces petites choses sont l’essence même de la vie. A l’aide d’un mojito, vous vivrez vos derniers soirs d’été en compagnie de vos amis, tenterez de prolonger cette soirée sur la plage qui se rafraîchit, goûterez à la chair fraîche et rouge de la pastèque, observerez en secret cette femme qui se remaquille… se sait-elle observée ? Et danserez à un mariage alors même que vous ne savez pas danser ! Ces moments m’ont particulièrement touchée.

 

Même si, selon notre âge et notre vécu, tous les récits n’ont pas le même impact sur chacun d’entre nous (on se sent toujours plus concernés par certains récits que part d’autres), Philippe DELERM sait capter les choses simples avec une justesse qui leur rend toute leur importance. Tout le monde peut se reconnaître dans ses propos et se sentir plus vivant et connecté à ce et ceux qui l’entourent, après cette lecture. On en ressort à la fois nostalgique et souriant, compris et surpris de l’avoir été. Plus réceptifs à ces petits moments et petites choses que l’on néglige trop souvent. Nos sens sont exacerbés ; On est prêts pour ressentir de nouveau. Etre attentifs de nouveau à ce qui constitue, tout simplement, les petits bonheurs accessibles de nos vies.

 

« Oui, la vie est une comédie légère, avec des gags, beaucoup de ridicules sociaux et de la solitude. Oui, les gens se dévoilent et ne commencent à s’aimer qu’à la fin, comme dans les pièces de Marivaux. Oui, l’été se ressemble. Oui, le matin la vie est neuve ; si bonne à boire quand on se lève le premier. On marche, on regarde la mer, on attend le café. On fait son film. »

 

Je vous invite donc à découvrir ces albums de moments et petites choses du quotidien si vous ne les connaissez pas encore : Vous avez le choix, il en a écrit un certain nombre sur diverses thématiques.  Contrairement à mes craintes, je ne trouve pas que le premier était le meilleur : Chaque opus possède son charme, il y a tant de moment à partager, et il en faut pour tout le monde ! C’est l’occasion de faire le plein d’instantanés, de petits bonheurs du quotidiens, des petits riens auxquels on ne prête pas ou plus attention et qui sont remis à l’honneur. L’auteur nous réapprend à écouter nos sensations, ne pas fuir la nostalgie, ne pas cesser de regarder, de ressentir, même les plus petites choses ou les plus banales et partagées ; Car ce sont justement elles qui font la vie, et ces petits points communs nous relient.

 

Avez-vous un passage préféré de ces livres ?

 

Ou si vous ne les avez pas lus, quelles sont les petites sensations toutes simples du quotidien que vous aimeriez partager ?

« Histoires naturelles » de Jules RENARD : L'art du portrait... en prose !

Le 20 September 2018, 19:36 dans Livres 11

Après avoir exploré certains aspects de la photographie à travers le roman de cette rentrée littéraire "A son image" de Jérôme FERRARI, je me suis souvenu avoir fait l'expérience de certains portraits plus vrais que nature par un autre biais que la photographie : La prose ! Avez-vous jamais lu ce court classique, par l’auteur de Poil de carotte ? Si ce n’est pas le cas, sachez qu’il est lisible gratuitement sous format e-books, soit directement sur la page internet, soit en le téléchargeant sur votre ordinateur pour le lire au calme plus tard.

 

 

Il ne s’agit pas d’un roman, mais plutôt de portraits de la vie quotidienne, qu’ils représentent les animaux et la nature qui nous entourent, ou même quelques sensations, moments innocents, habituels, qui passent et se répètent sans même qu’on les voient, et qui pourtant font le sel de la vie, sa base, son cadre, sa toile de fond : Vite rentrer les foins avant qu’il ne pleuve, regarder les pigeons se mouvoir, imaginer ce qui se passe dans la tête d’un cygne, etc…

 

« Le cygne

Il glisse sur le bassin, comme un traîneau blanc, de nuage en nuage. Car il n’a faim que des nuages floconneux qu’il voit naître, bouger, et se perdre dans l’eau. C’est l’un d’eux qu’il désire. Il le vise du bec, et il plonge tout à coup son col vêtu de neige.

Puis, tel un bras de femme sort d’une manche, il retire.

Il n’a rien.

Il regarde : les nuages effarouchés ont disparu.

Il ne reste qu’un instant désabusé, car les nuages tardent peu à revenir, et, là-bas, où meurent les ondulations de l’eau, en voici un qui se reforme.

Doucement, sur son léger coussin de plumes, le cygne rame et s’approche...

Il s’épuise à pêcher de vains reflets, et peut-être qu’il mourra, victime de cette illusion, avant d’attraper un seul morceau de nuage.

Mais qu’est-ce que je dis ?

Chaque fois qu’il plonge, il fouille du bec la vase nourrissante et ramène un ver.

Il engraisse comme une oie. »

 

La première fois que je l’ai lu, j’ai été subjuguée par la justesse des propos de l’auteur et la beauté des tournures de phrase. Depuis, il m’arrive de le relire régulièrement pour le plaisir capter de nouveau l’essence des choses qui m’entourent, comme si c’était la première fois. Toute une époque derrière ce phrasé, et pourtant toujours autant d’actualité, beaucoup de légèreté, une élégante évidence derrière chaque portrait. Voyez plutôt par vous-mêmes :

 

« Tous ces pigeons, qui d’abord amusent, finissent par ennuyer.

Ils ne sauraient tenir en place et les voyages ne les forment point.

Ils restent toute la vie un peu niais. Ils s’obstinent à croire qu’on fait les enfants par le bec.

Et c’est insupportable à la longue, cette manie héréditaire d’avoir toujours dans la gorge quelque chose qui ne passe pas. »

 

 

C’est tellement ça, n’est-ce pas ? Je suis sûre que tout le monde VOIT quels gestes, bruits, stéréotypes, Jules RENARD est en train de décrire ! Il a ce regard du photographe, du peintre, ou même du caricaturiste, qui sait capter le récurent, saisir les manies, isoler ce qui différencie une espèce d’une autre, une personne d’une autre, un moment d’un autre, et le faire jaillir, éclatant, plus vrai que nature. Sous nos yeux ébahis l’image se matérialise aussitôt derrière les mots. Et en plus ? C’est poétique, une douce rêverie qu’il nous offre.

 

« Les chauves-souris : Filles de la nuit, elles ne détestent que les lumières, et, du frôlement de leurs petits châles funèbres, elles cherchent des bougies à souffler. »

 

C’est une lecture que je vous invite à prendre le temps de savourer pour vraiment visualiser les portraits, qui se précisent mots après mots. Comme chaque portrait est court, on peut en lire un par-ci, puis un par-là plus tard, revenir sur l’un devant telle situation, ne choisir que ceux qui nous parlent à un moment donné et se réserver les autres pour plus tard. Jules RENARD excelle dans ces mini portraits faits sur le vif.

 

« Les yeux du chasseur d'image lui servent de filets où les images s’emprisonnent d’elles-mêmes. »

 

 

Avec lui, tout coule de source, c’est plein de vie, à la fois imagé, spontané et poétique, bien tourné, mais jamais artificiel. Je suis sûre qu’on peut chacun y trouver une expérience qui nous parle particulièrement, mais aussi prendre plaisir à découvrir ou replonger dans certains portraits d’antan.

 

« L’écureuil : Leste allumeur de l’automne, il passe et repasse sous les feuilles la petite torche de sa queue. »

 

« L’âne, le lapin devenu grand. »

 

En peu de mots, tout est dit… Et tellement bien dit que, même si certains passages me parlent moins que d’autres, j’ai eu du mal à n'en sélectionner que quelques-uns. Pourtant, j’ai quelques favoris. Notamment celui-ci :

 

« Le ver luisant : Cette goutte de lune dans l’herbe !

Que se passe-t-il ? Neuf heures du soir et il y a encore de la lumière chez lui.»

 

Allez je suis curieuse, quel est votre passage préféré ? Si ce n’est déjà fait, allez jeter un oeil et revenez me dire !

« A son image » de Jérôme FERRARI : Le roman qui réfléchit la photographie

Le 14 September 2018, 05:51 dans Livres 9

J’ai été immédiatement séduite par le thème de ce livre car j’aime beaucoup la photographie. Elle permet de voir le monde différemment en s’attardant sur des détails, d’offrir notre vision aux autres, de conserver des souvenirs de moments précieux, elle peut encore témoigner, prouver, dénoncer, faire rêver, etc… Et dans toutes ses fonctions paradoxales, et les sentiments divergents qu’elle peut nous faire ressentir, elle est fascinante. On est à la fois heureux de garder une image d’un moment ou d’une personne importante, tout en étant nostalgique à la vue d’une photo. Car on est conscient que ce moment n’est plus. La photo, c’est le passé. Elle fixe l’existence de ce qui n’est déjà plus, le temps d'un arrêt sur image, elle tente d'arrêter le temps… On capture des moments  en train de mourir et, du fait de son rapport à l’éphémère, à l’instant, la photographie a un rapport étroit avec la mort. Mais elle peut aussi nous rappeler de vivre. 

 

 

« Sur les photographies, les vivants mêmes sont transformés en cadavres parce qu'à chaque fois que se déclenche l'obturateur, la mort est déjà passée ».

 

« A son image », de Jérôme FERRARI est un roman qui, tout en racontant l’histoire d’Antonia, photographe de métier, s’interroge sur ce rôle de la photographie, qui prend une place de plus en plus importante dans nos vies. Depuis toute petite, et sans qu’elle parvienne à analyser pourquoi, Antonia est fascinée par les photographies de famille. Très jeune, son parrain prêtre lui offre son premier appareil argentique grâce auquel elle va s’entraîner à cet art auprès de ses proches.  A chaque réunion de famille, elle fait des portraits des gens seuls ou en réunion. Hormis la technique du cadrage, de l’exposition, de la composition, Antonia s’interroge face au résultat de son travail. Elle n’est jamais totalement satisfaite sans vraiment comprendre pourquoi.

 

« Il fallait reconnaître que la plupart des instants ne méritaient guerre d’être arraché à leur caducité ». 

 

Je ne peux qu’approuver cette réflexion avec l'avènement du numérique, lorsque je regarde l’inflation de photos stockées sur mon téléphone. Sont-elles toutes sinon indispensables du moins utiles ? Je suis sûre que non… Par ailleurs, Antonia se rend compte que les portraits qu’elle réalise ou les instants qu’elle fixe ne reflètent pourtant pas toujours les personnes qu’ils représentent. Parce qu’en choisissant de les photographier à certains moment, Antonia donne au portrait un sens qui n’existait pas forcément. 

 

« Ses photos souffraient toujours d’un excès ou d’un déficit de signification ».

 

Peut-être aussi parce le réel, la vérité, n’existe pas vraiment : Regarder quelque chose, c’est déjà l’interpréter avec notre sensibilité, notre vécu, notre façon de penser, de percevoir qui nous est propre. A cela s’ajoute le choix de ce qu’on montre ou pas sur la photo : cadrage, composition, lumière, etc… Tout cela fait qu’une photo n’est pas une vérité absolue mais la façon dont le photographe voit les choses. Et si j’aime cet aspect de la photographie, Antonia demeurait insatisfaite.

 

« Ses images manquaient d’innocence. Elles ne se contentaient pas d’accueillir la trace candide de l’instant mais s’inscrivaient, sans qu’Antonia comprît pourquoi, dans tout un réseau, bavard et solennel, d’interprétations superflues, peut-être mensongères. »

 

 

Son parrain étant prêtre, nous profitons également d’un rapprochement d’idées entre la représentation des icônes religieuses, qui sont des images, et l’art de la photographie.

 

« Le Christ lui-même est contrefait. C’est sans importance. Le regard ne s’appuie sur les images que pour les traverser et saisir, au-delà d’elles, le mystère éternel et sans cesse renouvelé de la passion. Mais la photographie ne dit rien de l’éternité, elle se complaît dans l’éphémère, atteste de l’irréversible et renvoie tout au néant.

 

Par un beau matin ensoleillé, Antonia se laisse éblouir par le soleil et meurt dans un accident de voiture.

 

« Tu ne feras pas d’idole, ni aucune image de ce qui est dans les cieux en haut, ou sur la terre en bas, ou de ces qui est dans les eaux sous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant eux, et ne les serviras pas. - Il n’avait pas écouté la parole, et voici qu’à cause de lui sa filleule avait servi des idoles qui l’avaient terrassée. »

 

A son enterrement, chacun se remémore les bribes de moments clés passés avec Antonia qui donnent au lecteur une mosaïque « à son image ». Comme les photographies qu’elle prenait, il est probable qu’aucun portrait fait par les autres ne la reflète totalement ; mais chacun à sa manière la reflète en partie, chacun nous offre un panel de pixels qui contribue à reconstituer un portrait à son image, à nous rapprocher de l’essence de son être, sa vérité. En découvrant l’image que chacun a gardé d’elle, on reconstitue son portrait tout en s’interrogeant avec elle sur le sens de la photographie, au fur et à mesure qu’elle progresse elle-même dans sa pratique et dans son métier. 

 

« Peut-être a-t-il fini par se dégoûter de ces images qui n’égaleront jamais la peinture parce que, finalement, ce n’est pas en tant qu’art que la photographie donne la mesure de sa puissance ».

 

Poursuivant sa passion pour la photo, et sa quête de la photo parfaite, celle qui se rapprocherait au plus près de la vérité de l’instant qu’elle souhaite si ardemment capter, Antonia était devenue journaliste. Elle débute dans un journal local où elle a l’impression que ce qu’elle montre est inutile (tournoi de pétanque, réunion des nationalistes corses qu’elle perçoit comme de la mise en scène qu’elle ne ferait que répercuter, etc…). Puis, cherchant à donner du sens à ses photographie, elle part dans les pays en guerre.

 

« Elle lui parle des photos qu’elle a prises. Du choc qu’elles vont certainement provoquer si elles sont publiées. Il essaye de la détromper gentiment. Aucune photo, aucun article n’a jusqu’ici provoqué aucun choc, si ce n’est peut-être le choc inutile et éphémère de l’horreur ou de la compassion. Les gens ne veulent pas voir ça et s’ils le voient, ils préfèrent l’oublier. Ce n’est pas qu’ils soient méchants, égoïstes ou indifférents. Pas seulement, du moins. Mais c’est impossible de regarder ces choses en sachant qu’on ne peut strictement rien y changer. On n’a pas le droit d’attendre ça d’eux. La seule chose qui est en leur pouvoir, c’est détourner le regard. Ils s’indignent. Et puis ils détournent le regard. »

 

Si elle pensait au départ pouvoir saisir la vérité de l’être dans une photo, toute vérité est-elle pour autant bonne à dire ? A montrer ? A dénoncer ? Est-ce un devoir de montrer ce qui existe, même quand il s’agit de ce que l’homme fait de pire, afin que personne ne puisse ignorer et rester passif ? Ou est-ce obscène de montrer des situations à des gens qui n’ont pas le pouvoir de les changer ? L’obscène est-il dans la photographie ou dans le fait que ce que montre la photo existe ?

 

« Que cette photo soit obscène, c’était indiscutable pour Antonia, comme ce devait être également indiscutable pour Kevin C lui-même et c’était sans doute la raison pour laquelle il l’avait prise, afin que nul ne puisse prétendre ignorer l’obscénité du monde dans lequel il consentait à vivre. »

 

L’auteur, sans jamais imposer son point de vue ni celui des personnages, nous encourage au moins à y réfléchir à l’aide de situations concrètes, d’arguments contraires, d’influences diverses (religions, vécus, etc…).

 

« Elle se sent de plus en plus mal à l’aise avec l’idée que les photos qu’elle a prises aujourd’hui pourraient être publiées. Même si un magazine les acceptait, elle ne voudrait pas que des yeux étrangers puissent se poser avec curiosité ou indifférence sur le désastre complet dont elle a aujourd’hui été témoin. Ce désastre, elle ne veut pas le dupliquer. »

 

Au total, j’ai trouvé dans ce livre une plume riche, sensible et généreuse comme je les aime, un auteur philosophe qui a guidé ma réflexion sur un thème toujours d’actualité, et beaucoup d’émotions venant du récit et des personnages.


Edit : A la réflexion, il m'a rappelé un ancien coup de coeur : "Otages intimes" de Jeanne BENAMEUR, que je vous recommande pour plume à fleur de peau comme je les aime.

 

Que ce soit pour le roman en lui-même, la plume, ou les réflexions qu’il a le mérite d'initier sur un thème qui nous concerne tous plus ou moins, je suis contente d'avoir découvert Jérôme FERRARI à l'occasion de cette rentrée littéraire. 

 

Est-ce que vous vous intéressez vous aussi à la place de la photographie dans nos vies ?

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