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« Dans la ville en feu » (Michael CONNELLY) : Cold case

Le 4 novembre 2016, 08:52 dans Livres 16

Lorsque j’ai lu « Six jours » de Ryan GATTIS, qui raconte les règlement de compte entre gangs pendant les émeutes de 1992 à Los Angeles, on m’a conseillé de lire ce roman "Dans la ville en feu", de Michael CONNELLY : Il raconte un autre aspect de ces six jours durant lesquels la ville était à feu et à sang. 

 

 

L’inspecteur Harry Bosch est appelé sur l’une des nombreuses scènes de crime de cette période, qui se multiplie tant tout le monde profite du chaos pour régler ses comptes. En effet, les forces de l’ordre n’ont pas les moyens d’enquêter sur les crimes commis durant ces émeutes puisqu’ils sont sur tous les fronts. Le rôle de l’Inspecteur Bosch est donc de figer la scène de crime autant que possible, c’est à dire en l’occurrence de manière très imparfaite, pour qu’une fois les émeutes terminées, ces collègues puissent démarrer l’enquête.

 

Le meurtre qui nous occupe est celui d’une journaliste danoise dont les derniers reportages visaient des militaires de l’opération « tempête du désert ». Ce crime ne sera jamais résolu du fait des émeutes et, 20 ans plus tard, on demande à Bosch de reprendre cette affaire dans le cadre de sa nouvelle affectation aux cold cases. Il doit alors tout reprendre à zéro, compulser les notes des précédents enquêteurs et les comparer avec ce dont lui se souvient de la scène de crime de l’époque, réinterroger chaque piste et chaque proche de la victime, dont la mémoire a également pris 20 ans. Etait-ce juste une femme au mauvais endroit ? A-t-elle été tuée dans le cadre de ses reportages ? Est-ce un dommage collatéral des émeutes ou un meurtre qui n’a rien à voir ? Heureusement, l'Inspecteur Bosch ne laisse passer aucune coincidence et n'écarte aucune piste, même si cela doit lui attirer les foudres de sa hiérarchie...

 

« On dit que le travail des forces de l’ordre est 99% pur ennui et 1% moments de haute intensité avec adrénaline qui hurle et questions de vie et de mort pour conséquences. Bosch ne savait pas si c’était le cas de ce qu’il venait de découvrir, mais l’intensité du moment ne lui échappait pas. »

 

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Depuis le temps qu’on me parlait de cet auteur, je suis ravie de l’avoir enfin découvert et, qui plus est, avec un roman sur cette période qui se prête vraiment aux intrigues en tout genre.

 

J’ai beaucoup aimé le personnage principal d’Harry, qui est apparemment récurrent chez l’auteur. J’ai apprécié également le déroulement de l’enquête : son rythme, ses personnages multiples mais pas trop nombreux, ses époques à explorer, ses lieux à connecter jusqu’à ce qu’enfin tout prenne forme.

 

Je comprends le succès de cet auteur car c’est une lecture qui roule vraiment bien : Tout se déroule bien pendant la lecture, tout est bien dosé : l’action, le timing, la place de chacun dans l’histoire… Si vous aimez les romans policiers et qu’en plus la période vous tente, n’hésitez pas ! 

 

A-t-il écrit d’autres romans qui vous ont marqués ? Est-ce que certains d’entre vous, comme moi, ne connaissaient pas cet auteur mais voudraient le découvrir ?

 

« Déserteur » (Boris BERGMANN) : La guerre des drones

Le 28 octobre 2016, 07:12 dans Livres 6

Le narrateur, un jeune prodige parmi les hackers, vient d’être recruté par l’armée pour programmer des drones. Il permet à l’armée de combattre efficacement l’ennemi tout en évitant à nos soldats français d’aller se faire tuer sur le  terrain ; Les drones, pilotés par nos soldats à l’abri et loin de la guerre, se chargent de repérer l’ennemi puis de l’abattre. Sur le papier, tout semble propre, net, et surtout efficace. C’est aussi ce que pense le narrateur (« Pourquoi en vouloir à une machine qui prend tous les risques, même celui de mourir, à notre place ? »), qui méprise la crainte des soldats à l’encontre de machines qu’il croit pouvoir contrôler de son simple clavier. Jusqu’à ce qu’il côtoie de plus près ce monde où les drones prennent de plus en plus d’importance…

 

 

Son journal de bord nous éveille alors au revers de la médaille : Envoyé dans un désert du Proche-Orient pour s’occuper des drones, le narrateur constate que les soldats ont petit à petit été privés de leur rôle, des batailles pour lesquelles il se sont engagés : Ce sont les drones qui combattent l’ennemi sur le terrain, tandis que les soldats ont pour mission principale de veiller sur les locaux où ils sont précieusement entreposés. L’aversion des soldats pour les drones devient difficile à canaliser… A moins d’utiliser les drones eux-mêmes pour cela. Mais du coup, les soldats auraient-ils raison de se méfier de ces robots bourdonnants ? Car ils sont bien placés pour savoir comment ils opèrent et combien ils sont efficaces, vous épient et ne vous laissent aucune chance.

 

« Avant, le soldat qui tuait acceptait d’être tué. Il était bourreau et victime à la fois. Le drone n’est que bourreau. Caché derrière lui, le soldat tue mais n’est jamais tué. »

 

Dans le même temps, le narrateur se rend compte que ses programmes sont modifiés pour certains drones, qui semblent avoir une existence propre. Plus agressifs, plus menaçants, les drones deviennent lentement mais sûrement l’ennemi à abattre, le robot qui menace l’Homme et plus seulement les combattants adverses, ciblés. Et la paranoïa s’installe… 

 

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J’ai bien aimé que le thème classique de la machine qui se retourne contre son créateur, alors même qu’il est sensé être le génie le plus à même de le contrôler, nous soit proposé à partir de technologies que l’on utilise actuellement. L’Homme demande au drone de tuer à sa place mais, en s’épargnant, il se désengage. En se désengageant, il tue plus facilement d’un côté, mais se sent inutile et lâche de l’autre. Et quand on se rend enfin compte que le système dérive, peut-on le quitter ? Ou bien est-il trop tard, les machines décidant déjà pour nous de ce que nous pouvons faire et ne plus faire ? Comment fuir cette guerre lente et inactive, enlisée ? Aucune rebellion ne semble possible : Les drones sont là, qui veillent sur leurs troupes…

 

Au delà de la question des guerres « dématérialisées », la plume directe et percutante de Boris BERGMANN nous incite à réfléchir plus largement sur la place que prennent les avancées technologiques dans nos vies et notre avenir : Saurons-nous garder le contrôle ?  Abordons avec prudence ce que nous prenons pour un progrès, mais qui entrave toujours un peu plus nos libertés et notre humanité. Son scénario n’est pas poussé à l’extrême et c’est un thème classique. Mais il est implacable, offre une piqûre de rappel moderne et peut-être un point de vue nécessaire.

 

« Aujourd’hui, on manque de déserts au centre de nos vies et de nos villes, où même la nuit, ultime no man’s land, a été régulée, avortée de ses imprévus, de sa liberté. Le désert recule chaque jour un peu plus et personne ne peut mesurer la gravité de cette perte. »

 

Le fait que le message émane d’un informaticien convaincu renforce le propos de l’auteur. Surtout, ce qui est intéressant dans ce roman est le glissement, net mais progressif, du point de vue du narrateur : De l’informaticien convaincu ironisant sur les soldats « à l’ancienne » qui revendiquent le droit de retourner se faire tuer, il devient celui qui les comprend en vivant à leurs côtés, puis il se rend compte que la machine peut lui cacher des choses à lui aussi, et enfin qu’elle peut être incontrôlable même par lui et donc néfaste pour l’Homme.

 

« La soumission doublement pathologique - boulimique et aveugle - à la technologie est un déni de volonté. Elle prive d’acte donc d’honneur. On se désengage par les drones, on leur laisse le monopole de la peur. l’ennemi n’est pas celui que l’on croit, l’ennemi c’est le drone en soi. C’est pour ça qu’il a déserté : pour retrouver l’action. Il a déserté en lui pour éprouver qu’il revivra. »

 

Boris BERGMANN parvient très bien à rendre cet effet avec une écriture imagée, acérée, et un sens de la formule réjouissant. C’est pourquoi, malgré une fin un peu romanesque, je suis ravie de l’avoir découvert grâce aux masses critiques de Babelio et aux éditions Calman-Lévy.

 

« Six jours » (Ryan GATTIS) : Roman choral au coeur des émeutes de 1992

Le 6 octobre 2016, 21:44 dans Livres 4

« Partout dans le monde, les gens sont persuadés que Los Angeles est une ville de Blacks en colère, une ville de pyromanes et de gangs. Ces gens-là pensent sûrement que ce qui est arrivé à Rodney King était un événement isolé ; ils ignorent que chacun connaît un Rodney King dans son quartier, quelqu’un que les flics ont tabassé pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Pas nécessairement black, d’ailleurs. Il peut très bien avoir eu juste la peau basanée ».

 

Moi qui pense souvent, en lisant l’actualité, que l’on prend tous les prétextes pour accuser les forces de l’ordre sans prendre en compte leurs difficultés et leurs vies, tout en voulant bien croire qu’ils jouent parfois aussi les cowboys et profitent possiblement dans certains cas de corruption… j’ai succombé au thème difficile de ce roman, qui sonne étrangement d’actualité. Il prend pour point de départ une date historique pour les Américains, le 29 avril 1992, alors que des policiers ayant passé à tabac un jeune Noir sont acquittés par un jury populaire. 

 

 

Durant six jours, cet acquittement enflamme la population au sens littéral : La communauté noire manifeste, créant de violentes émeutes à Los Angeles. Les gangs notamment mexicains, qui règnent en maîtres dans les bas quartiers, profitent du fait que les policiers soient trop occupés par les émeutes pour régler leurs comptes en toute impunité : Ils pillent, tuent en masse, trafiquent armes et drogue plus que jamais. 

 

La population de Los Angeles vit alors au Far West, certains civils prennent les armes et organisent des milices pour se défendre, et des militaires seront envoyés par l’Etat pour tenter de montrer aux gangs qui est le plus fort… Tout cela risque bien de finir dans un bain de sang et, en tous cas, de marquer à jamais l’Amérique.

 

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C’est un roman superbe que nous offre Ryan GATTIS, en greffant son scénario sur des faits bien réels, nous rappelant alors comme l’Histoire peut tristement se répéter. Et même si les gangs ne sont pas un milieu qui m’est familier, j’ai été transportée par la narration !

 

Ce qui donne toute sa force au roman, c’est qu’il est raconté par des protagonistes au coeur de l’action : Chef de gang, dealer, pompier, infirmière, militaire, civil prenant les armes pour se défendre, etc…

 

L’auteur ne prend parti ni pour ou contre les policiers - dont au final nous ne saurons pas vraiment si leurs violences étaient volontaires ou nécessaires dans le feu de l’action - ni pour ou contre les gangs. Mais il parvient extraordinairement bien à nous faire pénétrer cet univers à travers les pensées, les mots, les actions et exactions commises par chacun de ses personnages

 

Le plus touchant pour moi a été le pompier, mais l’auteur a réussi à me faire aimer chacun de ses personnages à divers degrés, jusqu’aux chefs de gang que nous côtoyons de près. En découvrant leurs histoires, on apprend à les connaître et à voir que bien souvent ils sembleraient presque fréquentables dans d’autres circonstances : L’appartenance au gang est souvent apparue comme une obligation pour se protéger et protéger les siens. La plupart d’entre eux meurt avant de mûrir, certains adultes ont apparemment pu s’en sortir et tentent de mettre en garde les plus jeunes qui, très tôt, sont amenés à se droguer et commettre des meurtres, les maquiller, se faire remarquer par les chefs.

 

Cet univers particulier est rendu abordable et même extrêmement humain par la narration de Ryan GATTIS. C’est une performance marquante : Je relirai cet auteur si ses thèmes me parlent, c’est obligé ! En attendant, j’ai entendu parler du livre de Mickael CONNELLY (Dans la ville en feu) qui aborde les enquêtes des policiers sur les crimes réalisés durant ces mêmes émeutes : je vais donc le lire pour voir un autre point de vue. Vous connaissez l’un de ces romans ?

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