Comme vous le savez peut-être, j'aime visiter les lieux abandonnés et en conserver une trace avant leur destruction, leur écroulement, leur oubli. Souvent en ruine mais encore solides, ces vieilles pierres enchanteresses, camouflées par un sort de Dame Nature, murmurent le chemin aux plus curieux d'entre nous.

En plus de nous faire imaginer la vie qui les égayait à l'origine, ces lieux magiques et enchantés vivent souvent une seconte vie, plus marginale à l'image de leurs nouveaux occupants sans droit ni titre. Une vie bigarée, oscillant entre liberté de pensée et restrictions matérielles, entre souvenirs perdus et avenirs incertains

Il paraît même que pour découvrir ces antres et y pénétrer, il suffit parfois que notre ami le vent susurre à Dame Nature un enchantement, qui écarte ses branches piquantes sur nos passages, dans un mystérieux bruissement de feuilles...

Par une porte ou une fenêtre, des marches branlantes ou murs croulants, suivez-moi chez de gentils fantômes et percevez les morceaux de vies d'illustres inconnusVoyant une terrasse abandonnée, imaginez de belles soirées d'été en famille ou entre amis ; Entrons dans un salon troué et tagué, et ressentons cette énergie vibrante, cette solitude troublante des habitants sans droit ni titre.

Elle se superpose, elle contraste avec une vie d'époque, en noir et blanc ou en sepia. Les fantômes du passé croisent alors les fantômes de notre société : Des marginaux, des sans abris ; Des esprits libres et de passage. Que laisseront-ils à leur tour de leur passage ? Que nous dévoilent-ils d'eux et de leur vie, quel est leur message ?

D'un pouvoir d'évocation extraordinaire, ces lieux sont à la fois morts et pleins de vie, silencieux à nos oreilles mais extrêmement bruyants pour des yeux attentifs.

Des quelques indices qui s'échappent de tags ou de menus objets, notre esprit invente histoires et légendes urbaines, qui peupleront sûrement nos rêves la nuit prochaine.

Le bois est prêt pour l'hiver, qui s'annonce rude ; Les fenêtres ouvertes encadrent une nature extravagante qu'un peintre aurait pu vouloir reproduire sur ces murs.

On se dit que, comme certains tatouages, les tags faits par les occupants écrivent une histoire un peu secrète, parfois intime. Comme eux, ils sont créés pour être regardés voire admirés, et dans le même temps inaccessibles, trop personnels peut-être pour être toujours compris ou expliqués exactement. 

Mais peu importe leur sens initial. Entre extériorisation, conviction et pudeur, certains nous parlent plus intimement, nous évoquent une ambiance, instaurent un décor, un climat. Je déchiffre ainsi sur ce mur une enceinte qui pulse, à qui l'on doit la musique qui glisse sur la portée de la pièce du fond... Pas vous ?

 

 

Et pendant que l'on prend conscience d'être un intrus chez un intrus, que l'on note justement la présence, discrète, de chaussures de marche vomissant moultes mégots salvateurs de l'angoisse et de l'ennui d'être seul, de bouteilles d'eau soigneusement remplies, de livres et journaux habillant familièrement la pièce de mots divers, d'un lit dont le rose bien chaud parvient difficilement à réchauffer la nuit durant...

... Une silhouette jeune et masculine nous épie du bord de la charente, immobile, entre les roseaux. Debout, seule ; siencieuse. Elle observe, et pense - sûrement.

A qui, à quoi ? A un mot, une main tendue ?

Qui es-tu, bel inconnu...?