J’ai été immédiatement attirée par ce roman dès sa sortie cette année, mais au vu du nombre de livres dans ma PAL et du fait qu’il contient quand même 970 pages, je me demandais s’il valait le coup que j’investisse… La réponse est oui, j'ai bien fait de craquer ! Déjà pour le scénario : J’aime beaucoup l’idée de suivre plusieurs personnages apparemment sans lien, jusqu’à la nuit d’un nouvel an où une jeune fille se fait tirer dessus dans Central Park ; Alors seulement on entraperçoit que, finalement, tous ces gens pourraient bien être liés d’une manière ou d’une autre. Mais si ce roman sonne comme un policier, son intrigue n'est en réalité qu'un prétexte à nous faire pénétrer la société new-yorkaise des années 70 dans toute sa splendeur et sa décadence.

 

 

Il faut dire que la plume de Garth Risk Hallberg fait la majeure partie du bouleau en nous transportant littéralement dans l’espace et le temps : Il nous immerge dans cette ville immense parmi la multitude de personnages et de milieux sociaux, allant de la famille la plus riche dont tous les hommes se nomment William Ier, II, III etc, en passant par la communauté noire, les Hell’s Angels, les punks rockers, les artistes, les gays, les drogués, les artificiers, et mêmes une sorte de société plus ou moins secrète de post-humanistes, qui voudrait changer l’ordre établi de la société par des moyens plus ou moins réalistes. Mais ces milieux sont-ils aussi hermétiques qu’ils en ont l’air ? Bien-sûr que non : ils sont tous reliés par cette ville qui les transcende.

 

L’auteur nous plonge tellement facilement dans la vie de chaque personnage ou groupe de personnages, en nous abreuvant de détails et d’anecdotes présentes et même passées, que nous cherchons en vain ce qui les lie à la tentative de meurtre dans le parc. Le motif est-il la drogue ? Le hasard ? Un secret de famille ? L’argent ? La police galère autant que nous mais pour les raisons inverses : Elle n’en sait pas assez sur la vie très privée de la victime… Heureusement, un journaliste amené à fouiner un peu partout pour un article commence à relier des événements entre eux… Mais il mourra dans des circonstances troublantes, laissant simplement ses notes personnelles. Rassurez-vous, celles-ci tomberont entre vos mains, et il ne vous restera plus qu’à booster vos neurones pour tenter de trouver le fin mot de l’histoire !

 

Car c’est le troisième atout de ce roman : L’auteur y a inséré des bribes de documents tombant entre les mains de divers personnages, afin que nous vivions un peu plus l’histoire. Et ça fonctionne à merveille ! Le contenu des documents aide vraiment à comprendre le contexte et à le vivre de plus près, et la forme aide à entrer dans la peau des personnages et à mieux visualiser l’époque. Ca permet de comprendre bien des choses sur les gens que nous côtoyons dans ce roman, et de manière divertissante.Et nous en avons bien besoin parce que 1977 fut l’année du blackout de New York, et vous pouvez me croire le lecteur est un certain temps aussi dans le noir le plus total !!

 

 

Au final, j’ai beaucoup aimé rechercher dans les vies de chacun les indices de ce qui a pu se passer et me perdre dans mes théories, mais j’ai surtout aimé me plonger dans l’univers de cette ville et la multiplicité de ces habitants, de ses ambiances. Et moi qui aime les fins clairement achevées et propres, j’ai pourtant aimé le joyeux bordel de celle-ci, qui reflète bien la réalité : La plupart du temps, on ne sait pas comment finissent les gens, on imagine simplement la direction que peut prendre leur vie quand on finit par les perdre de vue. On obtient la réponse principale mais pour le reste… A vous d’imaginer en fonction des milliers de détails accumulés durant cette lecture bien fournie : Il n'existe pas qu'une seule fin explosive comme je l'attendais un peu paresseusement sûrement, mais bien autant de fins que de personnages ce qui, a posteriori, semble plus réaliste ! 

« Car si les faits indiquent quelque chose, c’est que la ville unique et monolithique n’existe pas. Ou si elle existe, elle est la somme de milliers de variations qui toutes rivalisent pour occuper le même lieu géographique.»

Est-ce que cette immersion vous tente ? Aimez-vous cette période, ces ambiances ?