« Partout dans le monde, les gens sont persuadés que Los Angeles est une ville de Blacks en colère, une ville de pyromanes et de gangs. Ces gens-là pensent sûrement que ce qui est arrivé à Rodney King était un événement isolé ; ils ignorent que chacun connaît un Rodney King dans son quartier, quelqu’un que les flics ont tabassé pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Pas nécessairement black, d’ailleurs. Il peut très bien avoir eu juste la peau basanée ».

 

Moi qui pense souvent, en lisant l’actualité, que l’on prend tous les prétextes pour accuser les forces de l’ordre sans prendre en compte leurs difficultés et leurs vies, tout en voulant bien croire qu’ils jouent parfois aussi les cowboys et profitent possiblement dans certains cas de corruption… j’ai succombé au thème difficile de ce roman, qui sonne étrangement d’actualité. Il prend pour point de départ une date historique pour les Américains, le 29 avril 1992, alors que des policiers ayant passé à tabac un jeune Noir sont acquittés par un jury populaire. 

 

 

Durant six jours, cet acquittement enflamme la population au sens littéral : La communauté noire manifeste, créant de violentes émeutes à Los Angeles. Les gangs notamment mexicains, qui règnent en maîtres dans les bas quartiers, profitent du fait que les policiers soient trop occupés par les émeutes pour régler leurs comptes en toute impunité : Ils pillent, tuent en masse, trafiquent armes et drogue plus que jamais. 

 

La population de Los Angeles vit alors au Far West, certains civils prennent les armes et organisent des milices pour se défendre, et des militaires seront envoyés par l’Etat pour tenter de montrer aux gangs qui est le plus fort… Tout cela risque bien de finir dans un bain de sang et, en tous cas, de marquer à jamais l’Amérique.

 

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C’est un roman superbe que nous offre Ryan GATTIS, en greffant son scénario sur des faits bien réels, nous rappelant alors comme l’Histoire peut tristement se répéter. Et même si les gangs ne sont pas un milieu qui m’est familier, j’ai été transportée par la narration !

 

Ce qui donne toute sa force au roman, c’est qu’il est raconté par des protagonistes au coeur de l’action : Chef de gang, dealer, pompier, infirmière, militaire, civil prenant les armes pour se défendre, etc…

 

L’auteur ne prend parti ni pour ou contre les policiers - dont au final nous ne saurons pas vraiment si leurs violences étaient volontaires ou nécessaires dans le feu de l’action - ni pour ou contre les gangs. Mais il parvient extraordinairement bien à nous faire pénétrer cet univers à travers les pensées, les mots, les actions et exactions commises par chacun de ses personnages

 

Le plus touchant pour moi a été le pompier, mais l’auteur a réussi à me faire aimer chacun de ses personnages à divers degrés, jusqu’aux chefs de gang que nous côtoyons de près. En découvrant leurs histoires, on apprend à les connaître et à voir que bien souvent ils sembleraient presque fréquentables dans d’autres circonstances : L’appartenance au gang est souvent apparue comme une obligation pour se protéger et protéger les siens. La plupart d’entre eux meurt avant de mûrir, certains adultes ont apparemment pu s’en sortir et tentent de mettre en garde les plus jeunes qui, très tôt, sont amenés à se droguer et commettre des meurtres, les maquiller, se faire remarquer par les chefs.

 

Cet univers particulier est rendu abordable et même extrêmement humain par la narration de Ryan GATTIS. C’est une performance marquante : Je relirai cet auteur si ses thèmes me parlent, c’est obligé ! En attendant, j’ai entendu parler du livre de Mickael CONNELLY (Dans la ville en feu) qui aborde les enquêtes des policiers sur les crimes réalisés durant ces mêmes émeutes : je vais donc le lire pour voir un autre point de vue. Vous connaissez l’un de ces romans ?