C’est avec un peu de retard que je vous parle de ce recueil poétique, écrit par une blogueuse que vous connaissez peut-être sous le pseudo l’Atmosphérique

 

 

Je ne suis pas forcément sensible aux poèmes en général, notamment lorsque les règles ou la technique en étouffent le sens à mes yeux, mais je peux aimer la poésie qui se dégage de certaines choses : Une musicalité, une simplicité touchante, une manière d’associer, de rythmer les mots. De les faire se côtoyer, ou de les séparer. Et Marie Kleber sait faire tout cela de manière instinctive. Ses phrases se répondent, ses vers nous apostrophent. Ses mots atteignent leurs cibles : Nos âmes.

 

Dans un style qui n’appartient qu’à elle, s’affranchissant des règles et des dictats de la poésie qui l’enfermeraient et la limiteraient, Marie prend le temps d’observer ce qu’elle ressent, demeure à l’écoute du monde même lorsqu’il va mal et des gens en général ; Alors elle effleure son clavier, comme une caresse, et laisse s’exprimer son coeur.

 

« (Fanatique)

 

Regarde-moi

Droit dans les yeux

Mon coeur se meurt

Sans un aveu

Je tremble

De tous mes membres

Mes pieds ancrés

En ta dangereuse réalité

Mes amours se noient

Mes passions prennent froid

Quant tes armes font la loi. 

(…) »

 

Si vous ne la connaissez pas en tant que blogueuse, mais aimez mettre des mots sur les maux, je vous invite à vous laisser porter par sa plume douce et légère en découvrant ce recueil papier « Ils avaient un prénom » : Un condensé de ressentis et de situations liés aux événements du 13 novembre 2015. Vous serez forcément touchés par la grâce et le sens de ces poèmes. Ce recueil est le cri de son coeur meurtri, un cri qui trouve échos en chacun de nous et qui mérite donc, amplement, qu’on prenne un instant pour l’écouter, pour l'apprivoiser. Et surtout pour le méditer.

 

« (Sous le voile)

 

(…)

Un voile se glisse

Entre toi et le monde

Funeste tragédie

De ton corps qui dit oui

A cette extravagante fantaisie

 

Un voile te coupe

En deux

Tes boucles brunes

Disparaissent

Sous un étau de feu

Qui brise ton être

Investit ton esprit

Te prive de l’élixir

De vie

(…) »

 

Pour ma part, j’ai beaucoup aimé la façon dont Marie parvient à suggérer l’horreur avec une telle force sans jamais nous brusquer. Et si j’avoue être a priori moins sensible à la partie sur les migrants pour diverses raisons, j’ai admiré la façon avec laquelle elle nous dessine les contours d’une situation au fil de ses poèmes : Vous pouvez les lire un par un, mais je vous conseille de lire d’une seule traite ce petit recueil - quitte à revenir sur vos passages préférés par la suite. Car petit à petit, vers après vers, des contours se forment entre les lignes, des silhouettes apparaissent entre les mots, des sentiments flottent dans l’air et nous imprègnent, qui dépeignent un paysage ou une ambiance, un climat et une foule composée d’individualités, de vies, de destins.

 

« (La danse des ombres)

 

(…)

Ils affluent par milliers

Sur des côtes incertaines

Laissent le peu qu’ils possèdent

A des passeurs sans scrupule

Perdent parfois la vie

Sur des barques de fortune

Mains tremblantes

Pieds esquintés

D’avoir trop espéré

(…) »

 

Mention spéciale aux épigraphes extrêmement bien choisis, ce qui est des plus important pour moi à la lecture afin d’introduire et situer le propos de l’auteur.

 

Cerise sur le gâteau : Les bénéfices en sont reversés à l’association IMAD pour la jeunesse et la paix. N’hésitez plus, commandez-le ! Et vous, êtes-vous sensibles à la poésie ?