Même s’il s’agit de son premier roman, et que je lui en ai préféré d’autres plus récents, j’ai eu un vrai plaisir à retrouver la plume de Margaret ATWOOD. Elle s’attèle ici à montrer la difficulté, pour la femme des années 60-70, de trouver sa place dans le monde, alors que celle-ci est en pleine évolution : Tiraillée entre tradition et modernisme, entre le rôle qu’on assignait à la femme jusqu’alors, les attentes que son fiancé peut avoir d’elle, ainsi que ses propres ambitions ou choix qui se profilent, l’héroïne en perd son identité et tout l’enjeu pour elle dans ce roman sera de tenter de se trouver soi, de déterminer son identité face aux autres.

 

 

Ces difficultés entrainent chez elle des troubles du comportement. Petit à petit, certains aliments l’écœurent. Jusqu’au jour où son corps ne veut plus rien avaler. Comment survivre dans ce monde écœurant où l’on ne sait plus à quoi se vouer ?Sans plus de repère, notre héroïne navigue à vue, essaye de trouver sa voie et de ne pas se faire manger toute crue par ce que les autres voudraient lui imposer. Pour avoir l’impression de contrôler sa vie, et non de subir ce que les autres désirent pour elle, son corps et son esprit se rebellent, elle s’offre des caprices en société, refuse de manger de plus en plus de choses…  

Moquée par son fiancée pour ces rebuffades, brimée par une certaine idée de l’épouse à cette époque, perturbée des voies choisies par ses amies qui ne lui conviennent pas non plus, Marian est en quête d’un modèle ou d’une nouvelle voie, la sienne, qui lui corresponde en propre : Celle d’une femme respectée par son mari, aimée par ses éventuels enfants, avec un métier qui lui plaise et l‘épanouisse, lui donne l’indépendance – ou peut être l’importance, la sensation d’exister - qui lui est si chère. Trouvera-t-elle son équilibre en tant que femme à part entière ? Ce sera l’enjeu de cette lecture… 

Car elle se rend compte qu’elle subit de plus en plus ce que son corps lui dicte, qu’elle n’a donc même plus le pouvoir sur son propre corps, qui l’emmène dans une spirale infernale. Comment reprendre le contrôle de son corps et de sa vie ? 

 « Il lui vint également à l’esprit qu’elle ne voyait pas à quoi ça servait de mourir de faim. Elle se rendait compte aujourd’hui qu’elle n’avait finalement cherché que la sécurité. Au cours de ces derniers mois, elle avait cru tendre vers cet objectif, mais n’était arrivée nulle part ; et n’avait rien accompli. » 

 

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L’auteur aborde de façon originale la difficulté de prendre, ou reprendre, le contrôle de sa vie dans une société en mouvement, dont les modèles évoluent d’une génération à l’autre, chacune devant créer ses propres repères. Ce que j’apprécie surtout dans sa plume, c’est qu’au-delà du message et de la manière dont elle a décidé de le faire passer, le récit se laisse lire tout seul, c’est fluide, on en veut toujours plus. 

Ce fut donc une lecture agréable ; Elle n'a pas manqué pourtant de me laisser une sensation étrange, due sûrement en partie à cette héroïne elle-même instable, en transition, toute entière en questionnement ; Mais probablement aussi à l’ensemble des personnages extrêmement typés, qui donnent un ton satirique à l’histoire. Je lirai certainement d’autres romans de cette auteure, mais je pense qu'il sera difficile de détrôner pour moi « la servante écarlate » qui était juste brillantissime, autant dans ses thèmes et personnages que dans sa construction, ou encore dans ses rebondissements.  Vous aussi vous aimez l’auteure ? Lequel de ses romans préférez-vous ?