Jamais un roman n’a aussi bien porté son titre. C’est une histoire typique du sud de l’Amérique, où l’on ressent cette ambiance tout à fait particulière aux grands romans américains. Mais ce qui en fait un récit unique, c’est la manière de raconter de l’auteur, que je suis ravie d’avoir découvert par ce roman.

 

 

Tout commence à l’enterrement de la grand-mère de la famille : la mère demande à la bonne noire de mettre les enfants à l’écart pour les épargner, mais aussi pour s’épargner elle-même. Car parmi les trois enfants, il y a Benjy. Benji est attardé, ne comprend jamais tout ce qui se passe, tente de s’exprimer par des cris perçants et ses pleurs infinis qui le rendent insupportable aux yeux de beaucoup. Tout cela l’isole encore plus et le rend furieux, ce qui amplifie ses incontrôlables  et bruyantes colères.

 

Or, il se trouve que l’auteur débute l’histoire en nous mettant dans la tête de Benjy, pleine à elle seule de bruit et de fureur. Et la prouesse est extraordinaire de parvenir à nous faire reconstituer l’histoire par le biais d’un personnage qui, lui-même, ne comprend sûrement pas tout, en accumulant par flashes les informations que son cerveau enregistre. 

Cette construction rend la narration intriguante et passionnante dès le départ. Surtout que le cerveau de Benjy ne trie pas les informations chronologiquement. Pour être lui et le comprendre, il faut accepter de baigner un moment dans un flot d’informations qui peut paraître, au départ, sans queue ni tête. Comme le dit FAULKNER lui-même, on pourrait croire que la suite de la citation Shakespearienne collait tout autant au roman : « C’est une histoire, contée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien ». Mais l’expérience est passionnante, il suffit d'accepter de faire confiance à l'auteur et de poursuivre l'aventure avec lui.

 

Par la suite les narrateurs plus classiques bouchent les trous de cette histoire, et nous font plonger plus avant dans les drames de cette famille, chacun à une date différente. Ce sont alors trois générations que l’on croise au fil des récits. Caddy, Quentin et Jason, le reste de la fratrie, ont chacun leur lot de douleur : Caddy, la seule à comprendre Benjy et pouvoir le calmer, a une vie amoureuse tumultueuse qui l’oblige à partir, ce qui rend Benjy encore plus incontrôlable (il est interdit de le laisser s’approcher des filles…), Quentin se suicide par jalousie tant un attachement incestueux le lie à sa soeur. Jason, quant à lui, doit veiller sur la fille de Caddy qui semble prendre les mêmes mauvais tournant que sa maman…

 

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Je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir les réels tenants et aboutissants de ce roman magnifique. Que ce soit l’histoire de cette famille ou la façon de la raconter, tout dans ce roman est passionnant : C’est un roman brillant qu’il faut absolument avoir lu car il apporte vraiment quelque chose à la littérature, ce petit plus qui le distingue de tous les autres, cette étincelle qui fait que vous vous en rappellerez. Ce livre m’a marquée un peu à la façon des « raisins de la colère » de STEINBECK. Je vous le conseille vivement ! Est-ce une de vos lectures ?