Voici un auteur que je voulais découvrir pour avoir travaillé dans le stand où il se trouvait lors d’une foire du livre. Le titre, la couverture, et surtout le synopsis de ce roman m’en ont enfin donné l’occasion. Jean-Guy SOUMY aborde ici un épisode finalement peu connu de la seconde guerre mondiale, apportant un éclairage original et romanesque à notre Histoire, qui m’a particulièrement intéressée. Il raconte comment les alliés ont eu la brillante idée de mener une campagne de désinformation pour tromper l’ennemi, user leurs troupes et leur moral, et enfin prendre le dessus là où les allemands ne les attendaient pas.

 

 

En l’occurrence, nous suivons deux personnages principaux à tour de rôle : D’une part Hanna, une berlinoise qui fuit les troupes d’Hitler et attend impatiemment l’arrivée des alliés tout en craignant leur comportement à l’encontre d’une allemande comme elle : Commettront-ils viols et exactions pour se venger, ou seront-ils les sauveurs dont elle rêve depuis si longtemps ? D’autre part, il y a Steven : un artiste issu du monde du cinéma, habitué des plateaux de Walt Disney et autres tournages… Engagé comme d’autres de ses compatriotes dans une drôle d’armée fantôme pour le compte des alliés ! 

Steven et ses collègues ont pour mission de donner l’illusion que de fausses compagnies alliées prennent position tout autour des allemands et les encerclent, d’une part, pour leur faire croire que la guerre est perdue d’avance pour eux, et d’autre part pour les occuper tandis que les vrais soldats alliés attaquent réellement, ailleurs et par surprise, les troupes d’Hitler. Pour faire illusion, acteurs, ingénieurs son et lumière, scénaristes, professionnels des décors etc devront reconstituer de vraies fausses compagnies aux canons en carton et acteurs en costumes de soldats.  

« Et pourtant, ce que je vis au sein du 23ème m’enseigne quelque chose. Oui, une fiction peut influencer sur le réel. Nous en faisons régulièrement la démonstration. Il faut très peu de choses en définitive, mais intelligemment présentées, pour que l’imaginaire du spectateur se mette en branle. L’essentiel du travail de désinformation, ce sont ses propres victimes qui le réalisent. » 

On entend le bruit de leurs tirs, on les voit de loin dans leurs campements et les acteurs comme Steven, endossant le rôle de soldats, font quelques entrées remarquées dans certains villages pour donner le change devant d’éventuels espions allemands ; Pour autant ces compagnies courent aussi le risque de se faire viser par l’ennemi, ou démasquer par de vrais combattants devant lesquels ils sont sans défense. Steven prend ainsi petit à petit la mesure de l’enjeu de la vraie guerre qu’ils mènent à leur manière. Si au départ il se sent assez rassuré derrière les décors dont il est coutumier, il verra certains des siens revenir blessés de ces missions de désinformation.  

Et puis surtout, il va rencontrer Hanna qui s’est réfugiée dans le village de son enfance où Steven et sa compagnie font une escale. Malheureusement, le coup de foudre qui les lie immédiatement fera prendre conscience à Steven de son rôle dans cette guerre : Jouant un rôle essentiel, il ne peut pas prendre le risque de se dévoiler à Hanna. Il sait alors que leur amour est assis sur un mensonge de taille : Hanna aime-t-elle le soldat dont il a dû apprendre le rôle, ou aime-t-elle surtout celui qu’elle voit poindre sous ce rôle de composition ? Car il laisse entrevoir sa vraie personnalité à chaque occasion, quitte à prendre le risque de laisser apparaître une faille dans son personnage et la stratégie de son armée…  

Un très joli point de vue, porté par une plume fluide, sensible. Voici un roman qui se lit tout seul, sort de l’ordinaire et traite d’un vrai sujet sur un ton simple et juste. Aviez-vous déjà lu sur ce thème ? Cela vous tente-t-il ? Très bonne rentrée à vous !