Encore un auteur que je voulais découvrir depuis que je lis vos blogs, et notamment par le biais de ce livre, que j'ai beaucoup vu sur Babélio. Il ne s’agit pas d’un roman mais d’un portrait : Celui de Jacques Lusseyran, un écrivain qui fut résistant durant la seconde guerre mondiale mais que la France a presque oublié. Pourquoi parler de lui plutôt que des dizaines d’autres anonymes de la résistance ? Parce qu’en plus d’être écrivain et résistant, il était aveugle, ce qui rend ses exploits presque héroïques pour Jérôme GARCIN.

 

 

Le titre n’est pas ironique : On comprend vite que, si Jacques Lusseyran perd la vue à 8 ans suite à une mauvaise chute, il voit paradoxalement plus clair à l’intérieur de lui. Il perçoit ce qui l’entoure avec plus d’acuité, et il se voit et se connait lui-même plus nettement que si ses yeux étaient distraits par les formes et couleurs extérieures. Pour autant, les couleurs n’ont pas quitté la vie de notre héros, qui épate tout le monde en vivant son handicap comme si de rien n’était. En outre, pour appuyer le titre, son acuité le rend un peu médium vu de l’extérieur, tant il perçoit la personnalité de ceux qu’il rencontre rien qu’à leur voix, leur poignée de main, leur intonation, etc… 

Autant d’avantages qui lui permettent de mettre ses compétences au profit d’une organisation qui lui tient à cœur : Celle de la résistance. Il n’hésite pas une seconde lorsque le régime de Vichy, et les directives d’Hitler, l’empêchent de devenir professeur à cause de son statut de handicapé, c’est à dire de personne incomplète, pas digne d’exister ou d’être prise en compte, encore moins d’enseigner aux valides. 

C’est donc après nous avoir décrit l’enfance de Jacques et la construction de son incroyable personnalité autour de son handicap, que l’auteur nous raconte comment il a été déporté à Buchenwald, a survécu malgré sa cécité, a été libéré puis a tenté de continuer sa vie malgré une certaine dépression et un destin tragique. Mis professionnellement à l’écart par les lois de Vichy non encore abrogées, et ne trouvant plus sa place en l’absence de combat à mener, il a tenté d’exorciser sa dépression par l’écriture. Malheureusement, les maisons d’éditions trouvaient ses œuvres trop classiques par rapport à son destin exceptionnel, et ne voulaient que des récits sur sa présence aveugle dans la résistance puis les camps. L’homme se sert alors des femmes pour exister, se faire valoir et cajoler, jusqu’à sa mort précoce.  

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Si je ne lis pas énormément de biographies, c’est parce que, même si j'en ai lu de très belles,  je trouve qu’elles ne parviennent pas toujours à nous faire ressentir le personnage, par rapport aux romans ou aux biographies romancées : Elles sont évidemment très concentrées sur les faits, seuls à pouvoir garantir l’exactitude des propos à l’inverse des sentiments qui sont difficilement vérifiables. 

C’est pourquoi j’ai eu du mal au départ à entrer dans la vie de Jacques Lusseyran. Cependant, la belle écriture de Jérôme GARCIN et l’intérêt suscité par la vie de son personnage m’ont aidé à passer ce cap. La seconde partie est plus émouvante car elle semble moins facile pour le héros et donc il paraît plus méritant, alors même qu’il devient pourtant volage et finalement plus imparfait. Mais je l’ai trouvé quand même assez distant, et j’ai eu du mal à apprivoiser ce destin. 

Je suis donc contente d’avoir découvert un héros national que je ne connaissais pas et qui a participé à notre France libre. Pour autant, Jacques Lusseyran n’est pas un personnage que j’ai apprécié plus que ça et, malgré les jolies phrases et les réflexions intéressantes que ce portrait suscite, j’ai l’impression d’être restée à bonne distance du personnage et même de ses péripéties, l’ensemble de cette lecture ne m’ayant pas touchée autant que je m’y attendais. Je n’ai pas assez perçu l’intensité de ce qu’il a pu vivre.  

Connaissez-vous ce destin hors du commun ? Avez-vous apprécié cette lecture ?