L’auteur et le thème :

 

S’il y a un thème qui me tient à coeur depuis toujours, c’est celui de la justice. Depuis que j’ai découvert John GRISHAM, je suis comblée : Ancien avocat devenu écrivain, ses romans sont un habile mélange de thriller et de romans de société ; Il questionne les grandes problématiques de notre époque mais aussi de notre Histoire, pour connaître le monde dans lequel on vit, le comprendre un peu mieux, et surtout réfléchir à notre tour sur des questions importantes telles que le racisme, la peine de mort, la toute puissance de grandes firmes et l’influence du lobbying le domaine de la santé, etc… Vous avez certainement aperçu quelques films adaptés de ses plus célèbres romans (l’Affaire Pélican, Erin Brockovitch, etc…) : Leur intérêt est qu’ils sont souvent inspirés de faits réels, que l’auteur retravaille pour nous.

 

 

L’histoire :

 

Sans surprise, « Le couloir de la mort » traite du thème de la peine de mort. Dans les années 90, Adam est un tout jeune avocat à qui on a caché ses racines toute son enfance ; Et pour cause : il vient d’apprendre que son grand-père n’est autre que Sam Cayhall, un condamné à mort très médiatique de 70 ans dont la date d’exécution vient d’être fixée, 23 ans après le crime présumé. En effet, c’est en 1967, en période de pleine expansion du Ku Klux Klan, qu’une explosion visant l’immeuble vide d’un travailleur juif a explosé avec retard et tué deux enfants.

 

Sam est apparemment coupable. Il est en tous cas le coupable idéal car toute sa famille appartenait par tradition au KKK. Mais est-il l’auteur et instigateur de ce crime, ou seulement le complice d’un acte de vandalisme qui a mal tourné ? 

Adam a beau être révulsé par cette partie de sa famille et de son passé, il ne peut rester indifférent au meurtre programmé de son grand-père : Il juge cette peine injuste (à cause du doute et du délai de condamnation), inhumaine (l’Etat va tuer son grand-père) et hypocrite (dans la mesure où il est justement condamné pour avoir tué alors qu'on a le droit de le tuer, lui...) : Bref, indigne d’une société qui condamne le crime tandis qu’elle le pratique elle même sous couvert de morale…

 

Mon avis :

 

Fort heureusement, ce roman n’est pas une énumération fastidieuse ni une bataille d’arguments juridiques sans fin. Un peu comme « Le dernier jour d’un condamné », de Victor Hugo, « Le couloir de la mort » est un plaidoyer humaniste contre la peine capitale - peut-être moins larmoyant, mais tout aussi efficace. L’auteur n’impose pas son avis, il laisse s’exprimer différents points de vue par le biais de ses personnages : Tantôt citoyens représentatifs de l’opinion publique d’un Etat à une époque donnée, fonctionnaires contraints d’appliquer la loi de l’Etat qui les emploit, prévenus contraints de la subir, ou encore avocats plaidant son abolition, tous servent un récit qui nous suggère l’inhumanité d’un assassinat légalisé.

 

 

D’autant que, si l’on peut comprendre (sans forcément cautionner) l’envie de vengeance d’une famille dans l’immédiat après-crime, comment peut-on justifier l’exécution d’un condamné 20 ans après son crime, comme c’est courant en pratique du fait des délais de la justice, des multiples appels possibles, etc…? Dans ce roman, vingt ans après ses crimes, la prison a fait de Sam un autre homme. La punition a déjà été la prison, et il est à présent un vieillard sur qui la « justice » s’acharne.

 

Durant tout le roman, nous suivons donc Adam dans sa course contre la montre visant à faire accorder à son grand-père un sursis, une grâce ou tout autre miracle. Mais l’auteur ne met pas l’accent sur ses requêtes juridiques : Il insiste plutôt sur le contexte d’une société qui applique encore cette peine tout en commençant à s’interroger sur ses bienfondés. Et plus on approche de la fin, plus le rythme s'accélère jusqu'au jour de l'exécution, pour savoir si Sam bénéficiera d'une grâce.

Au fil du roman, nous sentons l’évolution dans les sentiments du condamné et de son petit-fils : ce grand-père qui se révèlera finalement plus humain qu’on le pense et qui va subir une peine inhumaine, nous faisant apercevoir et ressentir tout le paradoxe et l’illogisme du système. Ce qu’il a de pervers. Car en l’occurrence, c’est aussi la société et le contexte politique qui ont fondé la personnalité de Sam et entrainé ses actes.

 

 

Surtout, on nous montre comment le gouverneur, qui dit avoir un doute sérieux sur la culpabilité de Sam, ne consent pas au sursis si ce dernier ne livre pas son complice. Pourtant, le principe fondamental du droit pénal n’est-il pas que le doute doit profiter à l’accusé ? Comment peut-on tuer quelqu’un légalement sans être sûr de sa culpabilité ? 

 

 

Ce récit rappelle finalement et en tout état de cause que, même s’il existe des façons d’exécuter plus « propres » que d’autres, un meurtre demeure un meurtre. Comment peut-on dans le même temps interdir le meurtre, et le commanditer ? Comment peut-on être crédible en invoquant la même  morale pour à la fois condamner le meurtre et l’autoriser ? Ces incohérences rendent incompréhensible et injustifiable la peine capitale.

 

En voulant sauver son grand-père d’une telle mort alors qu’au départ il le révulse, Adam met bien en valeur le fait que la morale, l'idée du bien ou du mal, existent et s'examinent dans l’absolu, c’est à dire au-delà des personnes, des actes et des lois, ces dernières étant amenées à évoluer sans cesse avec la société et ne la reflétant donc qu'à une période et en un lieu donné. La morale, quant à elle, est intemporelle et universelle : Si tuer est immoral, alors ça l'est pour tout le monde et en tous temps, y compris pour l'Etat. 

 

 

« On attacha les courroies autour des bras de Sam - deux pour chaque bras, deux également pour chaque jambe, emprisonnant le pantalon tout neuf - puis l’horrible serre-tête qui empêche le condamné de se blesser lorsque le gaz pénètre dans ses poumons. Voilà, les entraves sont bouclées, il n’y a plus qu’à attendre l’arrivée du gaz. Pas une seule goutte de sang versée. Rien qui ne puisse entacher ce crime parfait commis au nom de la morale. »

 

 

En bref, comme d’habitude, vous trouverez dans ce roman de John GRISHAM de très bonnes réflexions sur le thème, qui vous aideront peut-être à vous forger une opinion, à bousculer vos idées reçues ou, pourquoi pas, à vous pencher sur un sujet que vous ne jugiez pas prioritaire du fait de nos lois françaises actuelles.

 

Est-ce un thème qui vous préoccupe ? Connaissez-vous déjà l’auteur, aimez-vous ses oeuvres ?