Emma a 14 ans et une vie de famille un peu compliquée : Son père est en prison, sa mère travaille trop et Emma souffre de l’absence de son frère. Alors lorsqu’une camarade de collège se moque du fait que son père soit en prison, elle la tabasse. Gravement. Pour son geste, elle doit comparaître devant le Juge des Enfants ; Ca tombe bien Emma espère bien aller en prison, pour retrouver son père qu’elle ne peut croiser qu’au parloir tous les 15 jours. Mais bien sûr, les mineurs ne sont pas enfermés avec leurs parents. De plus, la Juge milite pour la réinsertion des jeunes plutôt que pour leur enfermement, qui n’aurait pour effet que de leur faire côtoyer des jeunes encore plus dangereux.

 

 

Ainsi, elle condamne Emma à une peine... D’écriture ! Pour l’aider, un Educateur est sensé lui faire prendre conscience de ses sentiments par l’écriture, comme une sorte de thérapie. Mais ces mesures expérimentales sont sur la sellette car mal vues par le Procureur : Celui-ci veut des résultats pour pouvoir affirmer qu’il protège bien la société. Emma et les autres jeunes bénéficiant du programme devront donc très vite donner des preuves de leurs progrès. Heureusement, l’Educateur sait s’y prendre avec les jeunes rebelles : Il les aide et les fait se rencontrer afin de créer des liens, les resocialiser. Petit à petit, les carapaces tombent, nous assistons à la métamorphose en pouvant suivre le cheminement d’Emma puisque le roman n’est autre en fait… Que la prose qu’elle est sensée écrire en guise de peine.

Ce roman de société a beau être classé jeunesse, il m’a énormément plu et intéressée, je l’ai trouvé très instructif : Il donne à réfléchir sur le thème de l’importance de l’éducation, de l’attention que l’on porte aux enfants, de la socialisation. Mais aussi sur l’importance de rechercher, le cas échéant, des peines utiles à leur infliger, par opposition aux peines qui, certes, soulageront peut-être les victimes au moment du verdict, mais ne résoudront aucunement le problème de l’enfant et, pire, l’agraveront pour mettre la société encore plus en péril. C'est une réflexion en douceur sur le système judiciaire adapté aux jeunes, un roman divinement écrit et, chose remarquable,  par deux auteures : Sylvie Bussier et Pascale Perrier qui ont relevé le défi haut la main.

« Pourquoi ce thème ? A notre avis, la prison va souvent à l’encontre de son objectif – elle détruit plus qu’elle ne répare, en particulier les jeunes. Et puis, d’une certaine manière, nous aussi nous sommes condamnées à écrire, dans la mesure où l’écriture est non seulement notre métier, mais elle est aussi nécessaire à notre équilibre. La création comme vecteur d’équilibre et de connaissance de soi, tel était notre fondement de base. 

Puissions-nous trouver, chacun, les mesures de réparation qui nous conviennent ; puissions-nous, chacun, donner le meilleur de nous-même, apaisés et ouverts»

Une lecture rapide et instructive, ça vous tente ?