Je ne suis pas fan des récits rocambolesques, mais quand cet auteur déroule son humour au kilomètre, il parvient généralement à me faire rire. Je le trouve assez bon pour étaler une histoire drôle sur 350 pages (ce qui n'est pas facile), car il a l'art de raconter avec humour, comme s'il nous racontait oralement en improvisant devant nous, tout simplement. Du coup même si son histoire est loufoque, je le suis !

 

« Je pense qu’il faut lire les livres qui font résonner en nous des émotions particulières ».

 

 

On part pour New York, Colorado. C’est le village où Agatha Crispies a été mutée après avoir foiré une grosse enquête dans son commissariat de New York, New York. 150 habitants, 198 rond-points (vous verrez pourquoi en le lisant), des écureuils radioactifs (vous apprendrez aussi pourquoi par vous-mêmes…) et… des meurtres (150 coups d’aiguilles dans le premier cadavre, 150 coups de fléchettes dans le second…) ! Enfin de l’action dans ce village où il ne se passe jamais rien ! Tellement rien que le commissariat se divise habituellement entre club de lecture, de tricot et de fléchettes pour occuper les longues journées. Et ça tombe bien, de toutes façons, il n’y a même pas moyen d’accéder à Facebook pour raconter quoi que ce soit à qui que soit.

 

Du coup quand Agatha débarque sur la première scène de crime avec du donut plein la bouche, nous n’avons pas d’autres distraction que d’enquêter avec elle, comme nous le ferions dans un roman d’Agatha Christie… 150 suspects, un presque huis clos : On devrait pouvoir trouver avant Crispies ! En l’honneur de son modèle, Romain PUERTOLAS monte son roman comme les romans policiers qui l’ont inspiré. Et il le termine aussi dans les règles de l’art, nous gratifiant en sus d’un chapitre qui m’a beaucoup fait rire car j’y ai tout à fait reconnu mon mari !! Spéciale dédicace à ceux qui lisent les dernières pages du livres avant les premières…

 

« Je lis tout. Il n’y a pas de sous-littérature, de sous-culture. On commence par dire qu’il qu’il y a des sous-livres et après, on dit qu’il y a des sous-hommes. Le snobisme littéraire et culturel est une plaie aussi néfaste que l’illétrisme. Ne pas vouloir s’ouvrir aux autres, ne pas chercher à découvrir autre chose, rester dans son petit confort, enfermé dans sa petite case, ne jamais se remettre en question, ce n’est pas faire preuve d’intelligence. »

 

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Aucun problème pour rentrer dans cette histoire car Romain PUERTOLAS a le don de nous  plonger rapidement dans l’ambiance : Du décor de la couverture, en passant par la mise en scène des premières pages, ou encore le ton direct et enlevé du récit, jusqu’à l’imagination de l’auteur pour les histoires, tout y est ! 

 

Le petit plus ? De très nombreuses références littéraires disséminées tout au long du texte, et qui sont prétexte à l’humour omniprésent, à des scénarios envisageables pour l’issue de ce livre, mais aussi à des réflexions plus larges sur la vie en général. Ou peut-être est-ce au contraire le scenario de ce roman qui n'est que prétexte pour parler de l'amour des livres et de la littérature au sens large ? Tout cela sans se prendre la tête de manière empruntée ou intellectuelle : Tout est naturel et coule de source avec Romain PUERTOLAS, qui nous donne envie d’en découvrir plus en nous amusant (et, à n’en pas douter, en s’amusant lui-même).

 

« Hitler brûlait les livres qu’il n’aimait pas pour le bien général, tu parles ! Ca c’est de la littérature, ça, ce n’en est pas. Personne n’est jamais totalement dans le vrai. Personne n’est jamais totalement dans le faux. En Orient, il y a un club de suicidaire agissant sous le nom d’Etat Islamique qui ne considère qu’un seul livre comme méritant de porter le nom de littérature : le Coran. Une bibliothèque avec un seul livre dedans ! Comme chez Paris Hilton ! Mon Dieu quelle horreur ! La liberté, c’est la diversité ».

 

L’auteur nous offre en outre de très beaux passages sur ce que peut nous apporter la littérature, la manière dont elle peut nous enrichir, nous consoler, nous apprendre, nous tenir compagnie. Sur le plaisir de conseiller un livre à quelqu’un, de faire rencontrer un livre et son lecteur. Sur la manière dont un livre peut combler un vide, nous faire vivre mille vie ou bien celle que l’on voudrait, ou encore être celui dont on a besoin à un moment donné de nos vies. Dans ces passages, tous les amoureux de la littérature ne peuvent que se retrouver.

 

« Au début, les romans ne sont que des titres pour nous, comme les inconnus ne sont que des noms. Un peu comme une personne dont vous n’aviez jamais entendu parler et dont on glisserait un nom, une profession, dans une conversation. Emily Walker, Caissière chez Walmart, par exemple. Bon, vous vous dites Emily Walker, Caissière, ai-je vraiment envie de connaître sa vie ? Et vous la jugez en quelques secondes sans appel. Et puis un jour, vous rencontrez Emily Walker. Elle est belle. Premier bon point. Vous lui parlez, elle a l’air intéressante. (…) Vous vous revoyez, les choses prennent un nouvel aspect, une nouvelle profondeur (…). Jusqu’à ce qu’au fil des rencontres, vous tombiez fou amoureux d’Emily Walker. (…) Vous savez maintenant qui est cette Emily Walker et vous l’aimez. Eh bien, il en est de même pour les livres. (…) Donnez une chance aux gens, aux livres. Ils pourraient changer votre vie. »

 

 

Au total c’est donc le livre idéal pour sourire un peu, se détendre avant la rentrée littéraire - et ça tombe bien, il paraît que ce sont encore les vacances !!

Envie de sourire sur la plage ...?