Je suis toujours attirée par les romans de Joyce Carol OATES parce qu’elle a toujours quelque chose d’intéressant à dire, et qu’elle sait le raconter et le mettre en scène à merveille.

 

Quand j’ai vu le thème de « Sacrifice », j’ai su que je le lirais. Car même s’il évoque l’affrontement entre la population noire et blanche aux Etats-Unis en 1987 (et notamment quartiers noirs contre police blanche), cet opus n’est pas sans rappeler ce qui se produit encore de nos jours… Et la vérité n’est pas toujours l’évidence qu’on croit, elle est bien souvent masquée par nos certitudes, croyances ou préjugés.

 

 

Dans « sacrifice », Sybilla, une jeune fille noire habitant un quartier pauvre est retrouvée dans une cave en piteux état. A peine vivante, elle semble avoir été battue et dit avoir été violée et menacée par des policiers blancs pendant plusieurs jours.

 

Mais prétendant craindre les représailles de la police, presque entièrement représentée par des blancs, Sybille et sa mère refusent de témoigner mais aussi de laisser les médecins (blancs) faire des examens qui aideraient à l’enquête. Tout au plus acceptent-elles de parler, du bout des lèvres, à une enquêtrice hispanique mais sans enregistrement. Et quand on se remémore avec elles l’histoire de leur quartier et les émeutes des années 1960, on peut comprendre leurs craintes.

 

Mais du coup l’enquête piétine et la communauté noire, représentée par un pasteur attiré par les causes susceptibles d’entrainer les dons généreux, réalise une formidable campagne de presse contre l’oppresseur blanc. Les manifestations et les accusations s’enchaînent, les médias s’emparent du sujet à tel point qu’un prince noir, leader de l’Islam, s’empare à son tour du sujet pour en faire son cheval de bataille et prendre ce qu’il reste à prendre…

 

Loin de régler le conflit entre les populations, ces leaders l’exacerbent. Personne ne sait encore exactement ce qui s'est déroulé dans cette cave, puisque Sybilla refuse de parler, mais les coupables parfaits sont déjà désignés : Ce sont les policiers blancs. Et peu importe la vérité, elle est sacrifiée pour la cause. Mais au plus fort de la tourmente, à force de confidence et de désespoir, les masques tombent petit à petit.

 

Misère, crédulité, argent, pouvoir, religions, média… La vérité se tisse pour commencer à nous apparaître dans toute sa laideur. Et l’on découvre que les intentions de chacun sont très loin d’être aussi nobles ou désintéressées qu’il n’y paraît.

 

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Il s’agit donc d’un roman à la fois instructif et d’actualité, qui décrit très bien, comme d’habitude avec cette auteure, ce que peuvent ressentir ou penser les personnages puisque nous auront droit à chacun de leurs points de vue : la victime, sa famille, les enquêteurs, le pasteur, etc… Cela nous laissera imaginer plusieurs scenarii jusqu’à ce que la vérité, si peu importante aux yeux d’une communauté blessée et si profondément meurtrie par le passé, qui n’aspire qu’à la vengeance et à une forme de justice, finisse par nous rattraper pour de bon.

 

L’auteure montre également avec habileté comment un vrai combat de fond peut être utilisé et monté en épingle par les médias à la recherche de sensationnel, mais également par d’autres gens qui cherchent la notoriété ou l’argent en défendant des causes publiquement et à la télévision, et abusant de la crédulité des gens.

 

C’est un jeu de pouvoirs sur fond de misère qui se joue là, sous nos yeux, détruisant des familles alors que tout cela aurait pu être évité. Et c’est très bien fait. Un livre à lire tant il est vrai, mais aussi pour se rappeler qu’avant d’accuser ou de prendre parti, il ne faut pas juger à la hâte mais avoir des preuves complètes et oublier ses préjugés.

 

Aimez-vous cette auteure ? Quel est votre roman préféré d’elle ?