Je suis contente de vous parler aujourd’hui d’un auteur qui m’a été présenté par un ami voilà quelques années, lors d’une foire du livre pour la sortie de son second roman intitulé : « La délégation norvégienne ». Je lisais beaucoup moins à l’époque, presque pas, et je n’aimais pas sortir des sentiers battus ; Mais j’ai le souvenir d’avoir été transportée dans l’ambiance étrange et merveilleuse de ce bouquin malgré la fin que j’aurais aimé plus terre à terre à l’époque. 

Alors quand j’ai vu son nouveau roman dans les rayons, le titre épuré, la couverture efficace et le thème m'ont immédiatement attirée malgré la pile de livres que j’étais sensée lire avant. « Police » nous emmène au coeur d’un commissariat de nos jours, et plus particulièrement au sein d'une équipe de policiers en uniformes. Trois coéquipiers seront au cœur de cette histoire, mais c’est au travers des yeux, pensées et vie de Virginie que nous les accompagnons.

 

 

Nous avons alors un aperçu de l'ambiance du commissariat, de ses codes, des liens qui s'y tissent, de la difficulté d’exercer ce métier aujourd’hui, du challenge que cela représente lorsqu’on est une femme dans ce milieu d’hommes, et cela au travers d’une affaire en particulier qui va occuper nos trois personnages principaux : Celle de l’escorte d’un retenu (c'est à dire un étranger auquel on ne reconnaît pas le droit de séjour en France et qui est "retenu" en attendant d'être reconduit dans son pays) du centre de rétention administrative (CRA) vers l’avion qui doit le reconduire chez lui, où l’on soupçonne fortement qu’il sera tué pour s’être opposé au régime de son pays.

En tant que policier, formé à sauver des vies, comment envoyer quelqu’un à une mort presque certaine et injustifiée ? Il est pourtant inconcevable de ne pas obéir aux ordres et de faire échouer volontairement une mission. Outre les intérêts en jeu, cela remettrait en cause leurs carrières. Pourtant, leurs consciences les démangent… Celle de Virginie surtout, que des bouleversements personnels sensibilisent à l’extrême. Prendra-t-elle le risque d’entraîner ses deux coéquipiers sur ce terrain ? 

Cette affaire nous mènera vers des questionnements plus vastes : Comment demeurer soi dans un univers professionnel formaté où règnent l’ordre, la discipline et l’obéissance ? Comment effectuer et se conformer à une mission professionnelle lorsqu’on ne croit pas ou plus à cette mission ? Comment concilier vie personnelle et vie professionnelle dans des métiers qui demandent tellement d’investissement que les frontières deviennent floues ? Comment garder le recul nécessaire ? Comment supporter la dureté de ce métier sur le long terme ? 

 

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J’ai encore été agréablement surprise par la plume d’Hugo BORIS : Précise, bouleversante car juste. Cet homme sait décrire avec précision comment son héroïne peut percevoir les mâles qui l’entourent et qu’elle fréquente au quotidien, il peut décrire aisément les sentiments contradictoires qui submergent chacun de ses trois personnages qu’il nous rend, de ce fait, extrêmement proches, presque palpables. Beaucoup de virilité se dégage de ce roman, mais en même temps beaucoup de sensibilité, de fragilité aussi. Ce qui le rend très beau à mes yeux. 

Les tensions qui les lient dans ce quasi huis-clos - et qui émanent soit de leurs divergences d’opinions professionnelles, soit des liens privés qu’ils ont pu finir par nouer parfois malgré eux - témoignent de l’influence de nos vies personnelles dans nos interprétations et décisions professionnelles, et de la difficulté de cloisonner hermétiquement ces deux univers dans le but de se protéger. On est nous, on ne peut jamais totalement s’oublier derrière un uniforme et cela influe sur nos choix, notre carrière, notre conscience aussi. 

Ce livre décrit parfaitement le moment où tout peut basculer sur une impulsion, sur le coup de tête de l’un qui, pour diverses raisons inextricables sur le moment, va entrainer les autres. Mais ces raisons, ces liens et dépendances entre la vie des uns et la vie de l’autre, Hugo BORIS nous les explique et démêle habilement. Tout le roman est cet instant, celui où les individualités de chacun dans ce groupe vont faire pencher la balance de la justice dans un camp ou dans un autre… Avec les sacrifices et les conséquences que cela pourrait impliquer pour chacun.

Outre l’avenir des retenus, ce roman nous sensibilise au phénomène de groupe, d’entrainement. Surtout il nous rappelle que derrière l’uniforme, il y a des individus. Car c’est finalement à la fois l’humanité et la solidarité de chacun des équipiers qui pourront changer la donne. Et cela constitue leur faiblesse, mais c’est aussi et surtout leur grande force. 

Grâce à ses nombreux atouts, ce roman trouvera sans doute son public, comme l’ont fait tous les romans de l’auteur jusqu’à présent. En serez-vous ? Vous avez peut-être déjà lu « Trois grands fauves » d’Hugo BORIS ? Aimez-vous cet auteur ? Je vous invite à aller lire la très belle ITW de l’auteur à propos de ce roman sur Babélio