« Les papillons de nuit sont attirés par la lumière car ils veulent être vus, ils veulent que leur propre beauté magique soit reconnue ».

 

Encore un auteur découvert sur vos blogs et stocké dans ma PAL depuis la sortie de son « Papillon de nuit ».

 

 

 

 

Ce roman est le premier roman de R.J. ELLORY, mais il n’a été publié en France que récemment. Le thème m’intéressait, j’ai donc commencé par celui-ci et non par ses plus connus comme « Seul le silence » ou encore « Les anonymes ». Et si le premier est aussi bon, comment doivent être les suivants ?!

 

 

L’histoire :

 

Elle se déroule en 1982. Daniel est dans le couloir de la mort pour le meurtre de son ami d’enfance noir nommé Nathan. 

 

« Mille étés, hivers, printemps et automnes, et ils s’étirent derrière moi comme un vaste patchwork, et sous ce patchwork il y a les vies que nous avons vécues, les personnes que nous avons été, et les raisons qui nous ont menées jusqu’ici ».

 

Nathan était son meilleur ami depuis leurs six ans, ils ont vécu leurs premières bagarres d’adolescents ensemble, se défendant toujours mutuellement alors que l’amitié entre blanc et noir n’était pas encore une évidence.

 

Ils ont fui l’armée ensemble lorsque le Vietnam a tenté de les rattraper, vivant clandestinement tous les deux durant plus d’un an.

 

Et puis à leur retour, ils ont connu l’amour ensemble. Une jeune femme blanche, Linny, qui sortait avec Daniel avant leur départ, mais que Nathan ne laisse plus indifférente… 

 

« Linny vivace, effrontée, pleine d’elle-même, et Caroline silencieuse, peut-être un peu pensive. Chacune belle et envoûtante à sa manière, et pourtant, dans un sens, très différentes. Ce n’est que des années plus tard - quand j’aurais plus qu’amplement le temps de retourner dans mon esprit la signification de ces événements - que je ferais remonter cette image et y verrais quelque chose d’à la fois obsédant et un peu ironique. Le papillon et le papillon de nuit. Voilà comment je les verrais - le papillon et le papillon de nuit. »

 

De sa cellule, Daniel déroule le fil de leur vie jusqu'au jour où tout a basculé : Celui où Nathan a été tué.

 

Quel événement de leur vie a bien pu provoqué sa mort ? Daniel est-il innocent ou coupable ?

Nous ne le savons pas au départ : C’est le récit de ses souvenirs et de ses discussions avec le prêtre de la prison qui va faire, progressivement, la lumière sur ce qui s’est réellement passé.

 

« - Je crois que l’enfer est une allégorie, a-t-il poursuivi. Je crois que l’enfer a été vendu comme un concept afin d’obtenir l’obéissance des gens…

- Vendu ?

Le Père John a esquissé un sourire sardonique.

- L’Eglise doit vendre ses produit, comme tout le monde, Daniel.

J’ai souri à mon tour, peut-être avec une once de sarcasme.

- Et le paradis ?

Le Père John a secoué la tête.

- Je ne crois pas que le paradis soit un endroit, je crois que c’est un état spirituel ».

 

 

Les thèmes et intérêts (multiples) de ce roman :

 

1/ On pourrait qualifier « Papillon de nuit » de thriller, dans la mesure où le personnage principal est incarcéré et condamné à mort, et que le récit va consister à nous raconter comment il est est arrivé là et s’il est vraiment coupable. 

 

Une part de suspense et de recherche du coupable s’installe donc dès le départ de cette lecture, que nous n’avons plus envie de lâcher. D’autant plus que le prêtre censé accompagner Daniel avant sa mort tente de reconstituer les faits lors de ses discussions avec lui.

 

 

2/ « Papillon de nuit », c’est aussi et surtout un très beau récit sur l’Amérique des années Kennedy, de la guerre du Vietnam, du Ku Klux Klan, des complots autour de l’assassinat d’un Président, des émeutes dues à la ségrégation raciale, etc… C’est une Amérique en plein bouleversement qui nous est contée ici.

 

Le récit est riche de détails sans jamais perdre de vue ses personnages et l’importance de leurs rôles respectifs dans l’histoire qui nous occupe.

 

 

3/ Enfin, « Papillon de nuit » est évidemment le prétexte pour aborder la question de la peine de mort. Il peut en cela rappeler « Le dernier jour d’un condamné » de Victor Hugo, à l’exception que dans ce dernier roman, on ignore jusqu’à la fin si le condamné est coupable ou innocent : C’est le principe du caractère inacceptable de la peine, dans tous les cas, qui est mis en exergue.

 

Ici ELLORY finira par nous révéler si Daniel est coupable ou innocent ; Mais il  parvient tout aussi bien à dénoncer le caractère inhumain de cette sentence, nous mettre à la place de Daniel mais aussi à réfléchir de manière plus générale sur les origines de cette peine et sur l’opportunité de ses fondements.

 

 

Mon avis (enchanté) :

 

Outre l’intérêt du thème de la justice qui me touche particulièrement, outre le plaisir de pénétrer dans l’ambiance de l’Amérique de ces années-là, ce qui nous fait apprécier tout cela est bien entendu la plume de l’auteur.

 

L’écriture est d’un confort absolu du début à la fin, tout coule de source. Dès les premières phrases, on fait confiance à l’écrivain pour nous amener à destination, on sait que ça va bien se passer pour nous, qu’on est guidé, qu’on ne sera pas perdu, ni déçu, ni malmené ou perturbé par l’écriture. Rien ne vient déranger le récit de Daniel, et on est avec lui jusqu’au bout.

 

Je sors enchantée de cette lecture, qui me rappelle aussi le plaisir que j’éprouve à lire les romans de John GRISHAM. D’ailleurs j’ai très envie d’en lire un bientôt. 

En attendant, je vous recommande cet auteur et ce roman en particulier si le thème vous intéresse. Une lecture confortable et intéressante !

 

« L’idée était cependant là, et comme quelqu’un l’avait dit un jour, un esprit étiré par une idée ne retrouve jamais ses proportions originales. Mon esprit était étiré. Il ne serait plus jamais le même ».

 

 Quel roman de cet auteur me conseillez-vous ?