Quand on ne sait pas quoi lire ? On prend une valeur sûre.

Avec Robert MERLE, on a l’assurance de trouver des thèmes hyper intéressants, mais aussi extrêmement bien traités et racontés. Que demander de plus ?

 

 

 

Contexte et objet du roman :

 

Ce roman de 1970 nous offre un point de vue imprenable sur la période des épisodes de 68 : celui de l’intérieur de l’université de Nanterre. Plus exactement, Robert MERLE raconte ici, heure par heure (mais sans ennui !), la journée du 22 mars 1968. 

 

Cette oeuvre mélange réalité des événements et de quelques intervenants, avec la fiction romanesque de ses autres personnages et de leurs vies privées. Mais si elle semble si réaliste au lecteur, c’est que Robert MERLE était bel et bien professeur à l’Université de Nanterre durant cette période.

 

 

L’histoire (qui nous happe rapidement) :

 

L’intérêt du récit réside dans la multitude de personnages à qui il laisse la parole : De l’ouvrier pied-noir qui campe sur le chantier de l’université en construction pour nourrir sa famille restée au pays, jusqu’aux professeurs de plus en plus pris à parti et accusés d’être les pères d’une université « policière », en passant par nombre d’étudiants et d’étudiantes politiquement actifs qui se méfient des flics infiltrés, nous avons un panel de choix pour nous immiscer dans la vie de ce lieu à part. 

 

Et l’on peut s’y croire, car la plume de Robert MERLE est comme une évidence, malgré l’amoncellement de détails personnels, de considérations politiques, de références à des personnalités connues et d’autres fictives. Nous nous fondons dans cette masse étudiante et grouillante qui hante les salles de classe, les dortoirs, les couloirs et jusqu’à la salle des professeurs qu’ils décident de prendre symboliquement en otage.

 

Cet acte de rébellion veut protester contre les arrestations préalables de certains étudiants, mais chaque détail est matière à discussion sans fin entre les groupuscules politiques étudiants qui aiment à s’écouter débattre. Certains meneurs aujourd’hui connus sortent du lot, d’autres nous montreront simplement ce qu’était la vie étudiante à cette époque, et donc le contexte dans lequel sont nés les événements que nous connaissons tous.

 

 

Mon avis (très positif) :

 

Encore une fois (comme par exemple dans « la maison aux esprits »), j’aime que l’auteur nous offre un point de vue global de la question, par la multitude de personnages ; Car toute situation quelle qu’elle soit découle toujours d’un assemblage des pièces du puzzle. Il est donc primordial de suivre l’auteur dans les méandres de cette université, à peine sortie de terre, pour s’imprégner des problématiques vécues et soulevées par tous et par chacun.

 

Puis c’est l’intimité, parfois assez profonde que l’auteur crée entre nous et ses personnages, qui nous plonge dans son histoire sans que l’on ne puisse plus en sortir.

 

Enfin, le récit est servi par la plume intelligente, précise, juste et clairvoyante de Robert MERLE. Et ça, lorsqu’on aime les mots, la réflection, les sentiments, bref, la vie, on a l’impression qu’on ne pourra plus s’en passer…

 

 

 

"Josette Lachaud qui, quelques heures plus tôt, avait eu des distractions au cours de Frémincourt et revécu une partie de chasse avec son père quand elle avait douze ans, caressait les deux nattes ailes de corbeau qui pendaient le long de ses oreilles, et ses yeux brillants et fixes attachés sur Daniel Cohn-Bendit (qu'avant ce soir elle n'avait jamais vu), elle attendait avec impatience qu'il reprit la parole, oh certes, on ne peut pas dire qu'il est beau, il est plein de taches de rousseur, il est gros, roux et sale, mais quand il parle, je ne fais plus attention à ça, je l'écouterais pendant des heures, il me fascine, il a un aplomb formidable, il est astucieux et marrant, il éclipse tous les autres, on s'ennuie dès qu'il est pas là."

 

Conclusion :

 

« Derrière la vitre » est donc une belle oeuvre. Car même si le choix de raconter une seule journée nous prive de multiples développements possibles sur les tenants et aboutissants des événements dans leur ensemble, il nous fournit une mine d’informations sur le contexte vu de l’intérieur, ce qui est probablement beaucoup plus rare.

 

N’hésitez jamais à lire un roman de cet auteur : C’est foisonnant, (oui, mais) qu’est-ce c’est bon !

 

 

Et vous vous aimez ? Avez envie de connaître ?