Ca fait longtemps que je voulais lire ce que je pressentais être un beau roman, et j’en sors aussi chamboulée que je le souhaitais : J’ai bien fait de résister à l’appel du film (« Last Days of Summer », avec Kate Winslett) avant de le lire. L’histoire de ce détenu échappé de prison, demandant asile chez une mère célibataire et son fils de 13 ans, avait tout pour me toucher ; Et à la lecture, j’ai été rapidement conquise par leur histoire d’amour et l’intimité qui s’installe rapidement entre cette femme et cet homme esseulés, malmenés par la vie chacun à leur manière et dont la rencontre est comme une évidence.

 

 

C’est au supermarché que Frank, tout juste évadé de prison et énergiquement recherché par les forces de l’ordre, repère chez ce petit garçon et sa mère évaporée une faille sociale, qu’il va exploiter pour leur demander de l’aide. Son sixième sens ne l’a pas trompé : Adèle est divorcée et, suite à des traumatismes que je vous laisse découvrir, ne sort quasiment jamais de chez elle et ne reçoit personne. C’est donc la famille idéale pour rester caché. Reste à les convaincre de l’emmener avec eux, et Frank sait s’y prendre. Aussi étrange que cela puisse paraître, il saura trouver les mots justes et l’attitude rassurante qu’il convient. Mais bientôt, la télévision rappellera qu’il a été condamné pour le meurtre de sa femme et de son bébé… Frank est-il réellement l’homme dangereux qui leur est dépeint ? En échange de leur asile, il leur livrera une partie de son tragique passé.

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C’est ainsi sans violence ni menace qu’Adèle ramène ce parfait inconnu chez elle. Et qu’il s’installe, sachant se rendre utile, sensible au charme discret de la maîtresse de maison et à sa fragilité, ainsi qu’au bon sens de son fils qui, pour sa part, trouve en Frank un succédané de père très attachant et convainquant. Tout est raconté par le fils de treize ans, Henry, que sa situation familiale a rendu très mûr pour son âge. Ainsi nous comprenons parfaitement les tenants et aboutissants de la situation. Percevoir le rapprochement inéluctable entre Frank et Adèle est grisant et très beau car, outre son côté interdit ou amour impossible, on ressent réellement avec Henry toute la magie qui s’en dégage. Décrit par ce pré-adolescent qui commence tout juste, lui aussi, à éprouver ce que peut être l’amour, cela nous offre un récit tout en sensibilité, entre indiscrétion et pudeur. Et puis Frank sait apprivoiser Henry presque mieux que son père un peu distant, et s’attache à ce petit bonhomme intelligent et sensible qui ne le juge pas et l’accepte comme il est. 

Mais si le temps semble suspendu pendant ce long week-end de Labor Day, les recherches policières se poursuivent et une énorme récompense est annoncée pour qui aidera à la capture. Adèle a des envies d’évasion, Frank prévoit déjà un plan tendant à faire croire à une prise d’otage et non à une complicité d’Adèle. Quant à Henry, il commence à avoir peur d’être à terme exclu de cet amour grandissant entre sa mère et cet inconnu et se demande s’il ne vaudrait pas mieux que Frank disparaisse… Qu’adviendra-t-il de cette famille en formation à l’issue de ces quelques jours passés ensemble ?  

Un roman magnifique, qui s’installe discrètement à coup de mots d’enfant, prend de l’ampleur à mesure de l’amour naissant entre les protagonistes, pour finalement exploser en mille facettes plus bouleversantes les unes que les autres. Presque un coup de cœur. L’avez-vous lu ou vu ? Il paraît que le film est moins bien, qu’en pensez-vous ?