Nell et Eva sont deux soeurs bientôt majeures qui vivent avec leurs parents "Dans la Forêt". L’une vit pour la danse, l’autre dévore les livres en vue de ses études pour Harvard. Le reste du temps, elles le partagent comme les jeunes de leur âge entre réseaux sociaux et fêtes arrosées dans le centre ville. Encore insouciantes, elles ne sentent pas le basculement qui s’opère au sein de leur civilisation : pannes d’électricité à répétition, manque de carburant récurent… Persuadées que les techniciens et le gouvernement vont par régler le problème, elles s’adaptent petit à petit sans s’affoler : Avec leur parents, qui semblent voir clair dans ce qui arrive, elles font plus de provisions pour moins de déplacements, optimisent les heures baignées de lumière naturelle et d’électricité, et aménagent le reste du temps.

 

 

 

« Bien que les prédictions des Fondamentalistes d’Armageddon se fussent intensifiées, (...), chez la plupart des gens régnait une étrange impression de gaieté, une sorte de soulagement secret (...). Nous ne pouvions nous empêcher d’être saisies d’une étrange exaltation à l’idée que quelque chose hors de notre portée fût suffisamment puissant pour détruire l’inexorabilité de notre routine. »

 

Mais un beau jour il faut se rendre à l’évidence : L’électricité ne reviendra plus, leur mère meurt d’un cancer, elles n’ont plus d’essence pour retourner en ville faire les courses ou obtenir des nouvelles… Et leur père décède dans un accident. A présent, elles sont seules dans les bois, isolées du reste du monde, sans nouvelles de ce qui se déroule dans le reste du pays. Sans relâche, Eva danse sans musique et Nell étudie sans électricité. Elles gardent l’espoir qu’un jour, tout redeviendra comme avant et que, ce jour-là, elles seront au niveau. C’est ce qui les fait tenir, jusqu’à ce qu’elles se rendent compte que, peut-être, cette vie est finie pour toujours. Il faut alors trouver de nouveaux repères, de nouveaux buts, une nouvelle raison de survivre, et de continuer à se battre.

 

Car les jours défilent et aucun secours n’arrive. Eva et Nell doivent se débrouiller toutes seule dans une situation extrême, se mettre d’accord et se supporter 24 heures sur 24 sans possibilité d’échappatoire ou d’arbitrage, économiser les réserves sans mourir de faim, et bientôt, chercher d’autres moyens de subsistance quand les réserves arrivent à bout. Et ça, c’est sans compter les bêtes sauvages, les pilleurs, les états d’âmes…

 

« Depuis que tout ça a commencé, nous avons attendu d’être sauvées, attendu comme de stupides princesses que nos vies légitimes nous soient rendues. Mais nous n’avons fait que nous berner nous-mêmes, que jouer un autre conte de fées.L’électricité ne sera jamais rétablie ici. Le téléphone ne sonnera plus jamais pour nous. Eva et moi continuerons de vivre ainsi jusqu’à notre mort, amassant et nous terrant et finalement mourrait de faim - si nous n’avons pas la chance d’être égorgées avant. »

 

*****

 

Ecrit en 1996, soit il y a plus de 20 ans, ce roman est plus que jamais d'actualité. J'en profite pour souligner le travail des éditions GALLMEISTER qui nous offrent toujours de jolis textes sous de magnifiques couvertures. Dystopie post-apocalyptique qui faisant réfléchir sur notre façon d’exploiter les ressources de la planète ? Redécouverte de l’état de nature et des modes de survivance plus naturel et simples ? Observation sur la société de consommation montrant qu’on peut survivre dans ce qui nous semble être du dénuement ? Ou encore démonstration du meilleur comme du pire de l’humanité lorsqu’elle est dans le besoin ? Ce roman est tout cela et encore un peu plus.

 

Un peu comme dans « Ravages » de Barjavel, l’auteur laisse la part belle au comportement humain en situation de crise : Il y a ceux qui s’entraident et prennent soin des plus faibles, et ceux qui appliquent la loi du plus fort, pillent le travail des autres où leur font du mal impunément en l’absence de toute répression. Mais la comparaison s'arrête là. "Dans la forêt", vous allez de certitudes confiantes en prises de conscience lucides. Paradoxalement, le dépuillement grandissant des héroïnes les conduisent petit à petit à plus d'autonomie, de force, de chance de survie. 

 

Je craignais un peu une redécouverte de la nature version « Into the Wild », mais ça demeure très différent : Jean HEGLAND a vraiment créé son univers propre, doux, et poétique, et aussi criant de vérités humaines. Sur le fond, il s’agit de prendre conscience de la vulnérabilité de notre civilisation telle qu’on l’entretient : la planète s’adaptera et l’Homme devra en faire autant s’il veut survivre ; Notre civilisation en revanche, telle qu’on l’a construite et la connaît aujourd’hui, est probablement sur le déclin. Mais cette lecture rappelle aussi que l’Homme sait s’adapter aux situations et catastrophes, que malgré ce que veut nous faire croire l’Industrie et le progrès, on peut vivre de presque rien en l’absence de gaspillage, et que même le minimum peut paraître du superflu comparé à l’état de nature, qui pourtant est tout aussi viable. 

 

« Bien sûr, ce genre de choses arrive tout le temps. Les civilisations périclitent, les sociétés s’effondrent et de petites poches de gens demeurent, rescapés et réfugiés (…). Pensez à l’Amérique du Sud, à l’Afrique du Sud, à l’Asie Centrale, à l’Europe de l’Est, et demandez-vous comment avons-nous pu être aussi suffisants ? Pensez à la Lone Woman de l’île de San Nicolas et demandez-vous pourquoi nous avons pensé que nous serions sauvés. »

 

On en vient, on devra peut-être y retourner plus tôt que prévu, pour survivre… Y Etes-vous prêts ?

  

Je vous invite à lire "Dans la forêt" pour vous y préparer en douceur ! Avez-vous aimé ce roman ? Que vous a-t-il inspiré ?