Pourquoi je voulais absolument découvrir cette œuvre ? 

Dans mes lectures depuis l’ouverture de ce blog, les références se multiplient à ce roman, dont l'auteur appartient au courant surréaliste. "Nadja" est une référence classique, souvent apparentée au « Nouveau Roman » que Wikipédia explique en partie ainsi :

« Le nouveau roman veut renouveler le genre romanesque qui date de l'Antiquité. Pour cela, l'intrigue passe au second plan, les personnages deviennent subsidiaires, inutiles, s'ils sont présents ils sont nommés par des initiales (c'est en cela que l'on voit l'influence de Franz Kafka, notamment avec Le Procès). » « La position du narrateur y est notamment interrogée : quelle est sa place dans l'intrigue, pourquoi raconte-t-il ou écrit-il ? L'intrigue et le personnage, qui étaient vus auparavant comme la base de toute fiction, s'estompent au second plan, avec des orientations différentes pour chaque auteur, voire pour chaque livre. »

 

 

Pourquoi l’auteur-narrateur nous raconte-t-il « Nadja », ou quel est l’intérêt de son récit ?

Oui alors effectivement, je confirme, il n’y a quasiment pas d’intrigue puisque ce livre pourrait se résumer à une rencontre : Celle du narrateur (l’auteur) et la fameuse Nadja éponyme. Au départ, l’absence d’intrigue ne m’a pas gênée car l’auteur nous annonçait, par ses premiers mots, une réflexion intéressante sur la quête de soi-même : 

« Qui suis-je ? Si par exception je m’en rapportais à un adage : en effet pourquoi tout ne deviendrait-il pas qui je « hante » ? Je dois avouer que ce dernier mot m’égare (…). Il me fait jouer de mon vivant  le rôle d’un fantôme, évidemment il fait allusion à ce qu’il a fallu que je cessasse d’être, pour être qui je suis.» 

Il nous raconte alors comment il a rencontré Nadja, et comment leur regard mutuel les a défini au moins un temps, comment leurs échanges ont pu les faire évoluer – non seulement sur le moment, mais encore lorsqu’ils ne se sont plus vus. En se mirant dans les yeux de l’autre, on forge sa vision de soi-même en fonction de ce que l’on y voit, et cette vision de soi, de celui qu’on est pour cette personne, nous construit et laisse une trace en nous, bien après cette rencontre. Cette quête est utile pour savoir qui ont est, sa place, son rôle, et donc pouvoir prendre en main son destin. L’auteur se sert donc de Nadja, celle qui le rend vraiment spécial à son contact, pour la laisser le définir : 

« Je m’efforce, par rapport aux autres hommes, de savoir en quoi consiste, sinon à quoi tient, ma différenciation. N’est-ce pas dans la mesure où je prendrai conscience de cette différentiation que je me révèlerai ce qu’entre tous les autres je suis venu faire en ce monde et de quel message unique je suis porteur pour ne pouvoir répondre de son sort que sur ma tête ? » 

L’auteur d’ailleurs y prend assez vite goût, qui se sent admiré, voire vénéré par ce qui nous apparait presque comme une pauvre fille un peu barrée, qui voit des symboles dans à peu près tout ce qu’elle croise avec cet homme qu’elle est fière de connaître. Il aime la façon dont il se voit à travers elle, ce qui fait qu’il continue de la voir alors qu’il est marié ; Quant à elle, elle aime peut-être ce rôle de fille spéciale qui la distingue à ses yeux – se croit-elle alors obligée d’en rajouter à son personnage pour continuer à l’intriguer et à l’intéresser ? 

 

Une réflexion qui peut se poursuivre dans d’autres romans : 

« Je veux lui poser une question qui résume toutes les autres, une question qu’il n’y a que moi pour poser, sans doute, mais qui, au moins une fois, a trouvé une réponse à la hauteur : « Qui êtes-vous ? » Et elle, sans hésiter : « Je suis l’âme errante ». » 

Au travers de cette phrase d’André BRETON, je me suis souvenue d’un autre roman avec lequel on peut poursuivre sa réflexion, plus classique en sa forme mais tellement plus éblouissant, écrit par Virginia WOOLF : Dans « Mrs Dalloway », l’auteure voulait montrer qu’on ne peut jamais saisir l’essence d’un être en une rencontre, une discussion : Chaque personne est multiple, et il faut recoller l’infinité de ses facettes pour pouvoir tenter d’en avoir une vision sinon exhaustive, au moins plus juste et complète. C’est un roman que je vous conseille vivement pour sa plume extraordinaire et son propos clair et passionnant. 

Ca, c’est pour la partie de réflexion que j’ai trouvée intéressante et pertinente dans "Nadja". 

 

Pour autant, ai-je aimé cette lecture souvent citée en référence ? 

Je dois avouer que je n’ai pas été passionnée par cette lecture : J'ai trouvé le propos noyé dans le récit de leur quasi absence de relation, ou de relation étrange, morte-née. Contrairement au roman plus classique qu’est « Mrs Dalloway », les personnages ne sont ni très fouillés, ni très attachants ; L’auteur n’est pas parvenu à nous en rendre proche, comme s’il les maintenait à distance de lui-même. Surtout, les symboles, qui finalement remplissent plus ou moins l’histoire, n’ont de sens que pour Nadja, et parfois pour lui qui veut croire un peu désespérément que cette rencontre a quelque chose de spécial (du moins, c’est l’impression que j’en ai eu). A force d’ésotérisme, leurs discussions et balades me sont devenues hermétiques et incompréhensibles, voire inintéressantes. On se demanderait presque ce qu’ils se trouvent respectivement… 

 

Ce livre étant court, vous pouvez faire votre propre avis. C’est ce que j’encourage à faire la plupart du temps, au moins pour savoir de quoi parlent tous les gens qui se réfèrent à ce monument du genre, et élargir ses propres horizons. Mais si vous vous sentez découragés ou pas assez enthousiastes à l’idée de cette découverte, vous ne manquerez, à mon humble avis, pas grand-chose… Il existe tellement d’autres classiques à découvrir ! Avez-vous adoré ce classique ? Vous fait-il envie ? En entendez-vous parler dans vos lectures comme moi ?