Ce très beau roman pose les questions du droit de disposer de son corps, de l’injustice qu’il peut y avoir à charcuter un enfant sain pour en guérir un autre et des limites que l’on doit imposer à la bioéthique. Pour bien comprendre les positions de chaque partie, Jodi PICOULT nous immerge dans la vie des protagonistes.

Kate est une petite fille atteinte très tôt d’une forme rare et particulièrement agressive de leucémie. Ses parents voient une chance de la sauver en lui faisant une petite soeur, car le cordon ombilical de celle-ci fournirait à Kate les cellules dont elle a besoin. Pour une compatibilité optimum, les médecins fabriquent un embryon, Anna, parfaitement compatible avec Kate – vivent les FIV.

 

 

Hélas, ce traitement ne suffira pas sur le long terme, et au cours des années Anna devra subir plusieurs interventions plus ou moins invasives pour offrir à sa soeur divers cellules, fluides ou même organes ; Cela l’oblige de manière régulière et forcée à être admise à l’hôpital en même temps que sa sœur, et à subir plusieurs interventions dans l’intérêt de Kate qui peuvent s’avérer risquées ou douloureuses pour elle.

Jusqu’au jour où sa mère lui annonce qu’elle doit donner un rein à Kate. Anna est alors sensée sacrifier pour sa sœur sa propre chance de pouvoir continuer de faire du sport, partir faire des études, mais également prendre le risque de l’intervention elle-même ainsi que du fait de n’avoir plus qu’un rein en cas de problème. Tout cela dans l’intérêt physique de sa sœur, celui de la famille… Et un peu aussi dans son intérêt moral si elle veut avoir une chance de garder sa sœur en vie et de ne pas se sentir coupable.

Mais si elle aime sa soeur et se préoccupe de sa santé, est-il bien juste qu'elle n'ait été conçue que pour sa soeur, ne puisse jamais vivre sa propre vie, et soit obligée de souffrir pour une autre ?

Alors à 13 ans, Anna décide d’aller voir un avocat qui voudrait bien la défendre et lui permettre de disposer de son propre corps. Bien sûr, la perspective d’un procès au sein d’une famille déjà meurtrie sera extrêmement difficile à gérer pour chacun des membres de la famille, qui devront plus ou moins choisir un camp.  Jusqu’au revirement final, où « ma vie pour la tienne » revient sur le tapis de la plus folle des façons, la plus bouleversante. Un dénouement en cascade, très fort mais  aussi inattendu que triste et plein d’espoir, qui redonne tout son sens au titre.  

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J’ai pour habitude d’éviter les romans où la maladie a une place importante, mais je ne regrette pas, tant chaque personnage est attachant, l’écriture fluide et l’ambiance aussi enlevée que possible compte tenu du thème : je l'ai beaucoup aimé.

Les chapitres où la mère raconte sont les plus poignants puisqu’ils parlent de sa fille malade, et aussi les plus pesants puisqu’ils décrivent les traitements que subit sa fille, les rechutes, et ce que vivent les parents d’une enfant perpétuellement mourante. Elle s’appuie sans arrêt sur la maladie de Kate pour justifier ses décisions, ce qui la fait paraître antipathique car du même coup elle ne semble pas prendre en compte la qualité de vie de Kate.

Heureusement, les autres témoignages allègent le livre en s’appuyant davantage sur le débat moral et juridique, la différence entre le bien et la justice ; en glissant des anecdotes qui nous changent les idées sur l’histoire d’amour de l’avocat ou son mystérieux chien guide… !

C’est un livre à lire, un livre qui vous aura pris et retournés dans tous les sens mais dont la fin est très aboutie. Mention spéciale aux conclusions des parties à la fin du procès, très réfléchies et humaines, ainsi qu’au verdict du juge pour les mêmes raisons. Avez-vous vu l’adaptation cinématographique ?

Que ferions-nous à leur place ? Quelle est la solution la plus juste pour chaque partie ? Le bien et la justice ne se rejoigne pas toujours.