C’est son nouveau roman « La salle de bal » qui m’a fait découvrir cette auteure et m’a donné envie de lire ce premier roman. Le thème du « Chagrin des vivants » m’intéressait également : Il s’agit des premiers jours de novembre 1920 en Angleterre, alors que la Guerre se termine et que l’heure est au deuil et au bilan. Ceux qui ont survécu à cette guerre doivent réapprendre à vivre sans leurs morts, avec leurs propres traumatismes, à faire leur deuil parfois sans les corps de leurs proches disparus.

 

 

C’est avec les trois personnages principaux féminins que nous allons appréhender, à la manière de chacune, le chagrin des vivants, celui de ceux qui demeurent : Evelyne, dont le fiancé a été tué et qui travaille désormais au bureau des pensions d’invalidités ; Adda, qui ne parvient pas à faire le deuil de son fils mort au combat dans des circonstances mystérieuses ; Et Hettie, qui nous emmène danser pour oublier que la guerre lui a rendu un frère traumatisé, qu’elle voit souffrir chaque jour sans savoir comment l’aider. 

 

Nous pénétrons dans chacune de leurs vies, avec une grande douceur, pour découvrir ce qu’elles ont enduré et comment elles vont tenter d’y survivre. Pour cela, elles doivent faire leur deuil d’un certain nombre de choses et de personnes. Et justement, pour aider ceux qui n’ont pas de corps à pleurer, et pour rendre un hommage symbolique à tous ceux que la guerre a sacrifié, on attend le retour du soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Cet évènement cristallise toutes les émotions de ceux qui restent : Colère, espoir, tristesse, paix…

 

« Alors que le silence s’étire, quelque chose devient manifeste. Il n’est pas là. Son fils n’est pas à l’intérieur de cette boîte. Et pourtant elle n’est pas vide, elle est pleine d’un chagrin retentissant : Le chagrin des vivants. »

 

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Cette fois encore, Anna HOPE m’a transportée dans cette époque et cette ambiance sans effort et dès les premiers mots. Je crois décidément que c’est la grande force de sa plume. Ça, et le fait de parvenir à auréoler ses romans de lumière malgré la tristesse, ce qui les rend toujours lumineux et intrigants, et non sombres, ni déprimants.

 

Ensuite, j’ai trouvé qu’elle appréhendait bien les problèmes, questionnements et sentiments de ces civils vivants qui doivent continuer à vivre au quotidien pendant que leurs proches combattent, tuent ou se font tuer dans cette guerre qui les entoure. Le titre est vraiment ciblé, car finalement (comme vous pouvez le percevoir en lisant la citation ci-dessus) c’est exactement de cela qu’il s’agit : du « chagrin des vivants ». De ceux qui restent et enterrent leurs morts ou, pire, doivent faire leur deuil sans corps ou avec des bouts de corps, parfois sans explication de l’armée, ou avec seulement les bribes, vraies ou fausses, qu’elle veut bien leur donner. C’est à cela que nous confronte Anna HOPE en même temps que ses personnages, et c’est tout l’objet du roman : Comment continuer à vivre malgré cela ? Chaque personnage à sa manière, avec ses propres expériences, sa personnalité aussi, son entourage, va devoir apprendre à faire avec. Montrant finalement autant de courage que ceux qui sont partis combattre, volontairement ou non…

 

Enfin, j’ai retrouvé cette construction que j’aime beaucoup et qui, en plus de nous plonger directement dans l’histoire, nous fait attendre avec hâte et envie les mots, les phrases, les pages qui suivent. Elle instaure une certaine tension, un certain questionnement autour de tout ce que nous ne savons pas encore des personnages que l’on côtoie, qui nous pousse à vouloir tourner toujours plus de pages. Peut-être que l’on s’attend du coup à un retournement de situation final qui ne vient pas, mais pour autant on n’est pas déçus. Car Anna HOPE sait où elle nous emmène dès le départ, et l’on referme le livre en se rendant compte qu’on est arrivé exactement où l’on devait.

 

« Je vois tellement de femmes qui s’accrochent, ici, qui s’accrochent toutes. Qui s’accrochent à leur fils, à leur amant, à leur mari ou à leur père, tout aussi solidement qu’elles s’accrochent aux photos qu’elles conservent ou aux fragments d’enfance qu’elles apportent avec elles et déposent sur cette table. (…)

Elles sont toutes différentes, et pourtant toutes pareil. Toutes redoutent de les laisser partir. Et si on se sent coupable, c’est encore plus dur de relâcher les morts. On les garde près de nous, on les surveille jalousement. Ils étaient à nous. On veut qu’ils le restent. (…)

Mais ils ne sont pas à nous, poursuivit-elle. Et dans un sens, ils ne l’ont jamais été. Ils n’appartiennent qu’à eux-mêmes, et seulement à eux. Tout comme nous nous appartenons. Et c’est terrible par certains cotés, et par d’autres… ça pourrait nous libérer. »

 

Seulement deux romans et je suis déjà une fan inconditionnelle de cette auteure. J’espère qu’elle continuera à nous abreuver de thèmes intéressants sans changer sa façon de nous raconter. C’est juste sublime, subtil, ciselé. Une auteure à découvrir si vous ne l’avez pas déjà fait !

 

 

Vous aimez ou avez envie d’aimer ?